Fin octobre dernier, il s’est passé quelque chose d’inédit au-dessus du désert californien, aux États-Unis. Un engin en forme d’ogive, de couleur gris métal, a fendu le ciel : il s’agissait du drone « Fury » d’Anduril.
En quoi ce premier vol d’essai du drone à vocation militaire a marqué une rupture ? L’appareil a pris son élan après une simple pression d’un opérateur sur un bouton. Pour le reste, l’IA embarquée a piloté l’appareil de manière autonome durant toutes les phases du vol. C’est exceptionnel pour un engin de cette catégorie, car le Fury n’est pas un mini-drone. Il s’agit d’un aéronef de 2,3 tonnes, d’une envergure de cinq mètres pour six mètres de longueur.
Fury est poussé par un réacteur et peut atteindre une vitesse subsonique de Mach 0,95. Son plafond opérationnel et d’environ 15 000 mètres d’altitude et il peut encaisser un facteur de charge de 9 G. Cela en fait un véritable petit avion de chasse… mais sans pilote.
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L’autre rupture repose sur la vitesse à laquelle le projet est passé d’une feuille blanche à un véritable aéronef autonome. Tout s’est fait en seulement 556 jours. Un rythme quasiment inédit pour un appareil militaire de ce type. Et depuis ce premier vol totalement autonome, le programme d’essai prend de la vitesse.
En parallèle, le partenariat d’Anduril avec l’US Air Force s’est également renforcé. Pour preuve, il y a quelques jours, le Fury a été vu, volant avec un missile air-air AIM-120 AMRAAM (inerte) sous l’aile. Ce type de vol permet de vérifier que le drone peut porter et utiliser de vraies armes.
On est donc passé du simple démonstrateur autonome à une plateforme de combat armée, pilotée par une IA.
Lors de son vol inaugural, Anduril a remporté son pari : faire entrer l’intelligence artificielle au cœur de la supériorité aérienne. C’est aussi séduisant qu’inquiétant. © Anduril
Un avion de combat sans pilote… mais pas un simple drone
Les étapes suivantes devraient porter sur les tirs avec de l’armement réel, puis des essais tactiques opérationnels. Avec le rythme actuel du programme d’essai, si tout se déroule correctement, Anduril pourrait bien produire en série le Fury d’ici peu.
Pour le moment, le Fury porte le code YFQ-44A. Et c’est l’un des deux appareils sélectionnés par l’armée, avec le YFQ-42A Dark Merlin de General Atomics. Tous deux font partie de la première phase du programme CCA de l’US Air Force qui consiste à disposer d’une nouvelle génération de drones de combat capables de voler et combattre aux côtés d’avions pilotés. C’est ce qu’on appelle les « loyal wingman » (fidèle ailier) et Futura relate régulièrement leur développement.
Ce qui apparaît aujourd’hui, au vu de l’accélération des essais du côté d’Anduril et des tests d’emport d’armes, c’est que la jeune société américaine est clairement en avance par rapport à son concurrent qui reste pourtant un pilier de l’industrie militaire américaine.
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Si Fury fascine l’US Air Force, c’est aussi parce qu’il incarne parfaitement sa vision militaire à long terme. Le Pentagone voit dans cette plateforme autonome une évolution comparable à l’arrivée du chasseur à réaction au XXᵉ siècle : une rupture technologique qui peut changer la donne sur les champs de bataille potentiels.
S’ajoutent les questions de calendrier et de rapidité de développement, qui intéressent beaucoup les militaires. Ils évoquent souvent l’année butoir de 2027 dans les programmes militaires actuels. Or, c’est justement pour cette même année 2027 que l’un des patrons d’Anduril entend proposer ce « drone de combat prêt à décoller dans la zone indo-pacifique pour abattre des chasseurs chinois ».