Airbnb, un succès qui rapporte peu au fisc français

La plateforme de locations de logements entre particuliers Airbnb n’a payé que 92 944 euros d’impôts en France en 2016, révèle Le Parisien, lundi. Pourtant, plus de 10 millions de Français ont bénéficié des services de la start-up.

Au tour d’Airbnb. Après Google, Facebook, Apple et Amazon, la plateforme américaine de location entre particuliers est épinglée, lundi 7 août, pour le faible montant des impôts payés en France. Elle a versé 92 944 euros au fisc français en 2016), révèle Le Parisien.

Bien que la somme soit supérieure à celle de l’année précédente (69 168 euros, elle est qualifiée de “ridiculement basse” par le quotidien au regard de l’importance du marché tricolore pour Airbnb. La France représente, en effet, le deuxième marché mondial pour ce site et Paris est la première destination des internautes qui passent par cette plateforme pour réserver un séjour. En tout, plus de 10 millions de Français ont bénéficié des services d’Airbnb et 400 000 annonces dans l’Hexagone sont répertoriées sur le site.

Tour de passe-passe comptable

Preuve de la bonne santé des affaires françaises, Emmanuel Marill, directeur général d’Airbnb France, assurait en 2016 sur BFMTV avoir reversé “plus d’un milliard d’euros aux Français”. Sachant que le site prélève une commission de 12 % sur chaque transaction, ses revenus en France avoisineraient les 120 millions d’euros. Pourtant, elle n’a déclaré qu’un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros en 2016, affirme Le Parisien qui a pu consulter les comptes officiels du groupe dans l’Hexagone.

Un tour de passe-passe comptable réalisé en toute légalité grâce à l’Irlande. Comme d’autres géants américains du Net, le siège européen d’Airbnb est installé dans ce pays à la fiscalité plus qu’attrayante. L’Irlande offre, en effet, le taux d’imposition sur les sociétés (IS) le plus faible d’Europe. Il y est de 12,5 % contre 33,3 % en France.

Encore faut-il, pour en bénéficier, que le chiffre d’affaires soit réalisé en Irlande. Pour une plateforme de location de logements entre particuliers, l’idée que le bénéfice tiré d’un “loft 3P, av. vue sur la Tour Eiffel” soit effectué à plus de 1 000 km de l’autre côté de la Manche peut surprendre. C’est pourtant bien le cas, comme l’explique Le Parisien. Lorsqu’ils utilisent Airbnb, les loueurs et locataires signent un contrat avec deux entreprises, l’une au Royaume-Uni, l’autre en Irlande.

Conforme aux règles

La quarantaine d’employés des bureaux parisiens de la start-up ne s’occupent que de marketing et laissent à leur maison-mère irlandaise le soin de récolter les fruits des locations.

Interrogé par Le Parisien, Airbnb affirme agir en toute conformité avec les règles en vigueur et payer “toutes les taxes que nous devons, là où nous opérons”. Autre axe de défense de la start-up : elle fait du bien à l’économie locale. Elle avait commissionné un rapport, en 2016, qui a conclu que l’impact économique d’Airbnb était de plus de 6,5 milliards d’euros grâce aux dépenses des vacanciers sur place.

Pas sûr que ces arguments soient suffisants pour convaincre Emmanuel Macron. Le président français avait fait de la lutte contre l’optimisation fiscale des stars américaines du Net l’un des axes de sa campagne électorale durant les présidentielles de 2017. Il souhaite la mise en place d’une réglementation européenne pour mettre un terme à ces “montages consistant à rapatrier les profits dans des paradis fiscaux”. Encore faut-il trouver d’autres pays européens qui soutiennent son initiative.

Première publication : 07/08/2017

Source: http://www.france24.com/fr/20170807-airbnb-impot-irlande-france-internet-fiscalite-parisien

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