L’IA de Musk va entrer dans les systèmes classifiés du Pentagone : ce choix discret va transformer la manière de faire la guerre

Author:

Après la « mode » douteuse de la transformation de photos de femmes en bikini (y compris des mineures), voire de deepfakes sexuels sans consentement et relayés massivement sur X, le chatbot d’Elon Musk Grok confirme sa position d’IA « hors‑piste ». Une IA qui fait fi du droit. Une IA permissive, sans filtre, totalement désinhibée… que l’on peut largement considérée être alignée avec l’esprit de l’administration Trump.

Lire l’article

Et justement, cette semaine, le secrétaire à la Défense américaine, Pete Hegseth, a annoncé que l’IA Grok allait être intégrée aux systèmes classifiés du Pentagone. L’objectif : militariser l’IA.

Lors de son discours prononcé devant les employés de SpaceX en compagnie d’Elon Musk à Brownsville, au Texas, Hegseth a déclaré envisager une IA militaire fonctionnant « sans contraintes idéologiques limitant les applications militaires légitimes ». L’IA du Pentagone « ne sera pas woke », a-t-il ajouté. Cela tombe bien, car c’est tout à fait la philosophie de Grok.

L’IA de Grok n’a jamais prétendue être du côté des anges et cela plait à l’administration Trump. © SB, IA ChatGPT

Cette IA n’est pas « woke »

Cette convergence correspond d’ailleurs bien à la nature des différentes campagnes militaires de Pentagone sous l’administration Trump. Leur légalité au regard du droit international reste douteuse. C’est, par exemple, le cas des différentes attaques spectaculaires, contre d’autres nations, que ce soit au Venezuela, en Somalie… Cela fait de la « bonne TV », comme le souligne Donald Trump, mais le « jour d’après » n’est que rarement considéré après ce type d’opération essentiellement démonstrative. Et cela ne devrait pas s’arranger avec l’arrivée de Grok au Pentagone.

Sans garde-fous moraux ni éthiques, l’IA de Grok ne questionnera jamais la légitimité d’une frappe. Elle ne freinera pas une opération illégale, ne signalera pas les dérives… L’IA saura optimiser une action létale et brutale de façon froide.

L’IA de Grok se veut sans censure. De ce fait, elle diffère radicalement des autres (ChatGPT, Gemini ou Claude). Malgré un certain relâchement depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, ces dernières disposent toutes de pare-feux pour éviter de générer des contenus contraires à l’éthique, voire illégaux. Trop « woke » et donc trop faible pour Hegseth. © Secretary of War Pete Hegseth

L’IA de guerre qui ne dit jamais non

Comment pourrait être employée l’IA Grok pour des actions militaires ? Imaginons un théâtre de crise en Amérique latine, par exemple. Un pays est accusé d’abriter des groupes hostiles aux intérêts américains. Le Congrès tergiverse sur une intervention. L’opinion publique est divisée. Le droit international contraignant.

Dans ce contexte, une cellule de planification militaire pourrait s’appuyer sur la froideur de Grok pour analyser les données satellitaires, les réseaux sociaux, les historiques politiques. L’IA pourrait alors identifier des cibles, hiérarchiser des personnalités à neutraliser, suggérer des méthodes pour le faire.

Boîte noire armée

Dans un second temps, Grok pourrait également anticiper les réactions médiatiques et calculer l’acceptabilité politique d’un assassinat ciblé. Là où la main de l’humain tremblerait par hésitation, Grok trancherait. Les pertes civiles seraient intégrées comme de simples variables statistiques par une machine qui ne connaît ni remords ni scrupules.

Enfin, dans une dernière séquence, Grok pourrait ensuite superviser la guerre de l’information en s’appuyant sur X. L’IA chercherait à amplifier la portée des récits favorables, à discréditer des témoins ou encore à noyer les réseaux sociaux de narratifs alternatifs. Après tout, pour une IA dépourvue d’éthique, la vérité est une donnée comme une autre.

Avec une telle IA, ce scénario probable présentera un basculement inquiétant : la guerre ne sera plus un choix politique, mais un processus technique. C’est un problème, car l’IA n’est pas un officier. Elle ne peut pas être tenue comme responsable devant un tribunal. Elle ne peut pas être jugée. Ses biais, ses sources, ses raisonnements restent largement opaques.

Et pourtant, le futur est déjà enclenché et Grok va bientôt peser sur des décisions de vie ou de mort et il sera difficile de revenir en arrière si cela se passe mal.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *