Ukraine, Iran… Force est de constater que la guerre se mène désormais à distance, à coups de missiles et de drones. Pour tenter de s’en protéger, mieux vaut être au courant le plus tôt possible de leur arrivée.
Après la crise du Groenland et son intérêt jugé essentiel pour la sécurité des États-Unis selon l’administration Trump, Futura a déjà évoqué les systèmes d’alerte précoce américains et, dans une moindre mesure, ceux de l’Otan.
Avec un allié dont la fiabilité est discutable, la France et l’Europe veulent désormais s’équiper d’un système d’alerte efficace avec l’initiative Jewel (Joint Early Warning for a European Lookout). Ce programme devrait permettre de détecter au plus tôt le lancement de missiles balistiques ou hypersoniques depuis l’espace, de suivre leur trajectoire pour les neutraliser et de prévenir suffisamment tôt les populations en cas d’attaque.
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Parmi le consortium industriel européen (Thales Alenia Space, ArianeGroup, MBDA…) qui doit œuvrer, Thales vient de dévoiler une solution complète presque « clé en main » avec son projet SkyDefender.
Ce « dôme » multicouches est conçu comme un couteau-suisse. Un peu comme Windows qui fait fonctionner à peu près n’importe quel ordinateur, il sera compatible avec l’essentiel du matériel défensif déjà présent sur le territoire européen.
Pour voir très loin, jusqu’à 5 000 kilomètres, et très tôt, les « yeux » de SkyDefender reposeront sur les satellites d’alerte avancée de Thales Alenia Space. Ils sont dotés de capteurs infrarouges capables de détecter l’émission de chaleur produite par un départ de missile. Ils seront combinés à des satellites géostationnaires. Le système devrait s’imbriquer avec le projet Odin’s Eye, une future constellation de satellites, dont Thales est également l’un des acteurs.
Missiles hypersoniques, avions de chasse, forces aéroportées, drones… Que les menaces soient balistiques, très manœuvrantes, lancées de loin ou arrivant très près, le dôme SkyDefender dopé à l’IA proposé par Thales permet de gagner de précieuses secondes pour les neutraliser à temps. © Thales
Compatible avec pratiquement tout
Pour suivre des missiles balistiques ou des avions rapides de loin, Thales combinera des radars Smart-L MM et UHF GA5000. Ce dernier permettra de regarder loin au niveau horizontal pour soutenir le guidage des missiles intercepteurs. Le radar Ground Fire de Thales portant jusqu’à 400 kilomètres, avec une couverture de 360° et jusqu’à 90° à la verticale, pourra guider plus efficacement des SAMP-T NG d’eurosam 1. Ces derniers permettent d’intercepter une menace jusqu’à 150 kilomètres.
En deçà, pour la courte-portée et pour protéger des infrastructures et sites sensibles, le système sera complété par la bulle de protection de proximité ForceShield dotée de missiles LMM. Elle existe déjà et équipe l’armée française. C’est elle qui pourra venir à bout d’une attaque de drones avec une portée de six kilomètres ou plus près encore avec le canon RapidFire de KNDS.
Le système est multidomaines, multicouches et compatible avec tout l’arsenal existant et à venir. © SB
L’IA pour plus de réactivité
Le cerveau et le chef d’orchestre de l’ensemble de ces systèmes sera Skyview. Dopé à l’IA et déjà compatible avec l’Otan dans sa version actuelle, c’est lui qui traitera et transmettra l’information de l’ensemble des capteurs à l’effecteur le plus adapté à la menace entrante.
Son atout, c’est qu’il est déjà interopérable avec les bulles de protection déjà existantes des alliés et notamment celles des Allemands. Avec cette combinaison, ce temps de détection presque instantané devrait permettre de réduire celui de la réaction et de la décision des opérateurs pour presser le « bouton » à temps. Ce gain de rapidité est essentiel lorsqu’on sait que la fenêtre de tir pour intercepter un missile balistique ou hypersonique n’est que de quelques secondes.
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Thales précise dans son communiqué que son « dôme » sera évolutif et qu’il est ouvert à des partenariats pour réduire au maximum d’éventuels trous dans la raquette.
Sur le papier, ce dôme promet donc de voir et d’entendre très rapidement et de très loin les menaces.
Le problème concret reste de pouvoir les intercepter sur la durée en cas d’attaques massives et répétées. Un point crucial qui dépend du nombre de munitions disponibles. Lorsqu’on voit la consommation d’intercepteurs sur la première journée de l’opération Epic Fury américaine au Moyen-Orient, la question n’est donc pas uniquement de voir tôt, mais aussi de pouvoir durer pour dissuader.