Quandela et ses ordinateurs photoniques, la clé de la seconde révolution quantique ? Partie II

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Dans la précédente partie de cet article, nous avions commencé à parler des ordinateurs quantiques et de Quandela, l’une des jeunes pousses françaises explorant le calcul quantique aussi bien physiquement que du point de vue des algorithmes que l’on peut appeler aussi quantiques. Quandela commercialise déjà depuis quelque temps des ordinateurs quantiques photoniques.

En fait, depuis sa fondation en 2017, Quandela a produit cinq ordinateurs quantiques, le dernier étant Lucy qui a été acquis par le TGCC-GENCI (le Très Grand Centre de Calcul à Saclay) de CEA dans le cadre du programme « Hybrid HPC Quantum Initiative » visant à combiner l’extrême puissance des calculs haute performance (HPC) classiques avec celle espérée des ordinateurs quantiques. Il ne s’agit encore que de machines exploitant une poignée de qubits physiques, et pas encore en mesure d’utiliser des qubits logiques. Nous y reviendrons avec des explications plus loin.

En 2018, une présentation de Quandela par ses trois fondateurs, Pascale Senellart-Mardon, Niccolo Somaschi et  Valérian Giesz. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Quandela

Lucy possède 12 qubits physiques et dérive d’un précédent ordinateur photonique de Quandela doté du même nombre et appelé Belenos, tirant son nom du dieu celte du Soleil et de la lumière. Les progrès en puissance de calcul, accomplis par Quandela en quelques années seulement, sont époustouflants car bien plus rapides, et de loin, que ceux des ordinateurs classiques selon la loi de Moore.

Belenos est accessible via le cloud, ce qui a déjà permis à de très nombreux utilisateurs répartis dans 30 pays, entre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie, de s’initier au calcul quantique ou de tester son potentiel.

Des algorithmes et des ordinateurs quantiques pour la chimie et l’IA

Comme Quandala l’explique sur son site, Ascella, son premier ordinateur quantique à 6 qubits, permettait déjà d’estimer l’énergie de l’état fondamental d’une molécule, fournissant ainsi des informations sur sa configuration d’énergie minimale. Or, on sait que cela permet de prédire le comportement d’une molécule lors d’une réaction chimique, ce qui peut mener au développement de nouveaux médicaments ou de matériaux plus performants pour la production ou le stockage de l’énergie. On peut penser à cet égard aux cellules photovoltaïques ou aux batteries.

Ascella permettait aussi d’implémenter un réseau neuronal quantique (quantum neural network ou QNN en anglais), ce qui est prometteur pour le champ émergeant de l’intelligence artificielle quantique, le Quantum machine learning (QML).

En 2023, OVHcloud, la célèbre entreprise française qui est notamment un fournisseur d’accès à Internet et qui se développe dans le cloud computing (informatique en nuage), a acquis un ordinateur quantique de Quandela.

Mais avant d’aller plus loin, quelques rappels et mises au point sont sans doute nécessaires pour lire cette seconde partie.

Le lecteur qui ne connaît quasiment rien sur la mécanique quantique pourrait commencer par lire la BD sur la monde quantique de Thibault Damour et Mathieu Burniat, en parallèle avec la première partie de cet article où l’on parle de notions importantes pour les ordinateurs quantiques, la superposition et l’intrication quantique des états (voir aussi la deuxième vidéo ci-dessous à ce sujet). Le lecteur curieux et courageux pourrait se lancer dans la lecture des cours de Leonard Susskind sur la mécanique classique et quantique

Leonard Susskind donnant son cours de mécanique quantique pour débutant à Stanford en 2013. © Acmedogs, CC by-sa 3.0

La première chose à rappeler, c’est que bien que l’on connaisse des algorithmes quantiques (celui de Shor notamment) dont on sait qu’ils pulvériseraient le temps de calcul des ordinateurs classiques sur des problèmes qui pourraient prendre plus qu’une vie humaine, nous n’avons pas de raisons de penser que des ordinateurs quantiques universellement programmables sont toujours bien plus rapides que les super-ordinateurs les plus performants construits à ce jour. Pire, il se pourrait – et c’est déjà arrivé – que de nouveaux algorithmes classiques soient découverts qui permettraient de battre des ordinateurs quantiques sur les problèmes spécifiques où leur avantage était patent.

Ceci étant dit, même si l’on a introduit le concept de suprématie quantique pour désigner une combinaison de hardware et de software quantiques capables de battre de façon écrasante ceux qui sont classiques, nous n’en sommes encore qu’à des développements embryonnaires, qui pourraient être destinés à le rester.

Toutefois, on a de plus en plus de raison d’être optimiste pour des machines quantiques qui auraient au moins un certain avantage sur les ordinateurs classiques. De telles machines seraient quand même plus rapides, bien que ce ne soit pas de façon écrasante, et pour le moins auraient donc une certaine utilité et ce, de multiples façons. Ainsi, même s’il semble peu probable que l’on dispose un jour d’ordinateurs quantiques sur notre bureau, ces machines pourraient être, à performances égales, déjà plus petites et moins gourmandes en énergie que des super-ordinateurs classiques.

Ce n’est pas un voeu pieux, Quandela a déjà démontré l’existence au moins dans un cas bien précis de cette réduction du coût énergétique, comme on peut le voir avec un article sur arXiv.

Il est raisonnable de dire que les laboratoires mondiaux entrés il y a moins d’une décennie dans la course aux ordinateurs quantiques en sont maintenant au moins à commencer l’exploration de ce qu’ils appellent la zone d’utilité des calculateurs quantiques, à défaut de promettre qu’il y aura bien une série révolutionnaire d’applications du niveau de la suprématie quantique.

Dans le cadre de ses travaux, Pascale Senellart, chercheuse CNRS au Centre de nanosciences et de nanotechnologies (CNRS/Université Paris-Saclay), étudie les photons, ainsi que les « boîtes quantiques », des nanostructures capables de les générer à la demande. En contrôlant l’émission des boîtes quantiques, elle et son équipe ont conçu dès 2013 de nouvelles sources qui émettent des photons uniques dans une direction précise de manière très efficace, permettant ainsi leur manipulation dans des circuits photoniques. Ses travaux et les innovations qui en découlent, ont ouvert la voie à l’utilisation des photons pour le calcul quantique. Afin de mettre à disposition de la communauté les sources de photons uniques qu’ils ont développées, la chercheuse et deux de ses collègues, Niccolo Somaschi et Valérian Giesz, ont fondé la start-up Quandela en 2017. Depuis 2020, Quandela a pris un nouveau virage : construire un véritable ordinateur quantique photonique, en développant conjointement les parties hardware et software. © CNRS

Conférence grand public d’intérêt général donnée par Pascale Senellart-Mardon, et organisée par la section Paris-Sud de la Société française de physique, Les débuts de l’ordinateur quantique : principes, promesse, réalisations et défis, donnée le 14 janvier 2020 à 16 h à l’Auditorium Pierre Lehmann de l’IJCLab. Pascale Senellart-Mardon (C2N) est directrice de Recherche au Centre de Nanosciences et de Nanotechnologies (Université Paris-Saclay, CNRS, UMR 9001). © Société française de physique

Des qubits impérativement à protéger et à corriger

Il faudrait en tout état de cause, comme on l’a expliqué dans la précédente partie de cet article, pouvoir lutter de façon aussi efficace que possible contre le bruit produit par le phénomène de décohérence, plus généralement toute source de bruit, qui dégrade les calculs dans les circuits quantiques. Pour la même raison, il faut pouvoir disposer de l’équivalent des codes correcteurs d’erreurs classiques, déjà appliqués de longue date dans les calculateurs classiques (bien connus dans le cadre de la théorie de l’information classique, lancée par Claude Shannon).

Les solutions trouvées pour de petites machines doivent continuer d’être facilement mises en œuvre quand on tentera de faire croître arbitrairement en taille ces machines quantiques pour augmenter le nombre de bits d’informations quantiques nécessaires (les fameux qubits qui servent à faire de la superposition et de l’intrication quantique et dont on parle dans la vidéo ci-dessous), aussi bien pour atteindre l’utilité que la suprématie quantique idéalement. Les coûts de fabrication doivent rester raisonnables et on comprend donc bien que des machines quantiques, qui pourraient être fabriquées en tant que variantes des puces au silicium et autres matériaux électroniques dont la technologie est déjà maîtrisée, auraient justement très probablement des coûts réduits.

Mais, voyons d’un peu plus près cette notion de codes correcteurs.

Dans le cas bien étudié du traitement de l’information classique, les codes correcteurs d’erreurs sont le plus souvent appliqués à la transmission de données pour éliminer les effets du bruit. Il s’agit de techniques de codage basées sur la redondance, permettant de détecter et de corriger des erreurs dans un message transmis. Elles trouvent aussi des applications avec les disques durs et les RAM. Un exemple de code célèbre est celui de Hamming, que cite Richard Feynman dans ses leçons sur l’informatique.

L’idée d’un code correcteur peut être rapidement saisie avec l’exemple des signaux en binaires que l’on transmet avec des « 0 » et des « 1 ». En triplant les données, par exemple en envoyant systématiquement « 000 » et « 111 » pour chaque « 0 » et chaque « 1 », on peut vérifier qu’une erreur de transmission n’a pas été commise en comptant le nombre de répétitions d’un bit donné. Ainsi, « 001 » ou « 011 » seront des indicateurs d’une telle erreur. Une correction sera effectuée en tenant compte de la majorité de « 0 » ou de « 1 ».

Le problème avec les qubits, c’est que l’on ne peut pas faire des copies d’un état quantique.

On peut démontrer un théorème de non-clonage.

On ne peut donc vérifier l’information quantique portée par un état en la comparant à celle contenue dans plusieurs copies de cet état avec une stratégie dans l’esprit de celle de Hamming. Heureusement, il est possible d’intriquer chaque qubit avec plusieurs autres, de sorte qu’il soit possible de détecter des erreurs lors d’un traitement de l’information et d’y remédier. L’état intriqué à plusieurs qubits porte en effet la mémoire du qubit utilisé pour les calculs quantiques.

L’ensemble des qubits constitue ce que l’on appelle des qubits physiques. Mais quand on parle d’un qubit logique, il s’agit d’un qubit portant l’information quantique plus les qubits qui servent à corriger les erreurs pour ce qubit (il pourrait y en avoir de 10 à 1 000 environ selon la manière de corriger les erreurs).

Tout le problème est de pouvoir mettre en œuvre un code de correction quantique de cette façon avec un grand nombre de qubits, et pour une longue durée de calcul.

Ce qui ne va pas de soi en raison du phénomène de décohérence.

Mais, Quandela pense être sur la piste de la solution complète de tous les obstacles sur la route menant pour le moins à l’utilité quantique.

La course mondiale à l’ordinateur quantique est lancée ! De grands acteurs de la tech travaillent à contrôler des particules quantiques (ou qubits), avec en perspective, entre autres, une révolution du calcul et de la cryptographie. Reportage dans la start-up française Quandela. © Universcience 2025

Des boîtes quantiques révolutionnaires !

Le principal atout de Quandala, c’est son extraordinaire technologie pour une source de photon unique parfaitement contrôlée. De fait, c’est d’abord pour commercialiser cette source que Quandela a été fondée en 2017 et c’est ensuite que les perspectives ouvertes par cette technologie pour les ordinateurs quantiques photoniques ont conduit ses fondateurs à aller aussi dans cette direction.

On sait que la seconde révolution quantique en cours depuis quelques décennies s’appuie sur des progrès théoriques et expérimentaux en ce qui concerne des phénomènes d’intrication et de superposition quantique. Mais comme le prix Nobel de physique français Alain Aspect l’a plusieurs fois souligné, ce sont les possibilités devenues réelles au cours de ces années de produire et de manipuler avec précision des systèmes quantiques élémentaires, comme des photons, des électrons et des atomes uniques, qui ont tout changé.

Dans le cas de Quandela, il s’agit aussi d’application d’une technologie de production de boîtes quantiques sophistiquées, ces boîtes servant pour la production de photons uniques.

Mais de quoi s’agit-il ?

La première révolution quantique repose largement sur la découverte, puis la compréhension de l’existence de séries de niveaux d’énergie discrets avec les atomes et les molécules. On peut rendre compte de ces niveaux en utilisant l’équation de Schrödinger pour les ondes de matière que Louis de Broglie a le premier associé à des électrons par analogie avec la double nature corpusculaire et ondulatoire des photons d’Einstein (De Broglie s’était aussi basé sur des considérations en rapport avec la théorie de la relativité restreinte d’Einstein).

Les physiciens savent bien que l’on peut parfois comprendre des phénomènes physiques en réalisant que quelquefois de simples approximations des équations et des modèles de ces phénomènes suffisent pour en rendre compte.

Dans le cas des boîtes quantiques, on obtient une équation de Schrödinger avec des conditions physiques qui impliquent des forces qui confinent les électrons comme s’ils étaient enfermés dans une boîte en forme de cube/parallélépipède (techniquement, il est question de ce que l’on appelle un puits de potentiel, voir à ce sujet « Quantique, rudiments » de Françoise Balibard et Jean-Marc Lévy-Leblond).

La quantification de l’énergie avec les ondes quantiques dans un puits de potentiel. © Bobroff 2012

Ces conditions conduisent les ondes de matière des électrons piégés à se comporter comme les ondes stationnaires des cordes vibrantes d’une guitare. Chaque état ou mode de vibration de ces ondes définit un niveau d’énergie, comme dans le cas des électrons des atomes dans le puits de potentiel un peu plus compliqué des noyaux des atomes résultant de l’attraction électrostatique entre électrons et noyaux. Les boîtes quantiques sont alors des sortes d’atomes artificiels mimant le comportement des électrons des atomes, absorbant ou émettant des photons en passant d’un état d’énergie à un autre.

Toutefois, les sauts quantiques des électrons entre ces niveaux sous l’effet d’un rayonnement laser, par exemple, peuvent se faire en donnant un photon dans des directions arbitraires et parfois avec des émissions de plusieurs photons. Quandela a trouvé le moyen de produire de façon contrôlée avec une forte efficacité des photons individuels sur demande et se propageant dans une direction donnée.

Tout comme une boîte quantique peut être construite en empilant des couches d’épaisseur nanométrique de matériaux semi-conducteurs selon la technique dite d’épitaxi, il a été possible de construire sur le même principe et via la nanotechnologie une structure autour de la boîte quantique mise au point par Quandela. Cette structure est ce que l’on appelle dans le jargon des physiciens une cavité optique électromagnétique. Elle piège l’onde électromagnétique que l’on peut associer à un photon entre deux miroirs.

Attention, ce n’est pas évident de pouvoir parler d’une fonction d’onde d’un photon comme on parle d’une fonction d’onde d’un électron, c’est un point subtil de théorie quantique des champs, et une onde électromagnétique, elle-même, n’est pas la fonction d’onde donnant la probabilité de présence dans l’espace d’un photon.

Le résultat final est que la cavité force la boîte quantique de Quandela à émettre dans une direction donnée, quand un électron fait des transitions quantiques entre deux états d’énergie – transitions que peut provoquer un faisceau laser.

 À l’occasion des 40 ans de la publication pionnière sur les boîtes quantiques épitaxiées, la SFO et le C2N donnaient la parole aux chercheurs qui ont marqué ce domaine et façonné son évolution : Frank Glas, Jean-Michel Gérard, Pascale Senellart, Léon Goldstein, Martina Morassi, Aristide Lemaître, Gilles Patriarche, François Laruelle, Isabelle Sagnes et Elham Mehdi. Documentaire réalisé en partenariat entre le C2N, Centre de Nanosciences et de Nanotechnologies et la SFO, Société française d’optique, dans le cadre du programme Pépites de l’optique française de la SFO. © Société Française d’Optique SFO

Des qubits volants et des détecteurs supraconducteurs

Il y a un point important à réaliser. Les photons peuvent avoir un moment cinétique propre, un spin comme on dit, tout comme les électrons. Souvent, quand on parle de qubit quantique, c’est au niveau du spin qu’on le retrouve sous forme d’une superposition de deux états de polarisation. On voit ainsi souvent discuter le cas d’un spin sous la forme d’une toupie chargée en rotation selon deux sens pour un axe vertical avec un électron. Les deux types de rotation possibles selon cet axe sont dits haut et bas et sont représentés par une flèche.

Les ordinateurs photoniques de Quandela ne reposent pas, pour le moment, sur des qubits associés à des états de spin des photons. Les qubits sont sous une autre forme et sont associés à des puces sous forme de matériaux semi-conducteurs dans lesquels les ondes électromagnétiques et les photons individuels associés se déplacent dans l’équivalent de guides d’ondes comme ceux qui constituent des câbles coaxiaux.

La production de qubit, ici plus précisément de qubits volants, est reliée au fait que même s’il ne va pas de soi de parler de fonction d’onde d’un photon, on peut définir une amplitude de probabilité associée à un photon tombant sur une lame semi-transparente. Il se retrouve alors en sortie dans une superposition d’état, qui pour une onde électromagnétique classique correspondrait à un état de transmission ou de réflexion, mais se retrouve en fait sous la forme d’une telle superposition de deux états pour un objet quantique.

Une puce quantique optique semi-conductrice peut donc être construite avec l’équivalent d’une série de lames sur des chemins optiques de photons dans les guides d’ondes, provoquant des changements de phase ou de superpositions pour les états de chemins empruntés par les photons. Le choix de ces composants optiques sur la puce peut être contrôlé par un ordinateur externe classique et, au final, ces composants définissent des portes logiques quantiques analogues aux portes logiques au cœur des ordinateurs classiques, avec lesquelles on peut implémenter l’exécution des algorithmes.

Toutefois, si les photons eux-mêmes sur des chemins ne sont pas soumis à l’effet de la décohérence quantique (la raison en est en grande partie le caractère linéaire des équations de Maxwell du champ électromagnétique), le comportement des composants est bruité et les photons peuvent aussi être absorbés par chaque élément, de sorte qu’il s’introduit quand même des erreurs dans les calculs quantiques. Erreurs qu’il faut pouvoir corriger, peu importe la taille de l’ordinateur quantique et le nombre de qubits engagés dans les calculs. En fait, on retrouve là plusieurs des sources d’erreurs existants déjà dans les ordinateurs classiques et qui nécessitaient des codes correcteurs. Dans le cas des ordinateurs de Quandela, les codes correcteurs sont aussi destinés à traiter toutes les sources d’erreurs possibles, qu’elles soient liées à la décohérence quantique ou pas.

Reste enfin le problème de la lecture d’un calcul quantique effectué par la puce.

Elle met en jeu des paquets de photons en petit nombre qu’il faut pouvoir détecter individuellement à la sortie de la puce optique quantique. Pour cela, l’astuce est d’utiliser des matériaux supraconducteurs car on ne peut pas faire la détection de ces photons de façon efficace avec des capteurs CCD. L’arrivée d’un photon va localement chauffer une pièce en ces matériaux quand le photon est absorbé en livrant son énergie. Un tel chauffage fait perdre à la pièce son état supraconducteur et selon la loi d’Ohm, l’apparition d’une résistance brusque entraîne un brusque saut de voltage. Celui-ci est mesurable dans la pièce, indiquant l’arrivée d’un seul photon.

L’expérience d’interférence dite des fentes d’Young en mécanique quantique avec des photons ou des électrons. © Bobroff 2012

Deux points intéressants.

Le matériaux utilisé n’a besoin que d’être refroidi à quelques kelvins au-dessus du zéro absolu. C’est bien plus facile à faire que dans le cas des ordinateurs quantiques où les qubits sont portés par des circuits ou des puces supraconductrices et où il faut s’approcher bien plus du zéro absolu.

Les machines quantiques de Quandela sont aussi bien moins gourmandes en électricité que d’autres machines quantiques, c’est un avantage dans un monde où l’on a besoin de volumes de calculs de plus en plus importants et pour exploiter des données.

Remarquons aussi que la puce optique quantique peut être vue comme un interféromètre avec l’analogue d’une série de plaques avec des fentes d’Young et divers chemins possibles pour les photons à travers ces fentes pour finir par faire sur un écran (en l’occurrence les détecteurs supraconducteurs) une figure d’interférence compliquée (bien plus que celle dans la vidéo ci-dessus), dont la forme contiendrait les résultats d’un calcul quantique.

Pour ce qui est du futur, Quandela a une feuille de route pour la construction de machines ayant un nombre de plus en plus élevé de qubits physiques et bientôt aussi de vrais qubits logiques. Une machine avec 24 qubits devrait être disponible en 2026.

La feuille de route de Quandela ne doit pas faire croire qu’il s’agit uniquement de vœux pieux. Comme on peut le constater sur son site, il y a déjà des cas d’utilisations et de nombreuses entreprises ont décidé d’explorer le monde quantique et de se former à l’utilisation des ordinateurs quantiques avec ceux déjà existants et montrant certains avantages quantiques.

Des nombres aléatoires quantiques

Une application dont on ne parle pas souvent, mais qui est pourtant fondamentale à bien des égards, est de pouvoir générer des listes aléatoires de nombres. Il existe des algorithmes classiques qui génèrent ce que l’on appelle des listes pseudo-aléatoires de nombres. Ces listes semblent complètement soumises aux lois du hasard, mais les mathématiciens peuvent montrer qu’un ordre prévisible s’y cache.

Ces listes sont produites via les algorithmes des générateurs de nombres pseudo-aléatoires, pseudorandom number generator (PRNG) en anglais. Dans certains cas, ce n’est pas bien grave de ne pas avoir une vraie liste de nombres aléatoires, mais dans d’autres c’est un inconvénient et on préfère si possible utiliser un système physique pour produire des listes de nombres qui le sont.

De gauche à droite, trois génies qui ont changé la science et la technologie au XXe siècle avec les ordinateurs et la mécanique quantique, John von Neumann, Richard Feynman et Stanislaw Ulam. Les trois sont issus de familles juives d’Europe de l’Est. © AIP Emilio Segre Visual archives

Bien des simulations sur ordinateurs ou calculs compliqués à effectuer, par exemple en physique des particules, mais aussi pour évaluer le risque dans une décision financière, utilisent une technique qui a été mise au point et développée à Los Alamos suite au lancement du projet Manhattan et qui s’appelle la méthode de Monte-Carlo. On la doit initialement aux idées des géants qu’étaient John von Neumann et Stanislaw Ulam (sans oublier la contribution de Nicholas Metropolis qui est d’ailleurs à l’origine du nom de l’algorithme).

De nos jours, une liste de nombres vraiment aléatoire, du genre de celles que permettent des générateurs quantiques de nombres aléatoires, est essentielle dans tous les secteurs où la sécurité ne peut être compromise.

Quandela explique ainsi que ces listes sont utilisables pour les services financiers qui veulent protéger les transactions et les données sensibles des clients, mais aussi plus généralement pour de la cryptographie et s’assurer pour des gouvernements que des informations critiques et des communications privées ne soient pas piratées. Quandela a précisément réalisé un exemple d’avantage quantique avec ses ordinateurs pour la réalisation de vrais générateurs de nombres aléatoires.

En effet, OVHcloud est devenu grâce à Quandela le premier acteur mondial à renforcer la sécurité d’accès aux sites web en utilisant les listes de nombres générées par l’ordinateur quantique que l’entreprise a acheté.

Quandala s’assure du réel caractère aléatoire des listes qui sont générées quantiquement en utilisant les travaux sur l’intrication quantique impliqués par l’effet EPR et que l’on doit à John Bell et Alain Aspect.

La résolution des équations aux dérivées partielles ubiquistes de la physique

Les premiers travaux sur les bombes A et H aux États-Unis, et qui ont été à l’origine des applications de la méthode de Monte-Carlo, nécessitaient de pouvoir résoudre ce que l’on appelle des équations aux dérivées partielles, parfois non linéaires, comme celles qui s’appliquent à la mécanique des fluides et des milieux élastiques, la théorie cinétique des gaz et bien d’autres choses encore.

Les outils analytiques pour ses équations, comme celles que l’on peut voir dans le cours d’Arnold Sommerfeld, le professeur de bien des prix Nobel comme Werner Heisenberg ou Hans Bethe, ne suffisaient pas toujours et l’utilisation de méthodes numériques sur ordinateur est devenue nécessaire.

Aujourd’hui, on les utilise aussi pour modéliser les écoulements fluides autour des avions, des voitures ou encore des fusées, prédire la météo et le climat, le comportement de la matière dans des réacteurs nucléaires et le comportement élastique des constructions et leur résistance à des contraintes pouvant entraîner des fragmentations et des ruptures – par exemple, avec les parois des barrages.

Les ordinateurs quantiques peuvent là aussi montrer leur utilité et des avantages. De facto, Quandala se retrouve impliqué dans un partenariat avec EDF pour la simulation du comportement des structures mécaniques des barrages, pour répondre aux questions concernant la propagation de fissures notamment. On peut appliquer la même idée aux structures des centrales nucléaires.

En 2025, une présentation des ordinateurs quantiques de Quandela par Shane Mansfield. Cette présentation explore la stratégie de Quandela pour parvenir à une informatique quantique tolérante aux pannes. Elle retrace l’évolution des processeurs actuels de l’ère NISQ vers des architectures évolutives et corrigées d’erreurs, en soulignant les avantages uniques des sources de photons uniques déterministes. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Quandela

Un dernier point à bien garder à l’esprit en ce qui concerne les utilisations en cours d’exploration par les entreprises et institutions en relation avec les ordinateurs quantiques de Quandela, hors celle qui concerne la génération de listes vraiment aléatoires de nombres ou la consommation d’énergie.

Pour le moment, il n’y a pas d’avantages quantiques nets mais tout indique que ce sera bientôt le cas car l’on va pouvoir faire monter en puissance les performances des ordinateurs quantiques de Quandela dans un futur très proche en utilisant justement les codes correcteurs d’erreurs. Il est donc tout à fait pertinent de commencer déjà pour plusieurs entreprises à s’initier aux possibilités ouvertes par ces ordinateurs. L’une des choses à faire c’est, de plus, de commencer à tester, même avec encore un petit nombre de qubits, si les prévisions et les résultats des calculs faits avec ces machines et les algorithmes quantiques sont bien corrects et reproduisent ceux que l’on peut encore faire en temps raisonnables avec des super-ordinateurs classiques.

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