Peut-on battre une intelligence artificielle au jeu de stratégie Puissance 4 ? Créer une œuvre d’art avec un réseau de neurones ? Discuter avec un robot capable de deviner notre humeur ? Autant d’expériences immersives et ludiques que propose « Cap sur l’IA », la grande exposition temporaire du musée de l’Air et de l’Espace, ouverte du 15 octobre 2026 au 27 juin 2027 et destinée aux visiteurs à partir de 10 ans.
« À partir de modules interactifs et d’objets issus des collections du musée, cette nouvelle exposition temporaire vous présente un parcours immersif, didactique et ludique autour de l’intelligence artificielle. Acteur de votre propre visite, vous pourrez tester différents jeux, comprendre les opportunités et les défis que l’IA vous propose. À l’aube d’une nouvelle révolution technologique, vous pourrez participer à la réflexion sur son développement et ses usages », promet Anne-Catherine Robert-Hauglustaine, sa directrice générale.
En complément de ce parcours, le musée consacre aussi près de 160 m² à l’IA de défense. Une manière de montrer que la technologie ne se résume plus aux assistants conversationnels, à la génération d’images ou aux recommandations algorithmiques. Elle pénètre désormais des systèmes où la rapidité d’analyse et la fiabilité de la décision peuvent avoir des conséquences opérationnelles majeures.
Trente modules pour toucher l’IA du doigt
« Cap sur l’IA » déploie une trentaine de modules interactifs autour de cinq thématiques : le savoir, la communication, la créativité, la perception et le mouvement. Tout au long de la visite, chacun pourra exprimer son opinion à l’aide d’une carte perforée à poinçonner à chaque station. En fin de parcours, la comparaison de ses réponses à celles des autres sera une invitation au débat.
La scénographie, signée par l’agence Archimedes, réserve deux espaces d’approfondissement. « Boîte noire : décryptez l’IA ! » ouvre les entrailles de la technologie, des réseaux de neurones à l’apprentissage profond, dont même les chercheurs peinent à expliquer certains résultats.
Quant au « Forum : que penser de l’IA ? », il pousse précisément le visiteur à se confronter à la difficile question de déléguer une décision à un système dont on ne maîtrise pas complètement le raisonnement. Car les algorithmes peuvent être rapides et performants, mais aussi également produire des erreurs ou reproduire des biais présents dans les données.
L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir ce que l’IA sait faire, mais de déterminer dans quelles conditions ses résultats peuvent être considérés comme fiables. « Les questions autour de l’intelligence artificielle appellent à une très grande prudence : utiliser les outils de l’IA tout en gardant notre capacité de décision et la maîtrise de notre avenir », résume Anne-Catherine Robert-Hauglustaine.
Dans la défense, l’IA accélère déjà la boucle de décision
C’est dans le domaine militaire que cette question prend une dimension particulière. C’est la partie de l’exposition développée en interne par les équipes du musée avec le concours de l’Amiad (Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense) et de la DGA (Direction Générale de l’Armement). Quatre sections pour explorer un sujet devenu central dans les conflits contemporains.
En soutien opérationnel, l’analyse prédictive peut contribuer à prévoir des besoins logistiques, détecter des défaillances matérielles ou optimiser les chaînes d’approvisionnement ; l’IA embarquée ensuite, qui transforme avions, drones et navires en plateformes autonomes et collaboratives, réduisant l’exposition des soldats au danger.
Troisième axe : la dissipation du « brouillard de guerre » cher au stratège Clausewitz. En filtrant les flux massifs de données issus de capteurs et de satellites, l’IA reconfigure la boucle décisionnelle OODA (pour Observer, Orienter, Décider, Agir) sans écarter l’humain du cœur de la décision. Enfin, l’IA crée de nouvelles vulnérabilités dans le cyberespace, jusqu’à la « guerre cognitive » où deepfakes et bots brouillent les repères entre le vrai et le faux.
Parmi les objets présentés : un prototype de casque augmenté Thales pour les équipages d’hélicoptère Tigre, ou une maquette de la constellation satellitaire CO3D du Cnes, dont le traitement d’image embarqué tient en 200 000 paramètres contre plusieurs millions pour un réseau au sol.