Le 12 novembre dernier, Emmanuel Macron inaugurait le Commandement de l’Espace, à Toulouse, et évoquait alors un plan ambitieux appelé « stratégie spatiale nationale ». Le but : répondre à la concurrence croissante dans le monde du spatial, confronté à une multiplication des acteurs. À l’occasion de l’ouverture du salon TechFest, Futura se penche sur les enjeux autour de ces déclarations.
Aujourd’hui, l’Europe n’est plus une puissance majeure aux côtés des deux blocs issus de la guerre froide. D’un côté, elle doit faire face à une ambitieuse puissance chinoise qui balaye tout sur son passage et de l’autre côté, à une puissance américaine chaque jour un peu moins considérée comme une alliée. Par ailleurs, elle se trouve confrontée à des acteurs émergents comme l’Inde, ainsi qu’à des sociétés privées, SpaceX en tête, capables de multiplier les lancements et de faire affaire avec les plus grands acteurs traditionnels du secteur, notamment les agences spatiales.
Accéder à l’espace
À l’intérieur de l’Union européenne, la France n’est plus à considérer comme la puissance majeure de l’Europe, notamment avec l’Allemagne qui participe désormais largement plus au financement de l’ESA (23 % contre seulement 16,4 %, alors que la France était à 18 % auparavant).
À l’heure où les différents acteurs du secteur parlent de besoin de souveraineté et d’indépendance face à ces acteurs internationaux, défendre la place de la France est-il vraiment réalisable ? Sur certains points, il s’avère que oui.
Tout d’abord, concernant l’accès à l’espace, les incessants déboires autour des fusées Ariane sont de l’ordre du passé, et depuis sa mise en fonction, Ariane 6 enchaîne les succès. Avec trois décollages en 2025, on est encore loin de la cadence d’un SpaceX, mais le programme de vol prévoit une dizaine de lancements pour 2026, pour le compte de l’ESA, mais aussi d’Amazon et de sa constellation de satellites LEO, un marché extrêmement concurrentiel.
Décollage d’Ariane 6. © ESA, Cnes, Arianespace, CSG centre optique, S Martin
Cela dit, au-delà de ses acteurs institutionnels, la France peut compter sur un tissu industriel composé de petites entreprises. C’est ce Newspace qu’Emmanuel Macron espère mettre en avant, grâce à des alliances avec les mastodontes industriels. Sur ce point, le bilan peut être qualifié de… mitigé !
Un Newspace toujours entre deux eaux
D’un côté, quelques échecs comme Dark, start-up promise à un grand avenir qui a baissé le rideau en octobre dernier. On pourrait aussi citer The Exploration Company qui n’inspire pas forcément la confiance après plusieurs changements successifs de stratégie. Dernier en date : la volonté de racheter le fabricant de lanceurs britannique Orbex, alors en difficulté.
Sans oublier la multiplication des projets de lanceurs, chez HyPrSpace, Latitude ou Maiaspace. Des entreprises qui se développent et innovent mais qui débarquent sur un secteur extrêmement risqué, concurrentiel et avec des technologies pour lesquelles tout reste à faire.
Voici à quoi ressemblera le pas de tir Soyouz au CSG, avec la fusée Maia à la place. Éloigné du reste des installations de Kourou, le pas de tir est idéalement placé pour accueillir les premiers tests de réutilisation avec Maia. © Maiaspace
D’un autre côté, le marché des satellites semble plus assuré, et récemment, l’entreprise U-Space a encore levé 24 millions d’euros pour construire des petits engins spatiaux français, ce qui montre que les investisseurs sont toujours enthousiastes à propos des start-up qui comptent profiter de ce marché.
Également, si The Exploration Company peut interroger, la start-up multiplie les avancées, est en pleine période de test pour ses moteurs et espère obtenir 200 millions d’euros d’investissement pour les trois prochaines années.
La souveraineté : un idéal chaque jour plus nécessaire
Enfin, si le spatial français peine parfois à briller, c’est en partie à cause d’un manque de soutien public, loin derrière ce qui est investi en Allemagne par exemple. Mais ceci pourrait changer car les gouvernements européens, dont la France, semblent de plus en plus conscients du besoin de souveraineté qui s’impose à eux, surtout alors que les relations avec les États-Unis sont soudainement plus tendues.
La constellation Iris² doit donner une souveraineté à l’Europe en termes de communication par satellite. © iStock
Dans ce cadre, plusieurs projets européens sont menés, comme Iris², une constellation de satellites européens censée assurer un moyen de communication fiable pour l’Europe. C’est aussi le cas pour les systèmes de positionnement par satellites, avec Galileo, le « GPS Européen » qui poursuit son déploiement avec une fiabilité toujours plus grande. Dans ces domaines, la France fait partie des contributeurs majeurs et peut compter sur une industrie solide pour faire face aux besoins.
Malgré les efforts attendus et espérés par les acteurs du secteur, la France ne pourra certainement pas, à elle seule, concurrencer les puissances en activité actuellement. Mais leur faire face et développer des alternatives est un horizon beaucoup plus atteignable.