Si elles peuvent souffrir d’hallucination lors de la génération de textes, dans certains domaines et lorsqu’elles sont spécialisées, les intelligences artificielles (IA) sont de redoutables accélérateurs de sciences. Au lieu de plusieurs années avec les méthodes les plus évoluées, elles peuvent en quelques semaines tester des combinaisons de matériaux inédits. Elles savent également créer des formes optimisées aussi bien sur le plan de la structure que du design.
Des atouts qui peuvent profiter aux robots, comme le démontre une création par IA menée aux États-Unis par des chercheurs de l’Université Northwestern, dans l’Illinois.
Lire l’article
Ils ont demandé à une IA de créer un robot ultra-robuste, dont l’architecture lui permettrait de s’adapter à n’importe quel environnement, même inconnu.
Le résultat est étonnant, voire plutôt dérangeant. Le robot n’a rien d’humanoïde et il est clair que l’IA qui l’a conçu est sortie des sentiers battus. L’engin baptisé « métamachine à pattes » est modulaire. Si son apparence est étrange, ses mouvements le sont plus encore.
Herbe, gravier, boue, obstacles…, là où la plupart des robots s’arrêteraient ou casseraient une pièce au point d’être bloqués, le concept des chercheurs peut survivre en s’adaptant systématiquement. Il peut poursuivre sa mission même après avoir perdu un de ses membres. © Northwestern University, YouTube
Des briques de Lego pour survivre
Comme s’il s’agissait de briques de Lego, le robot se compose de plusieurs modules qui peuvent s’assembler de diverses manières. Mais chaque module est également un robot fonctionnel équipé d’une batterie, d’un moteur et d’un ordinateur. De fait, l’engin peut se séparer en deux ou plus, et rester fonctionnel.
Les modules imbriqués sont d’une conception assez basique. On trouve une sphère centrale et deux bras articulés autour d’un axe. Un module peut rouler, pivoter et sauter. Une fois assemblés, plusieurs de ces modules permettent à l’ensemble de sauter, ramper, rouler, onduler et réaliser d’autres manœuvres bien plus incongrues. Les mouvements sont certes inédits et improbables, mais le résultat est redoutable. C’est ce qui compte le plus, car généralement les robots sont conçus pour évoluer dans des environnements spécifiques, mais manquent de polyvalence.
Ce n’est pas le cas de cette étrange machine qui parviendra toujours à se déplacer d’un point A à un point B, quelle que soit la nature du chemin qu’elle va emprunter.
Ce robot peut être cassé en deux, il continuera à avancer. © Université Northwestern
L’IA est darwinienne
Si les chercheurs ont choisi cette curieuse architecture, c’est pour éviter de prédire tous les scénarios d’environnement possibles. La machine est donc capable de se reconfigurer et d’adapter ses mouvements en fonction de la situation.
Sa modularité et la redondance expliquent également son « indestructibilité ». Si un module se détache ou est endommagé, le reste de la machine va s’adapter pour continuer à fonctionner et aller jusqu’au bout de sa mission.
Lire l’article
Ce qui est très intéressant, c’est que pour vraiment sortir du carcan des technologies de locomotion existantes, l’IA a été un vrai accélérateur d’évolution.
Plutôt que de créer des pattes, des roues chenillées ou non, des membres, elle a choisi cet étrange concept que l’être humain n’aurait jamais pu imaginer. L’IA a toutefois tâtonné pour créer son robot. Elle a généré des milliers de concepts qu’elle a ensuite testés dans de nombreux environnements virtuels extrêmes. Les modèles qui parvenaient à aller plus loin et de façon optimisée ont été conservés. Les moins performants ont été éliminés.
Au final, les IA sont également darwiniennes dans leur comportement. Mais il faut nuancer les performances du robot, car à part survivre, il ne sert pas à grand-chose. La machine ne possède aucun capteur externe, elle ne peut pas détecter les obstacles ni cartographier son environnement. Elle ignore même où elle se dirige.