Réalisateur culte à qui l’on doit notamment Dobermann et Blueberry, Jan Kounen a déjà exploré à plusieurs reprises le potentiel de la réalité virtuelle pour proposer une nouvelle expérience cinématographique. Avec Kosmik Journey, il a reproduit les effets cognitifs et visuels de l’ayahuasca, préparation hallucinogène des indiens d’Amazonie, pleinement perceptibles pour le spectateur équipé d’un casque. Avec 7 Lives, il mêle scènes en 3D, images de synthèse et captations réelles pour conter l’aventure d’une âme qui erre dans les couloirs du métro de Tokyo, grâce à une expérience à 360°.
Alors que L’Homme qui rétrécit, le dernier film de Jan Kounen, est en salles depuis quelques semaines, nous sommes allés à sa rencontre pour explorer avec lui les pistes d’évolution du cinéma.
Futura : En quoi consiste l’histoire de « L’Homme qui rétrécit » ?
Jan Kounen : C’est d’abord un roman de Richard Matheson paru en 1956, qui a été déjà adapté au cinéma par Jacques Arnold l’année suivante. C’est un homme qui attrape une maladie mystérieuse qui le fait diminuer de plus en plus en taille, jusqu’à devenir tout petit, puis minuscule, et enfin microscopique. En rétrécissant, il va devoir s’adapter sans cesse à des dangers multiples. C’est un film sur l’acceptation et la place de l’Homme dans l’Univers.
Pour pouvoir filmer ces différentes échelles, il a fallu travailler avec un bras robotisé, comme ceux que l’on trouve dans l’industrie automobile, pour reproduire en tout petit le mouvement qui avait été fait en grand. Il a fallu jongler avec beaucoup de lois optiques. Ce sont les mêmes trucages qu’à l’époque de Méliès, mais avec toute la technologie informatique en appui. C’était un challenge technologique unique.
Futura : Quelle pourrait être la place de l’IA dans le cinéma de demain ?
Jan Kounen : Le cinéma, c’est une immersion sensorielle dans une histoire, avec des personnages qui véhiculent des émotions. L’IA est un outil qui peut magnifier ces sensations. Ce que l’on peut déjà observer, c’est que cette technologie démocratise la possibilité de faire des films spectaculaires, avec des trucages très compliqués, sans beaucoup de budget. Elle va permettre de faire émerger une nouvelle génération de réalisateurs qui savent comment raconter des histoires, mais qui n’ont pas les moyens pour les porter à l’écran.
Futura : En enrichissant le son et l’image avec des odeurs ou d’autres éléments, le cinéma sensoriel peut-il rendre l’expérience en salles encore plus spectaculaire ?
Jan Kounen : Si dans un film, le personnage marche dans une forêt au petit matin et que le spectateur peut sentir l’odeur des arbres et des végétaux, c’est génial. Le problème, c’est qu’il faut pouvoir la faire disparaître immédiatement pour la remplacer par une autre. C’est une vraie difficulté. Il faut beaucoup de technique et d’équipement pour y parvenir. Cela veut dire que la salle de cinéma doit être fabriquée différemment.
Ce type de format sensoriel nous entraîne plutôt vers un cinéma englobant et entièrement en relief. Je pense que l’avenir est aux dômes, avec des écrans à 180° et une expérience collective qui sera nettement plus spectaculaire. Ce sera l’équivalent de la VR pour l’expérience personnelle.
Le cinéma du futur sera immersif. © Tech Co, YouTube
Futura : Justement, la réalité virtuelle ouvre également des perspectives prometteuses. Est-ce qu’elle permet d’imaginer le cinéma du futur ?
Jan Kounen : Le cinéma donne à vivre une expérience à travers le destin d’un personnage. Au bout du compte, c’est le spectateur qui devient le héros du film. À ce titre, la réalité virtuelle représente un chemin d’évolution, qui va également être nourri par le jeu vidéo. Le cinéma peut devenir une aventure, dans laquelle le spectateur est au centre. C’est un territoire d’exploration extrêmement intéressant.
J’ai vu des films créés dans le casque Apple Vision Pro, et c’est incroyable. C’est de la haute définition en relief. Pour bien faire les choses, il faudra réadapter l’écriture à ce format parce que c’est vraiment très particulier. L’inertie sensorielle est incroyable.
Futura : Dernière question, avec un vrai saut dans le futur pour parler des hologrammes… Est-ce qu’ un cinéma entièrement modélisé en 3D sur une scène pourrait voir le jour ?
Jan Kounen : Je ne sais pas si ce sera encore du cinéma, parce qu’à partir du moment où un film est modélisé en 3D sur une scène, les changements de plan deviennent presque impossibles à faire. Ce serait plutôt du théâtre 4.0. Cela nécessitera d’inventer une nouvelle écriture au croisement du théâtre, du cinéma, et de l’hologramme. Ce sont des choses qui doivent être testées, et qui le seront très certainement un jour. Ce qui est certain, c’est que le cinéma du futur sera de plus en plus immersif.