Six térabits par seconde par satellite, c’est ce que vient d’annoncer Blue Origin, la société aérospatiale fondée par Jeff Bezos. Prévu pour 2027, cet ambitieux projet s’appelle TeraWave et avec un tel débit, il ne semble pas vraiment dimensionné pour que des particuliers aillent plus vite sur le Web, mais plutôt pour acheminer le trafic simultané de dizaines de milliers d’utilisateurs.
Contrairement à la constellation Starlink qui évolue autour de 550 kilomètres d’altitude, TeraWave reposera sur une architecture hybride dotée de plusieurs couches de satellites. La couche basse sera constituée de 5 280 satellites d’accès aux utilisateurs. Ces liens directs vers le sol seront positionnés en orbite basse entre 500 et 1 000 kilomètres d’altitude. Ils permettront de garantir une faible latence.
Les débits délivrés seront de 144 Gbps. On est loin des 6 térabits/s, mais ce débit est déjà colossal si on le compare avec celui des satellites Starlink. Ces derniers sont conçus pour échanger quelques dizaines de gigabits entre des milliers d’abonnés. Le vrai transport massif de données à 6 térabits/s ne sera présent que sur la couche supérieure. Elle sera positionnée en orbite moyenne, avec 128 satellites placés entre 8 000 et 20 000 kilomètres d’altitude. Les liaisons optiques entre satellites assureront ce débit inédit de 6 térabits/s tout en servant de réseau de liaison pour les satellites de la couche basse.
Architecture « hybride » de la constellation TeraWave. © Blue Origin
Les satellites de l’IA
En tout, Blue Origin annonce 5 408 satellites interconnectés optiquement. Leur déploiement est prévu à partir du quatrième trimestre 2027.
Comme nous l’expliquions préalablement, de tels débits ne semblent pas destinés au grand public, mais plutôt aux grosses infrastructures. Avec 6 térabits/s, il est possible d’absorber le trafic simultané de dizaines de milliers d’utilisateurs. Cette configuration lourde pourrait donc permettre de remplacer des dorsales de fibre sur de longues distances, lorsque la mise en place d’un tel réseau n’est pas possible.
Tout comme Starlink avec SpaceX, Blue Origin utilisera ses propres fusées New Glenn pour lancer en orbite sa constellation TeraWave. © Blue Origin
TeraWave permettra également de relier des data centers (centres de données) entiers. La constellation répond de fait aux besoins actuels de connectivité lourde, notamment pour l’intelligence artificielle et les organisations nécessitant des débits considérables. On pense aux gouvernements, aux applications militaires. Dans tous les cas, ce projet est inédit dans le secteur des acteurs de la connectivité spatiale.
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Qui sont les autres acteurs ?
Si avec TeraWave, Blue Origin joue dans une autre cour, les acteurs actuels se concentrent essentiellement sur le grand public. Hormis Starlink, qui compte 9 millions d’utilisateurs pour plus de 9 000 satellites, Amazon déploie sa propre constellation, Amazon Leo dont les satellites ont commencé à être déployés fin 2025. Le réseau devrait compter plus de 3 200 satellites en orbite basse ciblant le grand public, avec des débits comparables à ceux de Starlink.
L’Europe a aussi ses champions. Eutelsat, via sa filiale OneWeb, opère une constellation déjà active et s’efforce de renforcer sa présence en signant des accords de lancement avec des acteurs comme MaiaSpace, pour déployer de nouveaux satellites à partir de 2027 – une initiative qui soutient la souveraineté européenne dans ce secteur stratégique.
La connexion OneWeb se concentre davantage sur des clients institutionnels et des services professionnels, mais elle reste proche de ce que propose Starlink.
Au-delà des États-Unis et de l’Europe, d’autres projets ambitieux sont en cours de développement. C’est notamment le cas pour la Chine. L’Empire du Milieu déploie plusieurs mégaconstellations de satellites en orbite basse, dont Guowang et Qianfan (Spacesail). L’idée est de concurrencer Starlink, avec à terme des dizaines de milliers d’engins. Ces projets soutenus par l’État visent essentiellement à assurer une souveraineté numérique.
Mais avec TeraWave de Blue Origin, c’est la première fois que le spatial répond vraiment au segment très haut-de-gamme des entreprises et institutions.