« Les États-Unis ont besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale. Il est essentiel à la construction du Dôme doré. L’Otan devrait montrer la voie pour que nous puissions l’obtenir. » La semaine dernière, Donald Trump réaffirmait sa décision d’annexer quoi qu’il en coûte le Groenland en prétextant un impératif de sécurité nationale lié à la mise en place de son fameux projet de « Dôme doré ».
Futura a déjà évoqué ce projet de système d’alerte précoce antimissiles (balistiques, hypersoniques, de croisière, drones…) mêlant des systèmes de détection radar au sol et dans l’espace. Un projet colossal au prix exorbitant qui s’inspire à la fois du projet DSI que souhaitait lancer en pleine guerre froide Ronald Reagan, avant de l’abandonner et du Dôme de fer israélien.
En attendant le développement de ce qui n’est toujours qu’un concept, Futura avait déjà expliqué que l’annexion du Groenland n’a aucun sens stratégiquement puisque depuis le début de la guerre froide, les États-Unis y ont déployé plusieurs bases, dont la fameuse base de Thulé devenue Pituffik.
Jusqu’à il y a quelques semaines, le Danemark n’aurait vu aucun inconvénient à un renforcement militaire de ces installations. Mais ça, c’était avant…. En attendant, cette Pituffik Space Base est un élément clé du système d’alerte précoce présent depuis les débuts de la guerre froide et maintenu depuis.
Cette illustration montre à quoi pourrait ressembler un solide bouclier antimissiles moderne multicouches. © Leonardo
La base spatiale de Pituffik fait partie d’un ensemble appelé système d’alerte. Il est censé détecter, identifier et suivre en temps réel des tirs de missiles balistiques à très longue distance. Il repose sur deux composantes : terrestre et spatiale.
Annexer le Groenland pour la sécurité des États-Unis ?
Pour ce qui est de la détection à partir du sol, comme on l’avait expliqué, la base de Pituffik est équipée d’un radar de type Upgraded Early Warning Radar (UEWR). Actuellement, il s’agit précisément des radars AN/FPS-132. Ils intègrent des mises à jour logicielles et matérielles pour améliorer la discrimination des objets (missiles, débris, satellites) et résister aux brouillages. Ces radars fonctionnent en bande UHF et peuvent balayer rapidement de vastes secteurs du ciel et fournir des données de classification de plusieurs objets et des informations de guidage aux systèmes de défense antimissile.
Le radar de Pituffik n’est pas le seul à assurer cette détection au sol. D’autres UEWR existent : on en trouve un sur la Beale Air Force Base, en Californie. Il s’agit d’un radar à deux faces. Il sert aussi pour les tests et la coordination avec les intercepteurs basés sur la côte Ouest des États-Unis.
Annexer le Royaume-Uni pour la sécurité des États-Unis ?
Il en est de même à Cape Cod Space Force Station, dans le Massachusetts. S’il ne s’agit pas d’un UEWR, un autre radar, le LRDR est positionné sur la Clear Air Force Station, en Alaska. Il est conçu pour « voir » plus loin dans l’espace et combine des technologies avancées (nitrure de gallium) pour différencier des ogives des leurres. Il est spécifiquement optimisé pour les menaces nord-coréennes.
Il existe également un autre radar stratégiquement implanté en Europe, au Royaume-Uni. Un pays qu’étrangement Trump ne souhaite pas encore annexer. C’est celui de la base RAF Fylingdales. Il s’agit d’un radar à trois faces couvrant un spectre de 360°. Les Britanniques partagent les données avec les États-Unis dans le cadre d’accords de renseignement.
Annexer la Norvège pour la sécurité des États-Unis ?
Comme autre pays œuvrant de concert avec les États-Unis pour compléter ce système d’alerte, il y a aussi la Norvège, la nation du prix Nobel qui a courroucé Trump en refusant de lui accorder cet honneur.
Les radars norvégiens Globus II et III sont installés à Vardø, dans l’extrême nord du pays. Officiellement, ils sont utilisés pour la surveillance spatiale et la collecte de données sur les objets en orbite. Ils sont aussi largement considérés comme faisant partie du système d’alerte précoce. L’ensemble est opéré par le service de renseignement norvégien, mais en collaboration étroite avec les États-Unis. Ces radars sont stratégiquement situés à seulement 70 kilomètres de la frontière russe, ce qui permet une surveillance étroite des activités militaires russes dans l’Arctique.
Globus II et III sont positionnés à proximité de la frontière russe en Norvège. Ils participent au système d’alerte précoce actuel. © Wikipedia
Des yeux dans l’espace
Hormis ces stations terrestres, il y a également les données obtenues par les satellites. Il s’agit des SBIRS avec six satellites (4 GEO, 2 HEO), capables de détecter des tirs de missiles en temps réel, avec une précision accrue pour identifier leur type et leur trajectoire.
Cette année, une nouvelle génération de satellites baptisés NG-OPIR devrait être mise en orbite. Ils sont plus résistants aux menaces (brouillage, armes antisatellites) et dotés de capteurs améliorés pour suivre des missiles hypersoniques.
Les radars d’alerte précoce américains ne se résument pas à un seul site au Groenland : ils forment un réseau technologique sophistiqué et réparti, indispensable pour détecter et suivre rapidement des menaces balistiques. © US Space Force
Annexer le Canada ?
Toutes les données brutes recueillies par l’ensemble de ces capteurs terrestres et en orbite sont transmises au Norad, (North American Aerospace Defense Command). Et là encore, il y a un intrus et une proie de choix de Donald Trump avec cette organisation Norad, puisqu’il s’agit d’une structure américano-canadienne.
Les deux pays sont donc chargés de la surveillance et de la défense aérienne et spatiale de l’Amérique du Nord. Mais le président américain a déjà exprimé son intention de faire de son voisin un État additionnel aux États-Unis.
Que se passe-t-il en cas d’attaque ?
Comment fonctionne le système d’alerte ? Dans un premier temps, les satellites vont repérer le panache thermique d’un missile au lancement. Les radars terrestres sont alors mis à contribution pour affiner la trajectoire et distinguer les ogives des leurres. Les données monitorées par le Norad sont envoyées aux centres de décision. Il s’agit du C2BMC pour la défense antimissile afin de déclencher au plus vite une interception par des systèmes comme le GMD ou le THAAD. De son côté, l’United States Strategic Command (Stratcom) en lien direct va mener la décision de riposte.
Que viendrait changer le prétendu dôme doré ?
Que le Groenland soit américain ou non, cela ne remet pas en question ce système d’alerte précoce et son intégration au fameux et clinquant dôme doré voulu par Trump.
Pour le moment, hormis via les déclarations de Trump, le projet n’a rien d’officiel. Les informations disponibles sont nébuleuses et si projet il y a, il pourrait prendre plus de dix ans à voir le jour, voire ne jamais être mis en place, ou bien que partiellement. En plus d’améliorer le système d’alerte actuel, il disposerait également de capacités de défense multicouches, dont certains vecteurs hypersoniques pourraient se trouver en orbite. L’idée reste la même que le dôme de fer israélien, mais à l’échelle des États-Unis.
Or, l’expérience israélienne a montré que malgré une grande efficacité sur un petit territoire, il reste toujours des trous dans la raquette. En cas de frappe massive, notamment nucléaire, tout intercepter est irréalisable et c’est bien pour cette raison que la dissuasion nucléaire devrait se suffire à elle-même.