Ils ont inventé l’intelligence artificielle : Alice Recoque, la pionnière française que l’histoire a oubliée

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Née en 1929 à Cherchell, une petite ville côtière d’Algérie, alors sous administration française, Alice Recoque se passionne pour la physique et les mathématiques dès son adolescence. Arrivée à Paris à la fin de la guerre pour y faire des études, elle décroche son baccalauréat en 1947, puis prépare, au lycée Chaptal, le concours d’entrée à l’ESPCI (École supérieure de physique et chimie industrielles), une des rares écoles d’ingénieurs qui acceptaient les jeunes filles. En 1951, elle réussit à intégrer la 69e promotion. Elle est diplômée en 1954.


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Les premières heures de l’informatique française

La même année, elle est recrutée par la SEA (Société d’électronique et d’automatisme), une des toutes premières entreprises informatiques françaises, installée à ses débuts dans le garage d’une ancienne usine.

Elle commence par travailler sur les calculateurs CAB 500 et CAB 1500, qui font partie des ancêtres de l’ordinateur moderne, en améliorant notamment les dispositifs de mémoire à tambour et les interfaces clavier, ce qui rend la machine plus intuitive pour les non-spécialistes.


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Elle fait alors partie de la petite poignée d’ingénieurs dont l’approche consiste à penser à la fois le matériel, l’architecture d’ensemble et l’usage concret.

Le projet Mitra 15 et le  Plan Calcul

En 1966, dès le lancement du Plan Calcul par le Général-de-Gaulle, dont l’objectif était de doter la France d’une architecture informatique capable de soutenir les besoins croissants en automatisation industrielle, elle prend la tête de l’équipe qui va concevoir le Mitra 15, un micro-ordinateur puissant – en tout cas pour l’époque – et bon marché. À partir des années 1970, cette innovation va équiper un nombre croissant de grandes entreprises et de centres de recherche français.  

C’est à ce moment-là qu’elle commence à s’intéresser aux architectures de machines hautement parallèles, qui sont en mesure de traiter de nombreux flux de données en même temps, et qui rendront possible l’essor de l’IA moderne. En 1978, avec un temps d’avance, elle alerte sur les enjeux liés à la protection des données personnelles.

Alice Recoque, la pionnière oubliée de l’IA. © France Culture, YouTube

Chef de l’IA chez Bull

En 1985, elle est recrutée par Bull, une entreprise alors stratégique pour l’écosystème informatique français, qui la nomme directrice de la mission « Intelligence artificielle ».

À ce poste, elle obtient rapidement la création du Cediag, le centre de recherche du groupe dédié au développement de cette technologie, où elle va faire progresser les systèmes capables de décoder les écrits formulés en langage naturel. Elle participe notamment à la conception du langage orienté objet Kool (Knowledge representation Object-Oriented Language). Elle améliore les processus d’aide à la décision, grâce à des machines capables de comprendre le langage humain, ce qui sera déterminant plus tard pour l’IA générative.


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Une reconnaissance tardive

Elle meurt le 28 janvier 2021, à Ballainvilliers dans l’Essonne, dans un relatif anonymat. Peu de temps après son décès, sa page Wikipedia fait l’objet d’une tentative de suppression par un petit groupe de contributeurs qui considèrent qu’elle n’est pas une figure importante de l’IA.

En 2024, l’entrepreneuse Marion Carré, co-fondatrice de la start-up Ask Mona, publie la biographie « Qui a voulu effacer Alice Recoque ? », rendant ainsi visible une femme dont la carrière a permis d’unifier ordinateurs, télécommunications, Internet et IA dans une même vision des nouvelles technologies. Toujours en 2024, le premier supercalculateur exascale français et le deuxième en Europe, est baptisé en son nom.

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