Nouvelle classe L’Invincible : ce que l’on sait déjà… et ce que l’État ne dira plus

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Hier, à l’île Longue dans la rade de Brest, c’est sur la base opérationnelle des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) qu’Emmanuel Macron a prononcé un discours majeur sur l’évolution de la doctrine de la dissuasion nucléaire française. Un discours dont chaque mot a été scruté et pesé aussi bien par les alliés que les puissances hostiles.

C’est très symboliquement devant le SNLE Le Téméraire que le président de la République a indiqué que l’arsenal nucléaire français ne serait plus limité aux 290 ogives actuelles et que son nombre total ne serait désormais plus communiqué.

Autre point important : Emmanuel Macron a évoqué la notion de « dissuasion avancée », une expression qui signifie qu’en cas de menace, les forces nucléaires (Rafale et sous-marins) pourraient être dispersés en Europe pour plus de résilience face à une frappe visant à neutraliser les capacités nucléaires françaises. Une nouveauté qui augmente la crédibilité de la dissuasion.

Parmi les autres éléments clés de son discours, le Président a également dévoilé le nom de la future classe des sous-marins nucléaires lanceurs d’engin de nouvelle génération (SNLE 3G).

Programe SNLE L’invincible. © Naval Group

La menace des abysses

Il s’agira de « L’Invincible ». Ces gigantesques sous-marins porteurs de l’arme nucléaire viendront remplacer à partir de 2036, les quatre SNLE actuels de la classe Le Triomphant. Le SNLE 3G – pour troisième génération – a été annoncé il y a maintenant cinq ans. Ses fondations sont en construction depuis mars 2024 sur le chantier de Naval Group à Cherbourg. Il devrait être mis en service opérationnel à partir de 2036. L’arrivée des trois autres SNLE devrait se dérouler progressivement jusqu’à l’horizon 2050 pour remplacer l’ensemble de la flotte actuelle.

Pour ne pas avoir à reconstruire les infrastructures de l’île Longue, ce géant des mers différera peu des SNLE actuels par ses dimensions. Il sera plus long d’environ 12 mètres, soit 150 mètres de longueur. Sa largeur se situerait autour de 12 mètres. Sa masse se situerait autour de 15 000 tonnes en plongée. C’est à peu près la même chose que pour les SNLE Le Triomphant.

Parade en avion escorté par des Rafale des forces aériennes nucléaires, discours devant un SNLE à la base de l’île Longue… La mise en scène de l’intervention d’Emmanuel Macron sur la dissuasion française n’a rien à voir avec celle de son mandat précédent. Les temps ont changé. © Élysée

1 000 fois Hiroshima

Comme les SNLE actuels, il sera également équipé de 16 tubes lance-missiles. Ces derniers seront des versions améliorées du M51 actuel. Il s’agira dans un premier temps du M51.3, dont Futura avait déjà brossé le portrait, et plus tard de son successeur, le M51.4. Dans son ogive, chacun de ces missiles enferme entre 6 à 10 têtes nucléaires, pour autant de cibles.

Avec cet arsenal, il y aurait de quoi produire 1 000 fois les effets de la bombe atomique sur Hiroshima. Pour assurer sa défense, le « ventre » du sous-marin sera également doté de quatre tubes lance-torpilles anti-navire F21 et d’autres missiles. L’Invincible se distinguera également avec l’intégration de nouveaux systèmes de sonar (proue, flancs, remorqués) développés par Thales, des systèmes acoustiques plus modernes avec un traitement des données collectées massif.

Rétrospective des SNLE. © Naval Group

La furtivité pour survivre

Côté furtivité et donc survivabilité, l’Invincible renforcera la discrétion acoustique et magnétique. Pour ce dernier point, il sera doté d’un nouveau revêtement.

Pour le reste, le secret le mieux gardé d’un sous-marin demeure son système de propulsion. La maîtrise de la réduction acoustique est essentielle pour empêcher les adversaires de l’identifier et donc augmente sa capacité de survie. Le système reposera sur une pompe-hélice (pump-jet) optimisée. En complément, l’hydrodynamique de la coque sera aussi optimisée afin de réduire au maximum la signature sonore.

Pour l’endurance en immersion longue, côté réacteur nucléaire, l’Invincible sera doté du K22, une version modernisée de l’actuel K15. Là encore, cette nouvelle chaufferie nucléaire devrait offrir un niveau de discrétion acoustique encore supérieur.

Pour l’équipage, l’habitabilité devrait être améliorée, mais les effectifs devraient être similaires (autour de 110 marins). Enfin, l’engin est fait pour durer, puisqu’il devrait rester en activité jusqu’en 2090. Rappelons que sur les quatre SNLE actuels et futurs, il y en a toujours au moins un qui patrouille en permanence quelque part sous l’eau pour renforcer la crédibilité de la dissuasion nucléaire.

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