L’un des secrets les mieux gardés de la guerre froide spatiale vient d’être révélé : le programme Jumpseat

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Le National Reconnaissance Office (NRO), l’agence américaine chargée de concevoir, lancer et opérer les satellites de renseignement des États-Unis, vient de lever le voile sur l’un des secrets les mieux gardés de l’histoire de la surveillance spatiale américaine : le programme « Jumpseat ».

Il s’agissait de satellites espions stratégiques qui ont opéré durant la majeure partie de la seconde moitié du XXᵉ siècle. Pendant la guerre froide, entre 1971 et 1987, huit missions numérotées de 7701 à 7708 ont été lancées depuis la base de Vandenberg, en Californie, aux États-Unis. Une fois en orbite, ces satellites étaient les « grandes oreilles » des renseignements américains. Ils permettaient d’écouter le cœur militaire soviétique depuis l’espace.

Avec leurs vastes antennes, ces satellites Jumpseat capturaient un large éventail de signaux électroniques, de communications militaires et les télémesures instrumentales des essais de missiles balistiques soviétiques. Ils les transmettaient vers des installations terrestres pour analyse. Les renseignements ainsi obtenus alimentaient des agences clés comme la National Security Agency (NSA) et le Department of Defense, contribuant à la prise de décisions stratégiques au plus haut niveau.

Ces grandes oreilles de Washington facilitaient la dissuasion nucléaire américaine en dressant un portrait précis de l’arsenal nucléaire et militaire soviétique ainsi que ses activités. © NRO

L’orbite idéale pour tout capter

La particularité des Jumpseat, c’est qu’ils étaient positionnés sur des orbites hautes et elliptiques, dites de type Molniya. Leur point le plus bas (périgée) était situé autour de 1 000 kilomètres d’altitude. Leur apogée se trouvait au-delà de 37 000 kilomètres de la Terre.

C’est à cette dernière altitude que le satellite passait le plus de temps en orbite. L’inclinaison orbitale était également d’environ 63°. Un angle qui favorisait la couverture des hautes latitudes. Il restait alors longtemps au-dessus du nord de la planète, là où se trouvaient les installations militaires soviétiques, ce qui rendait l’écoute beaucoup plus efficace.

À l’époque, c’était une vraie révolution. Contrairement aux satellites militaires américains en orbite basse, comme Grab et Poppy, les Jumpseat offraient en effet une couverture quasi continue des zones stratégiques. L’autre atout, c’est que la qualité de ce renseignement permanent permettait de réduire les risques de mauvaise interprétation lors des crises internationales. Ce programme a aussi posé les bases techniques des satellites d’écoute modernes en orbite elliptique.

De vastes antennes paraboliques d’une vingtaine de mètres se déployaient une fois le satellite positionné. © NRO

De gros bébés en orbite haute

Sur le plan technique, en raison de leur masse d’environ deux tonnes et de la nécessité de les placer en orbite haute, les satellites Jumpseat étaient mis en orbite par des lanceurs lourds Titan IIIC, puis Titan 34D. Une fois positionnés, ils déployaient une antenne parabolique géante, d’une taille estimée entre 15 et 20 mètres de diamètre. C’est elle qui servait à capter les signaux de très faible intensité.

À bord, des récepteurs spécialisés interceptaient communications militaires, émissions radar et télémétrie de missiles balistiques. Des systèmes de pré-traitement des données filtraient les signaux avant leur transmission vers la Terre.

Massifs pour leur époque, ces satellites utilisaient une plateforme robuste, stabilisée par rotation, conçue pour des missions de très longue durée. C’est pour cette raison que bien que désactivés depuis 2006, les huit satellites du programme errent toujours sur leur orbite tels des déchets spatiaux. À ce niveau d’altitude et en raison de leurs dimensions, leur dégradation est très lente.

Lors de leur mise à la retraite, ces satellites ont été remplacés par des technologies plus modernes. Si la NRO a déclassifié très partiellement ce programme, c’est pour mettre en lumière son rôle déterminant dans l’histoire de la surveillance spatiale et son héritage technologique. Mais, secret militaire oblige, même vingt ans après leur extinction, hormis quelques notes, de très nombreux documents comportant des détails d’ordre technique ne sont pas accessibles.

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