Deux porte-avions, une vingtaine de navires de guerre et de sous-marins, environ 130 avions d’attaque et une centaine d’avions de soutien et de renseignement… Le renforcement militaire américain au Moyen-Orient monte en puissance. Et chaque jour, les briques nécessaires pour mener une offensive de grande envergure visant à déstabiliser l’Iran s’ajoutent.
Les spécialistes de l’investigation en sources ouvertes (Osint) traquent tous ces déplacements de navires et d’avions militaires. L’analyse des images satellites les plus récentes disponibles montre également le déploiement de dispositifs militaires au sol. Ainsi, sur la grande base américaine d’al-Udeid, au Qatar, l’imagerie satellitaire permet d’identifier des camions M983 (HEMTT) porteurs de lance-missiles. Il s’agit de systèmes Patriot et leur mobilité interroge, car elle n’est pas habituelle. Cette configuration suggère qu’en cas de tirs iraniens, les batteries pourront être déplacées rapidement pour éviter d’être détruites.
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Frapper les bases américaines du secteur, c’est d’ailleurs l’intention annoncée par les Gardiens de la révolution iraniens en cas d’attaque américaine. D’autres images montrent l’arrivée massive d’avions. En Jordanie, sur la base de Muwaffaq, 17 avions d’attaque F-15E sont identifiables sur le tarmac. Ils peuvent mener des frappes lourdes.
On distingue également huit A-10 Thunderbolt. Hérités de la guerre froide pour mener des attaques contre les blindés, ces derniers sont destinés aux attaques au sol à très basse altitude. Cela suggère des attaques directement sur le terrain et donc la neutralisation des défenses terrestres du pays.
D’autres appareils de transport et de logistique, comme quatre C-130, sont également présents. Les images de ce type ne manquent pas. Elles proviennent essentiellement des satellites de Planet Labs. À moins qu’il ne s’agisse d’une feinte… Car, si les images sont diffusées en haute définition, c’est sans doute avec l’accord des autorités américaines afin de montrer la puissance de leur armada sur place et suggérer des scénarios aux forces iraniennes.
Les images des satellites chinois montrent la présence des avions américains dédiés à la guerre électronique sur une base jordanienne. © Geoint
Moins scrupuleux, des satellites chinois, comme ceux de Mizarvision, montrent aussi six avions de guerre électronique E/A-18G déployés sur la base aérienne de Muwaffaq, en Jordanie. Le satellite offre également une vue complète de la position des défenses aériennes Patriot.
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Les E/A-18G sont équipés de puissants systèmes de guerre électronique. C’est sans doute à eux que faisait référence Donald Trump lorsqu’il évoquait une arme « magique » et secrète qu’il nommait Discombobulator lors du raid contre Caracas. Un signe qui montre que l’armée américaine souhaite, là encore, neutraliser les capacités radar et de communication de l’Iran.
On 17th February 2026
Iran temporarily halted movement of ships Near to Strait of Hormuz
Satellite imagery shows large number of ships waited near Bandar abbas port out of that Iran’s only Drone carrier IRIS Shahid Bagheri seen from the Satellite Staying close to Bandar abbas… pic.twitter.com/9bElEN9kzV
— OSINT Digest (@Indowatchosint) February 19, 2026
En observant bien l’image de droite, on reconnaît la forme caractéristique du pont de décollage d’un porte-aéronef. Il s’agit du porte-drones iranien IRIS Shahid Bagheri. © Osint Digest
Des gros travaux de renforcement des sites sensibles
Du côté de l’Iran, l’imagerie satellitaire montre également une accélération des opérations de renforcement des installations militaires. Ainsi, on peut constater que l’Iran a récemment construit un bouclier en béton au-dessus d’une nouvelle installation sur un site militaire sensible et l’a recouvert de terre pour mieux la protéger. Les entrées des tunnels sur un site nucléaire bombardé par les États-Unis lors du raid de l’année dernière ont été fortifiées et les sites abritant les missiles ont aussi été restaurés. L’Iran affirme avoir reconstitué son stock d’armes offensives et défensives.
L’Iran mène depuis des mois des travaux pour renforcer la protection de ses sites sensibles. © Reuters
Au sud de l’Iran, près de Shiraz, l’une des 25 bases de missiles de moyenne portée a également été reconstruite après les frappes de l’an dernier (juin 2025). Globalement, pratiquement toutes les infrastructures militaires et sensibles ont été renforcées et réparées depuis l’été dernier. En mer, c’est le porte-drones iranien IRIS Shahid Bagheri qui s’est montré à plusieurs reprises sur la côte, à proximité de Bandar Abbas.
Artillery units have been deployed around Isfahan, equipped with protective netting to defend against quadcopters and drone-dropped munitions.
Iranians are preparing for every possible scenario, including a potential heliborne operation. That’s why artillery units are being… pic.twitter.com/y8uk7Tw8P0
— OSINTWarfare (@OSINTWarfare) February 18, 2026
Par crainte d’une éventuelle opération héliportée, l’Iran enterre également ses unités d’artillerie autour d’Ispahan, l’un des sites dédiés aux activités nucléaires. Des filets de protection ont été installés pour se défendre contre les quadricoptères et les munitions larguées par drones. © OsintWarfare
D’un côté comme de l’autre, le jeu de la diplomatie permet de gagner du temps. Pour les États-Unis, cette opération est sans doute planifiée depuis de longs mois et l’assemblage de tous ses pions prend des semaines. Côté iranien, la défense des sites nucléaires et militaires et la restauration des sites de lancement de missiles balistiques ont également débuté depuis l’été. Reste à attendre le « coup de feu » inaugural d’une éventuelle attaque américaine.