L’espace se militarise franchement et rapidement, mais malgré les manœuvres agressives russes ou chinoises, ce n’est que le tout début d’une ère inquiétante. En attendant, la Chine compte bien montrer ses ambitions dans l’espace et elle nous projette directement dans l’esthétique de la science-fiction avec des concepts d’engins délirants.
Cela commence par le Luannio, un Hellcarrier, sorte de mélange entre un croiseur et un porte-avions, directement inspiré des Avengers. L’engin, long de 242 mètres, avec 684 mètres d’envergure, disposerait d’une masse de 120 000 tonnes. C’est bien plus lourd que n’importe quel porte-avions actuel.
Ce mastodonte qui porterait 88 drones de combat spatiaux évoluerait dans la stratosphère entre autour de 30 kilomètres d’altitude. Il serait de fait, situé hors de portée de la majorité des systèmes sol-air, et capable de lancer des drones, des missiles ou des intercepteurs à haute vélocité. Il ne s’agit clairement que d’un concept et en l’état actuel, il reste totalement impossible de mettre en véritable orbite dans l’espace un tel engin.
Un Hellcarrier dans l’espace
Il faudrait des dizaines d’années de mises en orbite des pièces et d’assemblage pour construire un tel mastodonte dans l’espace. C’est bien pour cette raison que cette gigantesque plateforme est prévue pour être positionnée de façon suborbitale, opérant à la frontière de l’espace.
On voit tout de même mal comment l’engin pourrait se placer et se maintenir à cette haute altitude. Sur le papier, ce Luanniao délirant constituerait un nœud logistique et de commandement pour réduire la dépendance aux bases terrestres plus vulnérables. Ce concept, qui relève plus de la pression psychologique, serait la pièce maîtresse d’un projet plus global et bien plus cohérent : le projet Nantianmen.
Piloté par le conglomérat public Avic et dévoilé aux médias d’État chinois, il combine un système de combat air-espace intégré, pensé pour opérer de la piste d’envol jusqu’à l’orbite basse. Or, certaines des briques technologiques apparaissent comme bien moins farfelues que ce porte-avions de science-fiction. Ainsi, des maquettes, comme celle du Zhuo, un drone rapide, autonome, dopé à l’IA et capable de voler à 800 km/h, ont déjà été présentées lors de salons précédents.
La chaîne de télévision d’État chinoise CCTV présente le Zhuo, un élément clé du projet Nantianmen. © CCTV
Des briques technologiques probables
Comme élément clé, on trouve également un chasseur de sixième génération, avec le Baidi. Il est architecturé autour d’une cellule hybride, sans empennage. Il semble optimisé pour la furtivité radar et infrarouge. Du décollage à la vitesse hypersonique et le vol exo-atmosphérique, l’engin devrait combiner des motorisations comme celles développées par Astro Mechanica avec son prototype de moteur hybride.
C’est justement aussi le cas des travaux chinois de l’AECC sur les moteurs TBCC/RBCC qui mélangent le turboréacteur au statoréacteur et au moteur fusée. Un tel chasseur pourrait voler à plus de Mach 5 dans l’atmosphère et pourrait accéder à l’orbite pour réaliser une interception rapide, de la reconnaissance ou une frappe à haute vélocité. Toujours côté drones, le concept de Xuannv illustre la doctrine chinoise du combat en essaim. Les visuels montrent un appareil furtif cargo, doté de soutes pour larguer des drones et saturer des cibles ennemies.
Ce n’est pas de la science-fiction
L’intérêt principal repose sur le système de combat collaboratif de ce cargo avec le partage de données entre aéronefs et la désignation de cibles. Là encore, ce système serait dopé à l’IA avec des liaisons résilientes pour lutter contre le brouillage. Ce genre d’aéronef n’est plus vraiment de la science-fiction et c’est également le projet d’autres armées.
Enfin, toujours pour la guerre dans l’espace, la Chine veut montrer qu’elle planche sur des projets d’armes à énergie dirigée et électromagnétiques. Railguns, puissants champs électromagnétiques, lasers orbitaux : ces systèmes apparaissent dans les scénarios du concept Nantianmen.
Encore une fois, ce n’est réellement plus de la science-fiction puisque Pékin, comme d’autres armées, travaille déjà sur les canons électromagnétiques navals, sur des lasers antidrones et sur des capacités d’armes antisatellites (aveuglement de satellites, perturbation de capteurs).
Enfin, haut-perchée aux portes de l’espace, cette armada pourrait à la fois réaliser des opérations de brouillage, de cyberattaque, pour frapper les réseaux des adversaires depuis l’espace. Avec de telles annonces, la Chine cherche avant tout à montrer qu’elle souhaite changer la grammaire du combat du futur.
Si certains ensembles comme le fameux porte-avions spatial semblent relever du seul imaginaire, d’autres briques sont déjà en route. C’est le cas des motorisations hybrides hypersoniques, des lasers, des drones autonomes interconnectés et de l’IA. En ce sens, le projet apparait bien moins farfelu et ébauche une doctrine militaire futuriste déguisée. Combien faudra-t-il de temps pour que certaines de ces briques soient déployées sur les bases chinoises ?