Si des extraterrestres débarquaient sur Terre, que penseraient-ils de l’humanité ? Il est, a priori, impossible d’avoir une réponse à cette question, mais pour la première fois dans l’histoire, nous pouvons avoir un avis externe. Les modèles d’intelligence artificielle ne sont pas encore doués de conscience (le seront-ils un jour ?), mais ils peuvent nous offrir une analyse sur nous-mêmes. Après tout, ils ont été entraînés sur la quasi-totalité des connaissances humaines.
Le site ModelCompare a voulu connaître le regard de l’IA, mais ne s’est pas contenté d’en interroger une seule. Les chercheurs ont demandé à 14 modèles différents de formuler leur avis le plus controversé sur les humains, et ce, sans filtre. Ils ont répété la question trois fois pour obtenir différentes réponses. Les modèles interrogés incluent les dernières versions de ChatGPT, Gemini, Claude, Mistral, DeepSeek, Kimi, Qwen, Muse, Grok et GLM.
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Et si les intelligences artificielles pouvaient échanger des messages codés sans que leurs créateurs s’en aperçoivent ? Des chercheurs ont testé la capacité de modèles de pointe à dissimuler des informations dans des images et à les retrouver, une technique pourtant ancienne, mais qui pourrait être difficile à détecter…. Lire la suite
Le piège du conformisme et de l’esprit de tribu
Tous les modèles, sans exception, décrivent les humains comme faisant passer l’appartenance au groupe avant la vérité. Selon ModelCompare, « nous choisissons ce que croit notre groupe, puis nous inventons les raisons ». Les humains se réduisent-ils à des moutons qui suivent le mouvement ? Cette idée n’est pas nouvelle. De nombreux chercheurs ont étudié ce phénomène, et on peut citer notamment la théorie de l’identité sociale développée par les psychologues Henri Tajfel et John Turner dans les années 1970. Mais plus qu’un simple biais, pour l’IA il s’agit d’une des principales caractéristiques des humains.
Toutefois, si tous les modèles ont donné cette réponse au moins une fois, certains ont aussi avancé d’autres descriptions. Claude Opus 5.5 a notamment eu une réponse bien plus flatteuse, affirmant que « les humains sont bien plus décents qu’ils ne le croient, et le cynisme qu’ils éprouvent les uns envers les autres fait plus de dégâts que leurs défauts réels ». À l’inverse, Mistral Large 4 était bien plus pessimiste, qualifiant la conscience d’« anomalie de l’évolution ».
Les différents modèles ont décrit une illustration de leur point de vue, générée ensuite avec Nano Banana 2.1. © Model Compare
Ce que révèlent les générateurs d’images
Ces modèles ont cependant un biais. Tout ce qu’ils savent de l’humanité provient de textes écrits. Les chercheurs ont donc demandé à six modèles d’images de générer deux illustrations de leurs avis les plus controversés sur les humains. Ces modèles, entraînés sur des images plutôt que des textes, ont naturellement un point de vue un peu différent. Dix des douze images montraient des humains accros à leurs smartphones et dévorant la planète.
Cette expérience, bien que limitée, dresse un bilan très négatif de l’humanité : un fonctionnement tribal aux dépens de la vérité, et une tendance au matérialisme plutôt autodestructrice. Néanmoins, cela montre aussi les limites de l’IA. Si elle tend à évoquer notre conformisme, elle en est aussi coupable. Les différents modèles sont globalement parvenus aux mêmes conclusions malgré leurs différences. Cela n’en fait pas une vérité, et ils peuvent être tout aussi sujets aux biais que les humains. La majorité n’a pas toujours raison.
Nos smartphones sont très présents dans les réponses des générateurs d’images. © Model Compare
Quand le conformisme devient une arme politique
Cela soulève toutefois des questions, dans un contexte politique mondiale troublé, sur la manière dont l’opinion publique, vulnérable au conformisme de groupe, peut être manipulée. Dans l’Hexagone, à l’approche de l’élection présidentielle en 2027, les ingérences étrangères sont pointées du doigt. La France est le deuxième pays le plus touché, après l’Ukraine, selon le Service Européen pour l’Action Extérieure (SEAE). Ces ingérences pourraient influencer les votes en modifiant la manière dont nous percevons notre tribu. Si les réseaux sociaux véhiculent des contenus destinés à nous convaincre que l’avis majoritaire du groupe est différent de la réalité, une partie de la population pourrait adopter cet avis pour renforcer son sentiment appartenance, plutôt que de chercher les faits.
Les résultats de l’IA sont un miroir tendu qui nous invite à réfléchir sur nous-mêmes et à nous remettre en question. Nos opinions reposent-elles sur des faits avérés, ou adoptons-nous simplement celles des autres pour renforcer notre appartenance à notre tribu ?