L’Europe se lance dans un projet ultra-ambitieux pour rattraper les géants des puces

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Adopté en 2023 dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis et la Chine, qui n’ont fait que s’intensifier depuis, le European Chips Act a pour objectif de doubler la part de l’UE dans la production mondiale de semi-conducteurs pour atteindre 20 % d’ici 2030.

Pour autant, le chemin à parcourir est encore long car si l’Europe abrite plusieurs champions des équipements de fabrication de puces, dont le leader néerlandais de la lithographie ASML, les acteurs continentaux ne produisent qu’une petite partie des puces les plus avancées. Tout pourrait cependant changer bientôt.

Une ligne pilote de 2,5 milliards d’euros

Inaugurée à Louvain, en Belgique, par Imec, l’un des plus grands centres indépendants d’innovation au monde dans le domaine de la nanoélectronique et du numérique, NanoIC est une ligne pilote destinée au développement de semi-conducteurs ultra-avancés.

Ce projet mise sur un modèle de recherche partagée permettant aux entreprises et aux laboratoires de prototyper les étapes de fabrication et d’intégration au-delà du seuil 2 nm, avant d’investir des milliards dans la production en série. Rappelons que le terme « 2 nm » désigne une technologie avancée permettant de concevoir des puces plus compactes, plus performantes et plus économes en énergie que celles des générations précédentes, ce qui n’était jusqu’ici réservé qu’à une petite poignée d’acteurs mondiaux, principalement asiatiques et américains.

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En complément, cet accès simplifié à des équipements de pointe devrait permettre d’accélérer le développement de nouveaux matériaux et de procédés de fabrication innovants.

Pour mener à bien cette ambition, la ligne pilote NanoIC bénéficie d’un investissement total de 2,5 milliards d’euros, dont 1,4 milliard provenant de l’entreprise commune européenne Semi-conducteurs, financée par les États de l’Union. À terme, cette infrastructure est appelée à jouer un rôle crucial dans le renforcement du tissu industriel européen à l’ère de l’IA.

Le Chips Act vise à renforcer la souveraineté de l’Europe sur les semi-conducteurs. © Parlement européen, YouTube

La première puce européenne de 7 nanomètres

Autre avancée majeure, le centre de recherche MACHT-AI de l’Université Technique de Munich (Technical University of Munich) a dévoilé la première puce d’intelligence artificielle de l’Union européenne de 7 nanomètres, ce qui veut dire qu’elle est équipée de transistors plus petits qui peuvent exécuter des applications plus rapidement et plus efficacement que les autres modèles.

Par ailleurs, contrairement aux puces basées sur le cloud, comme celles produites par Nvidia, elle traite les données localement, sur l’appareil lui-même, sans dépendre d’un data center externe, ce qui renforce la cybersécurité et contribue à protéger les technologies contre toute utilisation abusive par des tiers.

Cette innovation souveraine a été conçue conformément aux normes industrielles établies par TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company) et sera fabriquée à Dresde par ESMC (European Semiconductor Manufacturing Company).

Dans les prochaines années, les projets actuellement développés à Louvain et à Munich vont permettre aux acteurs européens de gagner en autonomie vis-à-vis de l’Asie et des États-Unis, ce qui contribuera à faire naître un écosystème indépendant à l’échelle du continent.

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