Moscou coupe WhatsApp et Telegram : la France et l’Europe pourrait-elle suivre ?

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Il y a quelques jours, l’annonce du blocage de la messagerie Telegram en Russie a désespéré les soldats sur le front déjà privé de Starlink. Faute d’outils équivalents fournis par l’armée russe, ils sont privés de cette messagerie qu’ils utilisaient pour communiquer tactiquement ou auprès de leurs proches.

Hier, le Kremlin a franchi une nouvelle étape dans sa guerre contre les réseaux sociaux. Après des années de restrictions progressives, le Kremlin a officiellement bloqué WhatsApp, pourtant utilisée par 100 millions de personnes en Russie.

Les deux plateformes étaient les seules à être encore partiellement accessibles dans le pays. Ces mesures sont présentées par Moscou comme une réponse à la « réticence » des entreprises étrangères à se conformer aux lois russes. Elles s’inscrivent clairement dans une stratégie plus large de contrôle total d’internet, baptisée « Runet souverain ». Il faut dire que « l’opération spéciale » censée être une blitzkrieg visant à s’accaparer l’Ukraine en quelques jours, il y a près de quatre ans, s’est sacrément enlisée.

Comment contenir la grogne des populations qui commencent à douter du pouvoir ? Comme le font tous les pays autoritaires, à commencer par l’Iran, en bloquant ces moyens de communication chiffrés, donc difficile à contrôler. « Ces entreprises permettent la diffusion de contenus extrémistes et menacent la stabilité de notre pays », a ainsi justifié un porte-parole de Roskomnadzor, le régulateur russe des télécoms pour bloquer ces messageries.

Comme Telegram reste largement utilisée par l’armée russe pour ses communications internes, cela rend cette décision d’autant plus paradoxale. Ce qui reste étonnant, c’est que le Kremlin pourrait observer ce qui se passe sur Telegram sans difficulté puisque, par défaut, les canaux de discussion ne sont pas chiffrés. C’est aussi le cas pour les conversations privées. Moscou pense global et préfère sacrifier un outil utile, mais difficile à contrôler, plutôt que de laisser une brèche dans son système de surveillance.

MAX la menace

Pour imposer ces blocages, la Russie utilise une combinaison de filtrages techniques. Roskomnadzor, l’organe de régulation, a installé des équipements aux points d’échange de données pour ralentir ou couper l’accès aux services indésirables. Les VPN, souvent utilisés pour contourner ces restrictions, sont eux-mêmes de plus en plus ciblés.

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Le gouvernement russe cherche surtout à imposer de façon musclée son alternative locale, comme l’application MAX. Elle est présentée par les autorités comme une « messagerie nationale sécurisée ». D’après les informations qui circulent, elle ne serait cependant pas vraiment chiffrée. Cet outil est considéré comme un moyen de surveillance de masse par l’opposition.

La Russie a d’abord bloqué Facebook et Instagram en 2022 au profit de son équivalent russe VKontakt. Puis elle a bloqué YouTube, et maintenant WhatsApp et limité l’accès à Telegram. Le Russe Pavel Durov, créateur de cette messagerie a l’air de prendre cette décision moins mal que lorsque la France avait mené des actions judiciaires à son encontre, ou quand le siège social de X à Paris a été perquisitionné dernièrement. © Pavel Durov

Pas de nouvelles bonnes nouvelles ?

Plus globalement, depuis 2019, la Russie teste sa capacité à déconnecter son réseau du reste du monde. Futura avait déjà relaté les différents exercices de déconnexion du réseau global de ce que la Russie appelle son Runet. Ils ont montré que le pays pouvait fonctionner en autonomie, même si des limites techniques subsistent. C’est exactement ce qu’a fait l’Iran, surtout dernièrement.

Pendant que la Russie cherche à museler sa population, les États-Unis s’en prennent violamment à l’Union européenne sous prétexte d’entrave à la liberté d’expression. La commission a condamné X à une amende de 120 millions d’euros pour trois manquements de l’entreprise à la réglementation européenne en matière de numérique, le Digital Services Act (DSA), entré en vigueur en 2023. Le pic de pression est monté d’un cran lorsque le siège parisien de X a été perquisitionné la semaine dernière.

Ces événements n’ont pas plu à Donald Trump qui a soutenu Elon Musk publiquement en dénonçant cette démarche. Si cette liberté d’expression à l’américaine discutable est prônée, elle a ses adeptes en Europe et en France. Mais les lois européennes et nationales ne sont pas de cet avis…. 

Ici, la régulation des plateformes numériques se renforce, mais selon une logique radicalement différente de celle de la Russie : protéger plutôt que censurer, encadrer plutôt qu’isoler. L’approche repose sur deux piliers : la protection des utilisateurs (notamment des mineurs) et la lutte contre les contenus illicites et haineux, pas tant la liberté d’expression.

En France, dès la rentrée 2026, les plateformes comme TikTok, Instagram ou X devront vérifier l’âge de leurs utilisateurs et bloquer l’accès aux moins de 15 ans, conformément à une loi adoptée en janvier. Une démarche radicale qui impose une vérification d’identité pour tous les utilisateurs avec les risques de cybersécurité que cela peut engendrer et l’impression d’une collecte de données privées de masse organisée par les États.

Les géants du numérique qui ne respecteront pas ces règles s’exposent à des amendes pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d’affaires. Au Brésil, Elon Musk avait tenté un coup de bluff contre les autorités qui souhaitent obliger X à rentrer dans les clous de la réglementation. X avait été bloqué par le gouvernement et Elon Musk avait dû partiellement céder aux demandes. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui X est devenu un outil politique pouvant avoir des conséquences géopolitiques avec l’administration Trump.

France : l’épineux dossier des messageries chiffrées

Pour ce qui est des messageries comme WhatsApp ou Telegram, des polémiques sur leur contrôle existent aussi en France. Les autorités rêvent d’avoir accès à leurs discussions chiffrées en cas d’enquête judiciaire. Or, affaiblir le chiffrement serait ouvrir la porte à tous les abus d’une surveillance absolue. Un peu comme en Russie, autrement dit… Mais à la différence, il faut souligner, que réguler sans tomber dans la censure est peu commode. C’est donc ce que cherche à faire l’Europe, dont la France. Malheureusement, l’exercice peut donner le sentiment à certains que le pouvoir cherche à mener cette surveillance de masse. Il faut toutefois rester attentif à d’éventuels excès de la part des autorités sur le sujet.

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