Karim Beguir : « En 2026, l’IA générale va devenir une réalité tangible. »

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Récemment, les derniers modèles d’intelligence artificielle ont atteint 50 % de performance sur le test ARC-AGI2, réputé pour être une digue technologique infranchissable, contre 20 % il y a encore quelques mois. Cette technologie progresse désormais de façon exponentielle et non plus linéaire, chaque avancée accélérant la suivante.

De ce fait, quand va-t-on atteindre l’intelligence artificielle générale (IAG) ? Qu’est-ce que ce bond en avant technologique pourrait changer ? Réponse avec Karim Beguir, cofondateur d’InstaDeep, auteur de l’essai Le Saut Décisif, et un des meilleurs experts du sujet.

Futura : Quand assistera-t-on à l’émergence de l’IA générale ?

Karim Beguir : Pour commencer, rappelons que l’enjeu tient dans la capacité de ces modèles à être aussi efficaces que les experts humains. En prenant cet indicateur, leur niveau de performance actuel égale, voire même dépasse dans certains cas, celui de l’employé moyen sur des tâches simples comme sur des tâches cognitivement très difficiles.

En 2026, l’IA générale va devenir une réalité tangible. D’une manière concrète, cette technologie a atteint un niveau suffisant pour accomplir tout type de tâches, mais la prise de conscience de ce progrès foudroyant n’a pas encore totalement percé dans la société.

Futura : Quels sont les progrès attendus ?

Karim Beguir : Il va être possible de déployer beaucoup plus d’intelligence sur un problème donné, et ce de manière beaucoup plus rapide que ce qu’il était possible de faire jusqu’ici. Dans les entreprises, les équipes vont devenir nettement plus productives, jusqu’à deux ou trois fois plus. Cela veut dire aussi, par exemple, développer plus de documentation, mettre au point des systèmes software plus efficients, faire avancer la science à une vitesse beaucoup plus grande.

Si l’on prend la recherche en médecine ou en physique, il y a aujourd’hui un nombre colossal d’articles qui sont produits chaque jour, et il n’est pas humainement possible de tous les lire. L’IA générale est en mesure de le faire en mettant à la fois sa puissance de travail et son intelligence démultipliées au service d’un projet, avec une compréhension et un savoir beaucoup plus vaste qu’un opérateur humain, même extrêmement qualifié.

À partir de 2026, cela va produire une accélération inédite de l’innovation scientifique. Il sera possible de concevoir des panneaux solaires nettement plus efficaces, ou de développer des thérapeutiques en biotechnologie pour solutionner des problématiques jugées insolubles jusqu’à maintenant, comme le traitement de certains types de cancer.

Futura : Et pour l’utilisateur lambda ?

Karim Beguir : La différence tiendra dans la qualité et la complexité des questions qu’il sera possible de poser au système. Aujourd’hui, la difficulté majeure vient de la formulation du prompt. À partir d’éléments simples, l’IA générale va permettre un traitement beaucoup plus fin des requêtes, avec une contextualisation avancée, pour produire une réponse de très grande valeur qui sera unique car adaptée à celui qui la pose.

Karim Beguir décrypte les progrès de l’IA. © TEDx Talks

Futura : Dans votre ouvrage « Le Saut décisif », paru en 2025, vous reliez par ailleurs la révolution de l’IA générale à celle des énergies renouvelables et du Bitcoin. Pouvez-vous nous expliquer ?

Karim Beguir : Aujourd’hui, la seule véritable limite aux progrès de l’IA tient dans la capacité à pouvoir déployer une puissance de calcul suffisante. De ce fait, le facteur énergétique est devenu décisif. En étant renouvelables et infinies, le solaire, l’éolien, la géothermie et l’hydroélectricité peuvent soutenir des besoins qui sont devenus exponentiels, d’autant plus si l’on considère la nécessité de freiner le changement climatique. La clé de la puissance de calcul, et de donc l’expansion de l’IA, tient donc désormais dans l’accès à une énergie abondante et propre.

De ce point de vue, l’Europe a une chance formidable d’être située à proximité de l’Afrique, car c’est le continent qui a le plus de ressources en énergie renouvelable, notamment avec des capacités hors normes de production photovoltaïque.

L’autre point à considérer, c’est que dans cette nouvelle étape du progrès technologique centré sur la collaboration homme-machine, la suprématie du dollar est de plus en plus remise en cause par les puissances émergentes, que ce soit la Chine, la Russie, ou l’Inde, au profit de l’or. Cela veut dire que les entreprises et les individus vont devoir trouver une monnaie qui ne puisse pas être dépréciée artificiellement par les États-Unis, qui sont les maîtres du système financier.

De ce fait, dans un monde où l’IA sera devenue le maillon central du fonctionnement des sociétés, il y a de fortes chances que le Bitcoin devienne l’étalon de référence international, car il est plus rare que l’or, plus facile à transporter et à échanger, tout en étant indexé sur l’énergie pour le minage. Nous sommes donc à l’aube d’une triple révolution qui va rebattre les cartes de l’intelligence, de l’énergie et de la monnaie.

Futura : Quelles évolutions pourrait-on observer en 2026 ?

Karim Beguir : L’IAG est déjà là en matière de performance. Nous sommes à un moment charnière où ces systèmes peuvent faire 90 % du travail cognitif des employés et des salariés. C’est une réalité.

C’est la partie déploiement qui va être capitale car nous allons devoir faire les bons choix. Il faudra s’assurer que la prospérité apportée par cette technologie soit partagée de manière équitable.

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