Des physiciens ont collé, décollé, recollé du Scotch… jusqu’à y trouver une mémoire cachée !

Author:

Une feuille que l’on a pliée, puis dépliée, laisse un pli qui ne disparaîtra jamais. C’est une sorte de mémoire permanente d’une forme. Aux États-Unis, des physiciens de Penn State ont découvert que le ruban adhésif fait la même chose, mais en mieux. Il peut stocker plusieurs souvenirs à la fois, les classer, et les oublier sur commande.

L’étude, publiée dernièrement dans le New Journal of Physics, décrit l’expérience menée par ces chercheurs qui ont passé beaucoup de temps à dérouler des rubans de Scotch. Ils ont utilisé trois rubans adhésifs de la marque 3M pour mener leurs expériences. Elles sont plutôt simples, puisqu’il s’agissait de coller un bout de scotch, puis de le repositionner plus loin à maintes reprises.

C’est ensuite que la science débute : à l’endroit précis où le collage s’est arrêté, la pression exercée laisse une trace physique d’adhérence plus forte qui n’est pas visible à l’œil nu.

En répétant l’opération plusieurs fois sur des distances de plus en plus courtes, les chercheurs ont pu inscrire sur le ruban une série de lignes superposées. Ces lignes peuvent être considérées comme autant de « souvenirs » mémorisés par l’adhésif. La mémoire peut être plus ou moins marquée, selon la pression exercée par le doigt sur le ruban lorsqu’on le colle sur une surface.

Coller, décoller, recoller… mémoriser

Pour lire ces « lignes » de pression, il suffit de décoller le ruban en continu. Et le lecteur est justement un capteur de pression qui retire lentement le ruban. À chaque ligne de marquage, le capteur enregistre un pic plus ou moins prononcé, selon la pression qui a été exercée sur le ruban lors du collage.

Comme pour une bande magnétique, ces « souvenirs » se lisent dans l’ordre inverse de leur formation. Autrement dit, on lit le plus récent d’abord, jusqu’à la fin du rouleau. Pour « réinitialiser » l’adhésif et effacer ces données, il faut le décoller d’un seul coup.

Reste encore à savoir à quoi peut bien servir la lecture de ces lignes de pression ? Pour les scientifiques, il s’agissait surtout d’établir que ce principe fonctionne. Mais ils imaginent déjà des applications.

En aviation, par exemple, cela pourrait permettre d’enregistrer les pics de contrainte qu’un matériau subit. Ainsi, on serait capable de les lire et les évaluer sans avoir besoin de capteur ou d’électronique. Il ne s’agirait pas spécialement d’un ruban adhésif, car l’expérience sert également à démontrer que ce phénomène peut s’observer sur de nombreux matériaux complexes.

L’idée consiste donc à comprendre comment exploiter cette mémoire et éventuellement la programmer pour parvenir à un comportement voulu.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *