Le « marteau de Dieu » : cette redoutable arme spatiale américaine pourrait-elle frapper le sol ?

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La science-fiction donne souvent de funestes idées aux militaires. Ce fut le cas dans les années 50 lorsque Jerry Pournelle, un écrivain a imaginé un satellite bombardier, baptisé Rods from God, signifiant littéralement les « barres venues de Dieu ». L’idée : placer en orbite des projectiles dénués d’explosifs pour les précipiter à l’unité ou en grappe sur une cible au sol à très haute vélocité. Le concept est passé de l’imagination d’un auteur, aux labos de recherche et développement de l’US Air Force au début des années 2000. Cette arme orbitale est même apparue dans un document de doctrine militaire américaine publié en 2003.

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Les projectiles en question étaient censés mesurer jusqu’à six mètres de long pour une trentaine de centimètres de diamètres. Constitués d’un métal lourd et dense, comme du tungstène, ils devaient retomber sans propulsion à très haute vélocité, jusqu’autour de Mach 10 sur Terre, comme une météorite artificielle. A cette vitesse hypersonique, même une ogive dépourvue d’explosif peut libérer une quantité phénoménale d’énergie à l’impact. Pour les militaires, les avantages sont certains. Contrairement au tir d’une arme balistique, les systèmes d’alerte précoce, comme la détection thermique du lancement d’un missile à partir d’un satellite sont de fait inopérants. La petite taille de l’arme la rend indétectable à partir du sol et sa très haute vélocité rend son interception très difficile, voire impossible. Autre avantage, il n’y a pas de charge nucléaire, cela ne vient donc pas contrevenir au traité de l’espace de 1967 qui a convenu qu’il est interdit de positionner des armes de destruction massive en orbite. Enfin, avec ces ogives, il est possible de frapper n’importe quelle zone sur Terre.

Dans cette animation du studio Silver Link l’équivalent de ce concept d’arme Rods from God est représenté dans l’espace.© Cruncyroll

L’US Air Force n’est pas allé plus loin. A l’époque, le rêve américain s’est heurté aux lois de la physique… et au prix. Il faut dire qu’il est nécessaire d’envoyer en orbite une masse délirante de tungstène. Même aujourd’hui, avec la baisse spectaculaire des tarifs des lancements spatiaux, placer autant de munition en orbite reste trop onéreux. L’autre souci, c’est que pour pouvoir atteindre un cible n’importe où sur Terre, il faudrait une vaste constellation de satellites bombardiers. Là encore, le coût de ce déploiement est rédhibitoire. Restaient les obstacles physiques. Pour obtenir de la précision, il est nécessaire d’adapter l’équivalent d’un véhicule de rentrée d’un missile balistique pour diriger correctement les ogives. De fait, la masse totale du satellite porteur rendrait improbable sa mise en orbite. Et en rognant sur le poids et la taille des projectiles, l’effet cinétique serait insuffisant par rapport au coût conféré. Enfin, une arme orbitale ne pourrait pas frapper instantanément n’importe quelle cible : il faudrait attendre que le satellite passe dans une position compatible avec son tir.

Pour confirmer ces entraves avec des données plus actuelles, une étude publiée en 2024 par Paradigme a évalué que le coût de la mise en orbite basse d’un seul projectile de 8 mètres de long pour 40 cm de diamètres s’élèverait à 82 millions de dollars au minimum. De plus, la simulation de l’article démontre que l’impact au sol du projectile serait minime et très loin de pouvoir se rapprocher de celui d’une véritable arme nucléaire.

Oreshnik russe : la vitesse est une arme

Si ces tubes tombant de l’espace ne sont jamais sortis des labos, la guerre en Ukraine a rendu brutalement le concept des Rods from God beaucoup moins abstrait. Le 21 novembre 2024, la Russie a tiré sur Dnipro en Ukraine son missile balistique à portée intermédiaire Oreshnik. Il s’agit d’un missile conçu pour transporter plusieurs têtes nucléaires (Mirvé). Lors de ce tir, le missile a dispersé plusieurs véhicules de rentrée à très grande vitesse. Des images spectaculaires ont montré ces projectiles lumineux plongeant rapidement vers leurs objectifs. Leurs impacts ne correspondaient à des explosions conventionnelles. Les charges employées étaient inertes et leur puissance destructrice provenait uniquement de leur énergie cinétique. Si l’Oreshnik n’est pas un Rod from God, puisqu’il est lancé depuis la Terre et suit une trajectoire balistique, le principe reste cependant identique : des projectiles viennent frapper le sol depuis l’espace. L’utilisation de ces têtes dénuées d’explosifs à suffit à démontré leur potentiel destructeur. 

Les États-Unis ont des armes dans l’espace : ce qu’on peut déduire de ce que Washington refuse de dire

C’est un coup de tonnerre dans le silence de l’espace. Les États-Unis viennent d’affirmer qu’ils disposent d’armes en orbite. Une annonce qui fait immédiatement réagir la Russie et la Chine. Mais de quoi s’agit-il et pourquoi cette annonce marque l’entrée dans une nouvelle ère…. Lire la suite

Alors, les Rods from God pourraient-ils redevenir à la mode ?

Aujourd’hui, aucun programme militaire n’annonce le retour de ces inquiétants Rods from God. En revanche, le concept est beaucoup moins absurde qu’il ne l’était il y a vingt ans. Les coûts de lancement baissent rapidement, le nombre de satellite augmente de façon exponentielle et les systèmes de guidage se miniaturisent. Côté vecteurs, les véhicules hypersoniques sont régulièrement testés avec une transition depuis l’espace. La France expérimente même le sien avec le V-Max dont un premier essai a été mené en 2023. Bref, les innovations rendent le concept de moins en moins improbable. 

Et s’il n’y a pas de Rods from God dans l’espace, les Etats-Unis continuent d’y montrer leurs muscles. Il ont dégainé les premiers en avouant qu’ils disposaient d’armes en orbite, sans que l’on sache de quoi il s’agit. Les concurrents de la militarisation de l’espace se sont insurgés, avec une certaine hypocrisie, puisqu’ils disposent sans doute également d’armement en orbite et cherchent à montrer régulièrement leurs capacités de nuisance dans l’espace. La tentation de la course aux armements au dessus de nos tête pourrait bien faire sauter les digues et notamment le fameux traité de l’espace, puisque les accords internationaux n’ont plus vraiment de portée pour des Etats de plus en plus désinhibés. En attendant, la menace provient bel et bien du sol, avec des missiles comme l’Oreshnik. Des missiles déjà opérationnels qui emploient l’énergie cinétique pour taper fort depuis l’espace.

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