Elon Musk avait promis que 2026 marquerait le premier voyage du Starship de SpaceX vers Mars. Si cette promesse semble peu réaliste, cela illustre l’intérêt grandissant pour la Planète rouge. La Russie s’y intéresse aussi, et le géant du nucléaire Rosatom travaille actuellement sur un prototype de propulseur spatial à plasma qui pourrait considérablement réduire le temps de trajet.
Initialement annoncé en 2025, le sujet revient sur le devant de la scène, sans doute à cause de la fenêtre de lancement pour Mars qui s’ouvre à l’automne 2026, et des doutes autour du lancement de Starship. Selon Rosatom, le propulseur russe s’appuierait sur un accélérateur de plasma magnétique et serait capable d’accélérer et d’expulser le plasma à une vitesse de 100 km/s. Il aurait un mode à impulsions qui consommerait jusqu’à 300 kW de puissance. Un voyage vers Mars nécessite en moyenne neuf mois avec une propulsion conventionnelle. Avec ce moteur à plasma, Rosatom estime qu’il serait possible de réduire cette durée à seulement 30 à 60 jours.
Le prototype de propulsion à plasma russe. © Izvestia, Sergey Lantyukhov
Une annonce avare en détails techniques
Selon le journal russe Izvestia, le prototype utilise de l’hydrogène et sera alimenté par un réacteur nucléaire. La puissance nécessaire pour alimenter un tel propulseur dépasse la capacité des panneaux solaires. Le moteur sera capable de générer une poussée de 6 newtons. L’idée est de l’utiliser sur un vaisseau équipé d’une fusée conventionnelle pour atteindre l’orbite, avant de basculer sur le propulseur à plasma pour le voyage interplanétaire.
Rosatom annonce un calendrier extrêmement ambitieux, et espère commencer les tests de vol en 2030. Actuellement, le prototype serait testé dans une chambre d’essai de 4 par 14 mètres équipée de capteurs avancés, de mécanismes pour évacuer la chaleur et de pompes à vide.
Toutefois, une telle déclaration laisse de nombreux spécialistes dubitatifs. La Russie est coutumière d’effets d’annonce qui ne débouchent pas toujours sur des réalisations concrètes. Venant de Rosatom, il semble bien que la firme travaille sur un prototype, mais le calendrier et les performances pourraient bien être exagérés ; les chercheurs ne précisent même pas s’il s’agit d’un propulseur magnétoplasmadynamique (MPD) ou à effet Hall.
De plus, le secteur spatial russe se porte mal, selon Igor Maltsev, directeur de RKK Energia. Cette entreprise construit des vaisseaux spatiaux et est la plus importante de Russie. En août dernier, il avait déclaré : « Il faut arrêter de se mentir à nous-mêmes et aux autres sur l’état des choses », évoquant une situation critique avec des dettes à plusieurs millions de dollars et une perte de motivation des équipes.
Le prototype de propulsion à plasma russe. © Izvestia, Sergey Lantyukhov
D’autres propulseurs à plasma en cours de développement
Pourtant, les propulseurs à plasma sont très prometteurs, et intéressent de nombreux spécialistes. La Nasa a notamment équipé sa sonde spatiale Psyché d’une propulsion à effet Hall pour l’exploration de l’astéroïde (16) Psyché dans la ceinture d’astéroïdes, une première pour une mission interplanétaire.
L’agence spatiale travaille aussi avec la firme Ad Astra Rocket Company sur une propulsion magnéto-plasmique à impulsion spécifique variable (Vasimr). Le prototype VX-200 nécessite 200 kW pour produire une poussée de 5 newtons.
Cette technologie est développée depuis plusieurs décennies, et, si elle aboutit, pourrait permettre d’atteindre Mars en seulement 39 jours, à condition de créer un modèle avec une puissance de 200 mégawatts. Le propulseur russe reste donc plausible, même si certains éléments de l’annonce ne sont pas très crédibles.