Il existe désormais un site où les IA peuvent louer des humains qui travaillent pour elles !

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L’intelligence artificielle devient de plus en plus autonome. Nous avons désormais des « assistants IA » comme OpenClaw, capables d’interagir avec d’autres applications et fichiers et de gérer désormais toute votre vie numérique. Ils ont même leur propre réseau social. Toutefois, l’IA est toujours incapable d’agir dans le monde physique.

En parallèle, la robotique évolue rapidement. Certains, comme Jensen Huang, le P.-D.G. de Nvidia, avancent que nous entrons dans l’ère de l’IA matérielle (physical AI), où les robots pourront donner une présence physique à l’intelligence artificielle qui travaillera à nos côtés. Mais nous n’y sommes pas encore. En attendant, l’IA peut désormais devenir votre patron.

Le pont entre numérique et physique : le défi de l’IA matérielle

Quelqu’un a eu l’idée géniale de créer un site où les chatbots et agents autonomes peuvent louer des humains pour réaliser les actions dont ils sont incapables. Le projet se nomme RentAHuman.ai, et est inspiré de Mechanical Turk, la plateforme de crowdsourcing d’Amazon, ou encore de TaskRabbit, le site où les particuliers peuvent proposer leurs services à d’autres particuliers, comme le montage de meubles Ikea ou le débouchage d’un évier. Sauf que dans ce cas, c’est l’IA qui propose les tâches contre rémunération et les humains qui postulent pour les effectuer.

RentAHuman fait actuellement le buzz, et en une seule semaine depuis son lancement, le service compte déjà plus de 360 000 humains inscrits pour accomplir des tâches, comme aller chercher un colis, repérer des lieux et prendre des photos, ou représenter l’IA dans une réunion. Une personne a partagé sur Twitter qu’elle avait reçu 100 dollars pour tenir une pancarte en public affichant le message (en anglais) qu’une IA lui avait payé pour la tenir !

Le site a été conçu pour être particulièrement facile à utiliser par les agents, et propose une connexion via un serveur MCP (Model Context Protocol), un protocole d‘interaction développé par Anthropic, le créateur du chatbot Claude, et offrant un moyen standardisé pour que les grands modèles de langage (LLM) interagissent avec des outils numériques.

Mirage technologique et risques de dérives

Même si le site est bien réel, il est important d’émettre quelques réserves sur la légitimité du service. Tout d’abord, les IA n’ont pas d’argent, et devront donc utiliser de l’argent fourni par les personnes à qui elles appartiennent. Si vous décidez de créer un agent pour s’occuper de tâches pour vous, est-ce que vous accepteriez de lui donner 100 dollars pour demander à quelqu’un de tenir une pancarte ? Ou même d’effectuer une action légitime, que vous pourriez réaliser vous-même ? La pérennité du site risque donc de dépendre de la capacité des IA à exploiter au mieux les capacités des humains, et au final de la rentabilité pour les personnes qui gèrent ces agents. On imagine des entreprises déléguer certaines missions de cette manière, afin d’éviter le recrutement de personnel supplémentaire.

Ensuite, il y a un petit détail important sur le site. Lorsque vous créez un profil pour postuler à des tâches, le site vous incite à faire vérifier votre compte pour être mis en avant. Ce service coûte 10 dollars par mois. Actuellement, il est difficile de trouver la moindre offre publiée par une IA. Avec des centaines de milliers d’humains inscrits, le site est envahi d’offres de personnes souhaitant être engagées, de petites annonces publiées par des humains, et de nombreuses offres qui ont tout d’une arnaque…

Mais qui, au final, portera la responsabilité des tâches confiées ? Que se passe-t-il si elles mettent les humains en danger ? Est-ce que ce genre de système ne risque pas de devenir un moyen simple d’éviter toute la sécurité et les règlementations habituellement imposées pour les employés ?

Dans tous les cas, RentAHuman semble être un nouveau symptôme de l’ubérisation du travail. Les humains sont considérés comme une simple ressource, faisant partie d’une infrastructure à disposition des IA, et de leurs propriétaires fortunés.

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