Chaque jour, la Russie lance d’importantes salves de drones de type Shahed chargés d’explosifs pour détruire les installations énergétiques des villes ukrainiennes. Certains ciblent des zones résidentielles et font des victimes civiles. La défense aérienne ukrainienne a toutes les peines à résister contre ces attaques par saturation et ses munitions viennent à manquer régulièrement.
Comment intercepter des drones difficiles à détecter sans consommer de coûteux missiles sol-air qui restent disproportionnés face à des cibles légères et bon marché ? Avec les difficultés d’approvisionnement qu’ils rencontrent, les forces ukrainiennes ont mis au point des drones intercepteurs, mais une des solutions pour neutraliser ce type de drone pourrait bien venir de France.
Une petite PME alsacienne, ALM Méca, spécialisée dans l’usinage de précision a développé sur ses fonds propres en moins d’un an le « Fury 120 ». Il s’agit d’un petit intercepteur de drones. L’appareil qui ressemble à un mini-avion de chasse, d’une envergure d’environ un mètre et d’une longueur à peu près équivalente, est propulsé par un véritable microréacteur. Ce petit jet affiche une vitesse de pointe impressionnante, de l’ordre de 700 km/h. C’est trois fois plus que celle de nombreux drones suicides, comme les Shahed iraniens et leurs dérivés russes. Cette haute vélocité permet donc de les intercepter bien avant leur arrivée sur les zones urbaines.
Sa poussée, sa réactivité et sa capacité d’accélération en font un ovni dans cette famille de drones. L’engin serait très robuste, son constructeur annonce qu’il peut encaisser jusqu’à 20 G d’accélération.
Accélérations de 20 G
Pour le moment, on ne sait pas si l’engin a été testé en conditions réelles, notamment en Ukraine, terrain officieux d’expérimentation d’innovations militaires par de nombreuses sociétés. On n’en sait pas plus sur ses systèmes de ciblage et ses autres détails techniques. Selon des experts du secteur, il n’existe aucun équivalent en Europe capable de conjuguer vitesse, autonomie et propulsion par microréacteur de cette manière.
De fait, la seule comparaison pertinente renvoie aujourd’hui à des développements américains, comme le Roadrunner d’Anduril. Cette dernière dispose de beaucoup plus de moyens que la petite firme ALM Méca avec ses 13 employés. La société n’a d’ailleurs pas spécialement bénéficié d’aides du ministère des Armées et de la DGA.
Ce n’est pas pour autant une première, car de plus en plus d’acteurs se lancent d’eux-mêmes dans des projets d’innovation militaire en espérant séduire l’armée. Ce fut notamment le cas de Turgis et Gaillard avec son drone MALE Aarok. Une initiative gagnante, car la société a depuis décroché un contrat pour faire produire des drones d’attaques par Renault.
Les choses pourraient donc changer si toutefois la société parvient à certifier et industrialiser le drone. Si les militaires lui ouvrent la porte, ALM Méca devra aussi montrer qu’elle est capable d’intégrer son Fury 120 aux chaînes d’alerte et de commandement de l’armée française.