Espions chinois arrêtés : derrière cette antenne satellite, une opération bien plus vaste

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Le Sud-Ouest de la France semble attirer les ressortissants chinois ces dernières années. Fin janvier, une vaste antenne parabolique de près de deux mètres de diamètre installée dans le jardin d’une maison louée en Gironde, à Meynac, a attiré l’attention du voisinage. Des pertes de connexion Internet, sans doute sur le réseau mobile dans ce même secteur, ont aussi alerté les riverains. Il se passait décidément quelque chose de louche, au point de signaler ces évènements aux autorités.

Après une perquisition dans ce logement, les enquêteurs ont découvert du matériel de réception satellitaire sophistiqué, des ordinateurs, des équipements de mesure radio et la fameuse antenne parabolique. Quatre personnes ont été interpellées, dont deux ressortissants chinois. Signe que c’est une affaire sensible, le parquet de Paris a confié l’enquête à la DGSI, les services de renseignement intérieur. L’information judiciaire porte sur la « livraison d’informations à une puissance étrangère, une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ». Autrement dit, les membres de cette équipe sont des espions au service de la Chine.

Pour les besoins de l’enquête, l’Agence nationale des fréquences radio (ANFR) a également pu constater l’emploi illégal de fréquences et l’utilisation d’équipements radio, de brouillage et de dispositifs de captation de données non autorisés. C’est en partie ce qui explique le brouillage et l’exploitation de cette antenne, pas comme les autres.

Ce que l’on sait sur ces deux Chinois présentés hier devant un juge, c’est qu’ils travaillent en France pour une entreprise spécialisée dans le développement d’équipement de communication sans fil. Les deux autres personnes sont suspectées d’avoir fourni les équipements illégaux. Lors d’une perquisition chez ces deux complices, les enquêteurs ont aussi découvert une antenne Starlink. Ils ont expliqué aux enquêteurs que les deux Chinois souhaitent comprendre cette technologie. Un argument qui ne colle pas vraiment avec le matériel employé.

C’est ce type d’antenne de grande taille que les espions chinois sont susceptibles d’avoir utilisé pour intercepter les données satellitaires. © DR

Une antenne pas si anodine

Contrairement à un terminal Starlink classique, c’est bien une vaste antenne parabolique à haut gain, associée à des récepteurs radio et à des systèmes informatiques capables d’analyser des signaux radio complexes, qui a été trouvée. Mais, selon le parquet, les données brutes captées provenaient à la fois du réseau Starlink et d’entités militaires avant d’être retransmises en Chine. Cet envoi de données était sans doute réalisé grâce au terminal Starlink. Pour ce qui est de capter des données sensibles via la constellation Starlink, l’affirmation reste étonnante. Le réseau américain n’est que peu employé par les forces armées françaises ou les organisations civiles issues de secteurs sensibles.

Étant donné la zone géographique, la cible était peut-être les satellites du Cnes qui sont employés à la fois de façon civile et militaire. La constellation Syracuse, qui assure le réseau de communication militaire français, était éventuellement aussi dans la ligne de mire de ces espions chinois. Ce type d’antenne est tout à fait capable de capter les données issues de satellites en orbite GEO (36 000 kilomètres), mais l’orientation de l’antenne doit être très précise.

Enfin, l’interception brute ne signifie pas nécessairement un accès immédiat aux contenus chiffrés, surtout s’ils sont militaires. Elle peut en revanche fournir des métadonnées précieuses, des caractéristiques de trafic, voire permettre d’identifier des schémas d’usage, des priorités de communication ou des fenêtres d’activité militaire. C’est précisément ce potentiel qui alerte les autorités françaises.

Pourquoi le Sud-Ouest ?

Pour ce qui est du choix du lieu, cela n’a certainement rien d’un hasard. Le Sud-Ouest concentre Airbus Defence Space, des infrastructures liées au Cnes, des sites militaires, des nœuds de télécommunications stratégiques, ainsi qu’un tissu universitaire scientifique dense.

Depuis plusieurs années, cette région est considérée comme une zone d’intérêt prioritaire pour les services de renseignement étrangers, en particulier chinois. Ils sont très actifs pour collecter des informations sur les technologies dites duales, c’est-à-dire à la fois civiles et militaires.

Cette affaire fait écho à d’autres dossiers récents. Ainsi, une espionne chinoise avait également installé une mystérieuse antenne à l’extérieur de son logement dans un village de Haute-Garonne. Elle pouvait également capter les données secret défense des satellites français.

Plus récemment, il y a eu la mise en examen d’un chercheur lié à l’université de Bordeaux. Il est soupçonné d’avoir facilité l’accès à des informations sensibles au profit d’une puissance étrangère, en l’occurrence, le Chine.

Si ces espions peu discrets se font démasquer, d’autres passent certainement sous les radars. Et pour la Chine, c’est également un moyen de montrer qu’elle met les moyens de garder un « œil » sur les structures stratégiques françaises. Ces affaires qui se multiplient rappellent également une évidence stratégique : le champ de bataille de l’espionnage moderne s’est déplacé vers l’espace et les réseaux civils à double usage. Et la France doit désormais protéger non seulement ses secrets militaires, mais aussi les infrastructures civiles sur lesquelles repose une part croissante de sa défense.

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