Donald Trump vient de signer un nouveau décret pour un projet censé redorer le blason de la recherche scientifique américaine. C’est la Mission Genesis, censée « exploiter la révolution actuelle de l’IA et du calcul avancé pour doubler la productivité et l’impact des sciences et de l’ingénierie américaines en une décennie ».
Plus concrètement, le président américain compte centraliser la recherche scientifique afin d’avoir une seule plateforme avec une base de données avec toutes les contributions des institutions académiques et des partenaires privés. Elle servira à entraîner des modèles IA afin de créer des agents autonomes capables d’accélérer la recherche.
Des enjeux géopolitiques
Le projet sera géré par le département de l’Énergie, et connectera « les meilleurs supercalculateurs, systèmes d’IA et systèmes quantiques de nouvelle génération au monde aux instruments scientifiques les plus avancés du pays ». Cela inclut deux nouveaux supercalculateurs, Lux et Discovery, en cours de construction à l’Oak Ridge National Laboratory.
La Maison-Blanche cite spécifiquement les domaines de la biotechnologie, les matériaux critiques, l’énergie de fission et de fusion nucléaires, l’exploration spatiale, la science de l’information quantique, les semi-conducteurs et la microélectronique. Cette plateforme unique s’appellera l’American Science and Security Platform, un nom qui souligne un aspect clé : la sécurité nationale. Les États-Unis espèrent ainsi redevenir le leader mondial de la recherche scientifique, une place occupée par la Chine depuis 2023, selon le Nature Index.
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Le financement de la Mission Genesis, certainement colossal, reste un mystère. Un certain nombre d’entreprises ont été mentionnées comme partenaires, notamment Nvidia et AMD, ainsi que Dell, Hewlett Packard Enterprise ou encore Oracle. Amazon vient d’annoncer un investissement de 50 milliards de dollars dans la construction de nouveaux centres de données pour les agences gouvernementales américaines.
Un gouvernement hostile à la science
Entre de bonnes mains, une telle centralisation pourrait devenir une source de progrès scientifique en promouvant les liens entre les différents champs de recherche. Toutefois, il faut aussi rappeler que nous parlons ici des États-Unis, dont le président a suggéré une injection d’eau de Javel pour contrer le coronavirus, et dont le secrétaire à la santé a affirmé que les vaccins, et même le paracétamol, étaient la cause de l’autisme, malgré un consensus scientifique contraire. Le CDC a même mis à jour son site récemment pour affirmer un lien entre les vaccins et l’autisme en dépit des preuves du contraire.
Dans un pays avec une classe politique de plus en plus hostile à la science, une telle initiative peut avoir de quoi surprendre. Outre les enjeux géopolitiques, une des motivations pourrait être une obsession croissante des milliardaires américains pour toute recherche médicale (et pas toujours très scientifique) qui promet la jeunesse et la vie éternelle. Une autre pourrait être une volonté de centraliser la science pour mieux la contrôler, afin qu’elle soit conforme aux affirmations du gouvernement. Ou alors il ne s’agirait tout simplement que d’une histoire de gros sous.