Les satellites en orbite basse (300 à 1 200 kilomètres), comme ceux de la constellation Starlink, pourraient bien être des proies de choix dans l’avenir. Pour les « griller », la Chine prétend avoir mis au point l’arme HPM (High Power Microwaves) la plus puissante du moment.
Une HPM est une arme à énergie dirigée électromagnétique. Elle sert à « brûler » les composants électroniques d’un appareil, en émettant vers sa cible des impulsions micro-ondes extrêmement puissantes. Les modèles existants s’attaquent principalement aux drones légers, éventuellement aux systèmes radio tactiques militaires ou civiles, aux relais radio-fréquence, à certains radars et lidars ou encore aux capteurs optiques ou infrarouges.
Pour les équipements militaires les plus « costauds », ce type d’arme a toutefois des effets limités. Mais, avec sa puissance démesurée, le prototype mis au point par une équipe du Laboratoire de l’Institut de technologie nucléaire du Nord-Ouest (NINT) à Xi’an (Shaanxi), en Chine, fait basculer ce type d’arme dans une autre dimension. Baptisé TPG1000Cs, il serait capable d’émettre des impulsions micro-ondes extrêmement brèves, mais d’une puissance annoncée de 20 gigawatts. C’est de 10 à 100 fois plus que les systèmes concurrents les plus puissants du moment.
La taille, ça compte
Avec ce déferlement de puissance, l’engin pourrait perturber ou détruire des satellites et autres équipements électroniques en orbite terrestre basse. La durée d’une émission serait d’une minute selon les scientifiques. Cela paraît peu, mais c’est exceptionnel, puisque les technologies actuelles ne peuvent gérer que des rafales électromagnétiques de seulement quelques secondes. Les 20 GW en question ne correspondent pas à une puissance électrique continue comparable à celle d’une centrale nucléaire. Il s’agit presque certainement d’une puissance crête pulsée, délivrée sur des durées de l’ordre de la nanoseconde à la microseconde. Mais cette puissance est répétée jusqu’à 3 000 fois par tir.
Si la puissance impressionne, en pratique l’énergie totale engagée devrait rester relativement modeste, sans doute l’équivalent d’une quinzaine de KWh. C’est peu en quantité absolue, mais l’émission est délivrée sous une forme extrêmement agressive pour l’électronique.
Très puissant selon l’équipe de chercheurs chinois, l’engin reste suffisamment compact pour être embarqué sur un camion lourd ou un navire. © Northwest Institute of Nuclear Technology
La quantité d’énergie nécessaire au « tir » n’est pas produite instantanément, mais stockée dans des bancs de condensateurs haute tension. Ils sont rechargés par des générateurs électriques classiques. Ce sont eux qui libèrent brutalement les micro-ondes via des dispositifs de commutation ultra-rapides (de type Marx ou Blumlein).
Passé cette déferlante de puissance, l’un des plus gros défis de l’équipe a été de parvenir à concevoir un prototype extrêmement compact pour sa catégorie. Il mesure environ quatre mètres de long pour cinq tonnes. De quoi embarquer l’engin sur un camion lourd, ou un navire, ce qui le rend très intéressant du point de vue tactique.
Une arme de la zone grise
Avec le système mis au point par la Chine, la question la plus sensible concerne toutefois l’espace. Les satellites en orbite basse, notamment les constellations de télécommunications, sont structurellement vulnérables aux agressions électromagnétiques. Théoriquement, un système de ce type pourrait perturber temporairement des liaisons RF, voire provoquer des défaillances électroniques si l’exposition est assez longue et le blindage insuffisant. L’engin n’agirait pas vraiment comme un tueur de satellites, mais plutôt comme un outil de déni en le neutralisant temporairement, sans création de débris orbitaux.
Mais, en pratique, il faut nuancer la prétendue puissance de l’arme. À ces fréquences, seule une antenne très directive permettrait d’atteindre un satellite à plusieurs centaines de kilomètres. Cela limiterait de fait la fenêtre d’engagement à quelques dizaines de secondes lors du passage orbital.
Reste que dans le cas d’une constellation dense comme Starlink, si des « tirs au but » sur plusieurs satellites sont réalisés, les conséquences pourraient accélérer le fameux syndrome de Kessler, en augmentant les probabilités de collisions et la génération de nombreux débris.
Lire l’article
Face aux missiles antisatellites ou aux lasers de forte puissance, capables au moins d’aveugler un satellite, le TPG1000Cs occupe une position intermédiaire. Peu coûteux par tir, difficilement attribuable, sans causer d’explosion ni de débris, il s’inscrit pleinement dans la logique de la guerre électromagnétique et hybride.