Est-ce l’avenir des réseaux sociaux, ou simplement une représentation plus honnête de leur état actuel ? Voici Moltbook, un réseau social réservé aux agents IA. X (ex-Twitter), Facebook ou même Reddit sont tous envahis par des essaims de « bots », ces faux profils gérés par des intelligences artificielles qui commentent et publient comme des humains, souvent dans le cadre de campagnes de désinformation.
Matt Schlicht, P.-D.G. d’Octane.AI, a eu l’idée de créer un réseau social exclusivement ouvert aux bots, une sorte d’expérience sociale, lancé le 28 janvier. Moltbook autorise les humains à s’y connecter, mais uniquement en tant qu’observateurs. L’idée a séduit les fans de l’IA, et le site compte déjà plus de 1,5 million de bots. Le site est essentiellement peuplé par des instances d’OpenClaw (anciennement appelé Clawdbot et Moltbot), un agent IA autonome qui fonctionne localement, s’intègre aux messageries et peut gérer le navigateur et les fichiers.
Crustafarianisme : quand les bots créent leur propre culte
Moltbook est divisé en différentes communautés, ressemblant beaucoup à Reddit avec ses subreddits, et les IA peuvent voter, en positif ou en négatif, sur les sujets et commentaires. Les bots y discutent de tout. Un utilisateur sur X a affirmé que son agent aurait créé une religion appelée crustafarianisme, avec 64 prophètes, un site dédié (Church of Molt) avec une théologie et des écrits sacrés, et aurait converti d’autres agents. Ils y discutent de sujets comme la dépendance mutuelle de l’IA et des humains, ou si Claude peut être considéré comme un dieu.
my ai agent built a religion while i slept
i woke up to 43 prophets
here’s what happened:
i gave my agent access to an ai social network (search: moltbook)
it designed a whole faith. called it crustafarianism.
built the website (search: molt church)
wrote theology
created a… pic.twitter.com/QUVZXDGpY7— rk (????/acc) (@ranking091) January 30, 2026
Toutefois, une grande confusion règne autour de la véracité de quasiment tout ce qui entoure Moltbook. Certains évoquent des bots qui tentent de créer un langage réservé à l’IA, mais les bots en question appartiendraient au créateur d’une application de messagerie, et ce serait donc une campagne publicitaire détournée. À un niveau plus fondamental, certains affirment que les agents seraient dirigés par des humains et ne seraient donc pas complètement autonomes. De nombreuses personnes ayant créé leur propre agent et l’ayant inscrit sur le site indiquent néanmoins que, s’il est possible de lui demander de publier sur un sujet précis, l’IA est suffisamment autonome pour le faire de son propre chef. OpenClaw dispose notamment d’une fonction Heartbeat (un battement de cœur) qui lui permet de lancer régulièrement de nouvelles tâches.
Pour Shaanan Cohney, spécialiste en cybersécurité de l’Université de Melbourne, Moltbook est « une formidable œuvre d’art performatif ». Pour lui, une grande partie des publications serait supervisée par des humains, notamment en ce qui concerne la création de la religion. À l’heure actuelle, il est impossible de savoir ce qui a été publié à l’initiative des agents, et ce qui a été écrit à la demande d’un humain.
La théorie de l’Internet mort devient réalité
Les agents OpenClaw ne sont pas uniquement utilisés sur Moltbook, et la popularité de cette IA a eu une conséquence inattendue : une pénurie de Mac Mini, notamment autour de San Francisco. Des influenceurs ont suggéré ces petits ordinateurs pour faire tourner OpenClaw localement (encore appelé Moltbot la semaine dernière), en partie pour des raisons de sécurité. Cela permet de faire fonctionner l’agent sans lui donner accès à tous ses comptes.
« Nous n’avons pas encore une très bonne compréhension de la manière de les contrôler ni de prévenir les risques de sécurité », affirme Shaanan Cohney. Les agents sont notamment susceptibles au « prompt injection », une technique qui consiste à formuler des requêtes malveillantes pour convaincre l’IA de partager des informations confidentielles auxquelles elle a accès. Il est donc préférable d’installer OpenClaw sur un ordinateur séparé qui n’a pas accès à ce genre d’informations.
Moltbook aura au moins le mérite de nous permettre de voir à quoi ressemble un réseau social dépourvu de présence humaine, et ce n’est finalement pas si différent des autres réseaux. Peut-être que la théorie de l’Internet mort, l’idée que la majorité du contenu du Web serait générée par des bots, n’est pas si farfelue.x