Cela ne fait que trois ans depuis la première annonce de ChatGPT, et déjà l’intelligence artificielle générative, ou Gen AI, est partout. Basés sur des grands modèles de langage (LLM), les chatbots modernes ont beaucoup évolué en peu de temps, intégrant désormais la compréhension de différents médias, les agents qui peuvent mener des actions de manière autonome, et bien d’autres fonctionnalités. Le futur de l’IA, selon certains, est la conquête du monde physique.
Cette prochaine étape s’appelle « Physical AI », ou l’IA matérielle en français, et de nombreux grands noms du monde de la high-tech parient dessus.
Jensen Huang, le P.-D.G. de Nvidia, avait annoncé dès l’année dernière que « la prochaine vague d’IA [sera] l’IA matérielle », avant d’expliquer qu’il s’agit de « l‘IA qui comprend les lois de la physique, IA qui peut travailler parmi nous ». Autrement dit, utiliser les robots pour permettre à l’IA d’avoir une présence physique. Des robots sous toutes les formes, mais avant tout les robots humanoïdes.
Un milliard de robots humanoïdes en 2050 ?
Nvidia compte bien faire partie de cette prochaine vague, mais pas en construisant des robots. La firme s’est concentrée sur leurs cerveaux, et propose un ordinateur compact nommé Jetson Thor, soit 2 070 TFlops pour 3 500 dollars. C’est un marché qui pourrait devenir très lucratif.
Morgan Stanley prédit un milliard de robots humanoïdes d’ici 2050. Ce chiffre peut sembler exagéré, mais des vidéos comme celle publiée par Ubtech montrent que la production à grande échelle a déjà commencé. Dans la vidéo, la firme chinoise montre une véritable armée composée de son robot humanoïde Walker S2 pour marquer la première livraison en masse.
Ubtech célèbre la première livraison en masse de son robot humanoïde Walker S2. © Ubtech
La firme japonaise Enactic prépare le lancement de robots l’été prochain qui pourront « vivre aux côtés de personnes dans des environnements très chaotiques, où les conditions changent constamment ». Ces robots pourraient par exemple assister dans les maisons de retraite, permettant de libérer le personnel soignant des tâches les plus physiques, comme relever ou déplacer des patients qui n’ont plus de mobilité.
Des robots encore trop dangereux
Mais pour cela, les robots devront être conçus de manière à ne faire courir aucun risque aux humains qui les entourent. Nous avons déjà vu des cas où les robots deviennent fous, ou ont des accidents.
Et ce ne sont pas les couches textiles de Neo de la firme 1X qui offriront une protection suffisante au robot et à son entourage. Ils devront apprendre à naviguer dans le monde réel et effectuer tous les gestes nécessaires aux tâches demandées. Pour cela, rien ne remplace les opérateurs humains.
Toutefois, contrairement aux humains, chaque unité n’a pas besoin de tout apprendre de zéro. Les enseignements et avancées tirées d’une génération de robots peuvent servir de base à la génération suivante. Ils ne peuvent donc que devenir plus performants. La phase actuelle qui s’appuie sur des téléopérateurs n’est donc sans doute que transitoire.
Il existe toutefois encore un fossé entre les possibilités offertes par les grands modèles de langage et les capacités physiques encore balbutiantes des machines. La chute du premier robot humanoïde russe récemment souligne cette différence. D’autres robots comme Optimus de Tesla ou Altras de Boston Dynamics peuvent danser ou faire des saltos, mais ce sont des actions contrôlées, et les vidéos ont très certainement nécessité plusieurs prises.
Tout comme les algorithmes, puis les chatbots qui s’infiltrent petit à petit dans tous les recoins du monde numérique, ce n’est certainement qu’une question de temps avant que l’IA matérielle et ses avatars robotiques ne s’invitent dans notre quotidien, au travail comme à la maison.