L’esclavage moderne, un crime qui paie bien

Une victime de travail forcé rapporte en moyenne 3 978 dollars par an à celui qui l’exploite, d’après des nouvelles données qui soulignent à quel point l’esclavage moderne est un crime devenu lucratif.

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L’esclavage moderne est une activité criminelle qui rapporte, générant un profit moyen de 3 978 dollars (3 390 euros) par an et par victime pour l’”exploiteur” en 2016, d’après les données accumulées par Siddharth Kara, un expert des questions de travail forcé de la Harvard Business School.

Ce spécialiste a étudié les données de l’Organisation internationale du travail et des rapports d’ONG concernant le travail forcé sur une période de 15 ans. Il a également conduit des entretiens avec plus de 5 000 victimes pour un livre à paraître en octobre et dont il a partagé les conclusions en exclusivité avec le quotidien britannique The Guardian, lundi 31 juillet.

“Les profits varient de quelques centaines de dollars par an à plusieurs centaines de milliers de dollars, pour un total annuel estimé à environ 150 milliards de dollars”, détaille-t-il. Ces profits sont calculés par rapport au salaire qu’une personne gagnerait légalement dans les circonstances similaires et aux charges économisées par l’exploitant.

21 millions de victimes dans le monde

L’esclavage sexuel représente de très loin la forme la plus rentable pour les criminels puisqu’il rapporte en moyenne 36 000 dollars par an, a constaté Siddharth Kara. Les victimes de ce type de travail forcé ne représentent que 5 % du total des esclaves des temps modernes mais génèrent plus de 50 % des profits mondiaux.

La grande majorité des victimes se retrouvent dans le “travail” à domicile – employés de maison, domestiques -, l’agriculture, le secteur du bâtiment et l’exploitation des mines. Plus d’un tiers des profits liés au travail forcé proviennent de l’Asie (près de 52 milliards de dollars), suivie de très près par les économies dites avancées (46,9 milliards de dollars essentiellement aux États-Unis et en Europe).

Ce trafic illégal d’êtres humains concerne au moins 21 millions de victimes dans le monde, d’après les estimations de l’Organisation internationale du travail. C’est bien plus qu’aux heures les plus sombres de l’esclavagisme (environ 12,5 millions d’esclaves entre le XVIe et le XIXe siècle).

Travail forcé et migrations

Siddharth Kara estime d’ailleurs que les “exploiteurs” s’en tirent, financièrement, bien mieux aujourd’hui qu’il y a quelques centaines d’années. À l’époque, l’investissement était risqué : le transport d’esclave était long, coûteux et souvent mortel pour les victimes. Il est devenu bien meilleur marché et beaucoup plus sûr. “L’insuffisance de la réponse internationale a permis à cette pratique de perdurer, et cette réalité ne changera que si l’esclavage apparaît comme trop risqué pour son coût”, affirme l’expert.

La multiplication des conflits et des foyers de crises (alimentaires, climatiques) promet, en outre, aux trafics d’êtres humains un essor florissant, d’après l’ONU. Dans son rapport de décembre 2016, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime constate que la route des migrations due aux conflits et celle du trafic des personnes se croisent de plus en plus.

Pour l’ONU, la combinaison entre les profits générés par l’esclavage moderne et les opportunités créées par les conflits mondiaux a élevé cette branche criminelle au niveau du trafic de drogue et d’armes.

Première publication : 31/07/2017

Source: http://www.france24.com/fr/20170731-esclavage-travail-force-profit-harvard-crime

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