Ils ont inventé l’intelligence artificielle : Barbara Grosz, la mathématicienne qui fait dialoguer les machines

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Née en 1948 à Philadelphie, cette brillante mathématicienne, formée à l’université de Cornell et à l’université de Berkeley, a été à l’origine des premières interfaces conversationnelles. En orientant cette technologie vers le dialogue, elle a posé les briques de base qui permettront ensuite de concevoir des agents capables de répondre à des questions et de parler avec leurs interlocuteurs.

La naissance de l’IA conversationnel

En 1973, Barbara Grosz est recrutée par l’institut de recherche SRI International pour diriger le programme portant sur le traitement automatique des langues naturelles (TAL), ce qui lui donne l’opportunité de travailler sur les premiers systèmes de dialogue informatique.

En 1977, elle introduit la notion de focus, en avançant que les machines doivent repérer les éléments saillants d’un dialogue – pronoms, références, intentions, sous-segments – pour pouvoir et suivre le fil et le comprendre dans son intégralité. Cette modélisation computationnelle du discours sera ensuite utilisée pour mettre au point des chatbots et des assistants vocaux qui peuvent traiter une conversation du début à la fin de manière fluide, plutôt que d’analyser chaque phrase séparément.

Faire dialoguer humains et machines 

Par ailleurs, en travaillant avec l’informaticienne Julia Hirschberg, elle étudie comment l’intonation, le ton, et le rythme mettent en évidence, tout autant que les mots, la structure du discours à l’oral, faisant ainsi progresser les technologies de reconnaissance vocale.

Dans les années 1980 et 1990, Barbara Grosz concentre ses recherches sur les systèmes multi‑agents. Elle met au point des modèles qui permettent à des agents de nature différente de coordonner leurs actions, de planifier en commun l’exécution d’une tâche et de travailler de concert en fonction du résultat à obtenir. Cette base conceptuelle va servir de socle aux systèmes collaboratifs, et donnera lieu à des applications dans les domaines de l’éducation et de la santé.

En 1986, à Harvard, elle cofonde le Center for the Study of Language and Information au sein de la School of Engineering and Applied Science, afin de tisser des liens entre informatique, linguistique, philosophie et sciences cognitives pour rendre les machines toujours plus intelligentes et sociables.

Les travaux de Barbara Grosz ont permis de rapprocher humains et machines. © The Berkman Klein Center for Internet Society, YouTube

La première présidente de l’AAAI

En pensant les machines pour qu’elles deviennent des coéquipiers plutôt que de simples exécutants, Barbara Grosz a permis de faire basculer l’intelligence artificielle vers le dialogue. Le discours fluide et cohérent qui caractérise ChatGPT, de même que la précision et l’efficacité des cobots dans les usines, n’existeraient pas sans les travaux qu’elle a menés.

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En 1993, elle est nommée à la tête de l’AAAI (Association for the Advancement of Artificial Intelligence), l’une des plus importantes organisations dédiées aux progrès de l’IA dans le monde. C’est la première femme à occuper ce poste. En 2008, elle reçoit l’ACM/AAAI Allen Newell Award pour sa contribution fondamentale à l’IA, puis l’IJCAI Award for Research Excellence en 2015, et l’ACL Lifetime Achievement Award en 2017.

À Harvard, en 2018, elle cofonde le groupe de travail Embedded EthiCS avec la philosophe Alison Simmons, afin d’encourager le développement et l’utilisation des technologies informatiques de manière socialement responsable.

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