Microsoft est incontestablement un bon élève de la transition écologique. La multinationale investit depuis 2013 dans les énergies renouvelables et son programme de développement durable inclut le zéro déchet et la sobriété hydrique.
Pour autant, la formidable croissance de l’IA, caractérisée par la multiplication de centres de données énergivores sur tous les continents, est-elle compatible avec cette ambition ? Comment un géant des nouvelles technologies peut-il réellement devenir zéro carbone ? Réponse avec Mélanie Nakagawa, Chief Sustainability Officer de Microsoft pour le monde.
Futura : En quoi consiste la stratégie de développement durable de Microsoft pour les centres de données ?
Mélanie Nakagawa : Nous intégrons le développement durable à chaque étape du cycle de vie des centres de données. Aussi bien dans la façon dont nous les construisons que dans la façon dont nous les opérons. Nous travaillons sur le design des infrastructures et les types de matériaux que nous utilisons pour réduire au maximum l’impact carbone, par exemple en remplaçant le ciment par du bois. Récemment, nous avons utilisé du timbre cross-laminé pour bâtir une nouvelle infrastructure.
Le deuxième point, c’est que nos centres de données sont désormais alimentés avec des ressources énergétiques décarbonées, comme le solaire, l’éolien, ou le nucléaire. Enfin, nous innovons dans des solutions d’IA qui permettent de mettre plus d’électricité sur la grille à moindre coût environnemental. Ces différentes évolutions nous permettent de faire baisser efficacement les émissions de CO2.
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Futura : D’un côté, le fait que Microsoft ait atteint 100 % d’énergie renouvelable pour le fonctionnement de ses centres de données représente une étape clé vers la décarbonation ; de l’autre, la course vers l’intelligence artificielle générale va générer d’énormes besoins supplémentaires en énergie dans les prochaines années. Comment allez-vous gérer cela ?
Mélanie Nakagawa : L’IA représente aujourd’hui environ 1,5 % de la consommation de l’électricité mondiale, mais ce chiffre devrait augmenter jusqu’à environ 3 %. Pour autant, nous fonctionnons déjà avec 100 % d’énergie décarbonée. Pour ne pas alourdir l’impact environnemental de nos centres de données, nous avons prévu d’économiser l’eau à chaque étape des opérations.
Pour ce faire, nous mettons en œuvre des technologies innovantes de refroidissement directement à la source de la production de chaleur, à savoir la puce elle-même. Par ailleurs, aux Pays-Bas, en Irlande et en Suède, nous récupérons l’eau de pluie, et nous mettons également en œuvre ce procédé dans nos nouveaux centres de données au Canada, au Royaume-Uni, en Finlande, en Italie, en Afrique du Sud et en Autriche.
Mélanie Nakagawa pilote le développement durable de Microsoft. © B20 South Africa, YouTube
Futura : Vous avez aussi pour ambition que les centres de données puissent aider les communautés locales. Que prévoyez-vous ?
Mélanie Nakagawa : C’est notre programme « Community-First Infrastructure » qui concerne les communautés où nous construisons, possédons et exploitons des centres de données. Tout d’abord, comme nos infrastructures consomment beaucoup d’énergie, nous veillons à ce que les factures d’électricité de ces populations n’augmentent pas, et si c’est le cas, nous prenons en charge les frais. C’est la même chose pour l’eau.
Ensuite, nous créons des emplois localement. C’est un enjeu important. Par ailleurs, nous participons au financement des hôpitaux, des écoles, des parcs et des bibliothèques. Enfin, nous développons le programme Microsoft Elevate pour accélérer la réussite des étudiants et la transformation de l’IA.
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Futura : Le numérique dépend de plusieurs métaux stratégiques, comme par exemple l’aluminium ou le cuivre, dont les réserves s’épuisent partout dans le monde… Dans quelle mesure, l’économie circulaire fait-elle également partie de votre stratégie pour l’avenir ?
Mélanie Nakagawa : Nous avons créé des centres de données circulaires, notamment ici en Irlande. Ce sont des sites qui récupèrent le matériel cloud en fin de vie pour le recycler, avec un taux de revalorisation qui atteint aujourd’hui 90,9 %.
Nous nous intéressons aussi aux minéraux critiques. Nous travaillons avec l’entreprise Pedal Point Recycling pour extraire les oxydes des terres rares et les transformer en un nouveau matériau qui entre dans la fabrication de nos ordinateurs. Nous avons intégré l’économie circulaire dans nos chaînes de valeur. C’ est un point clé de notre stratégie Zero Waste.