Trump parle d’une arme mystérieuse utilisée au Venezuela : voici ce qui se cache derrière le « Discombobulator »

Author:

« Le Discombobulator. Je n’ai pas le droit d’en parler. » Voici le terme étrange enveloppé de mystère qu’a employé le président américain Trump lors d’une interview au Washington Post, il y a quelques jours. Selon lui, les militaires auraient utilisé une nouvelle arme secrète « énergétique » qui aurait neutralisé l’ensemble des défenses vénézuéliennes lors du raid américain ce 3 janvier à Caracas.

« Discombobulator », le mot a tout pour séduire l’imaginaire. Il est issu de l’argot américain et provient de discombobulate, qui signifie déconcerter, désorienter, embrouiller, mettre sens dessus dessous.

En l’entourant de mystère dans son style habituel, cette arme secrète « énergétique » évoquée par Trump serait donc capable de neutraliser des systèmes de défense entiers sans explosion ni trace visible. L’usage d’un tel dispositif relance un vieux fantasme techno-militaire : celui d’une arme quasi magique, hors du champ connu de la guerre conventionnelle.

Mais à y regarder de plus près, la réalité est sans doute bien plus prosaïque et pourtant tout aussi redoutable. Aucune source indépendante, militaire ou journalistique, n’a confirmé l’existence ou l’utilisation d’une arme révolutionnaire inconnue lors de cette opération. En revanche, ce qu’a décrit Trump correspond très précisément à des capacités bien connues et inscrites depuis longtemps dans les doctrines militaires occidentales : la guerre électronique et la cyberguerre.

Un arsenal défensif neutralisé sans casse

Ce 3 janvier 2026, autour de Caracas, la défense aérienne vénézuélienne était solide. Elle reposait sur une architecture multicouche dominée par des systèmes russes Buk-M2E. Ils étaient déployés pour protéger la capitale contre les avions et missiles à moyenne portée. Ces batteries étaient appuyées par un réseau de radars russes et chinois, dont certains à basse fréquence destinés à la surveillance à longue distance.

À cela s’ajoutaient des systèmes plus anciens comme le Pechora-2M, de l’artillerie antiaérienne et des missiles portables, chargés de la défense rapprochée des sites sensibles. Enfin, le Venezuela disposait également de systèmes S-300VM russes à plus longue portée, principalement positionnés hors de la capitale pour couvrir des zones stratégiques du pays.

Le EA-18G Growler est équipé du Next Generation Jammer (NGJ), un puissant brouilleur directionnel et adaptatif capable de s’attaquer à plusieurs systèmes simultanément. C’est sans doute lui qui a rendu aveugles les radars stratégiques et désorganisé des réseaux entiers. © US Navy

Tout cet arsenal, pourtant très efficace, n’a servi à rien, puisque les hélicoptères de combat ont pu capturer le président Maduro sans vraies difficultés. Plus qu’une arme magique secrète, pour les neutraliser lors de l’attaque, plusieurs outils ont été combinés pour rendre l’adversaire « aveugle », « sourd » et le désorganiser. D’abord, des systèmes de brouillage électromagnétiques ont sans doute permis d’aveugler les radars, de couper les communications et la synchronisation des systèmes de défense aérienne sans les détruire physiquement.

Ces équipements de guerre électronique ont probablement été embarqués par voie aérienne. C’est une des capacités de l’avion de combat EA-18G Growler. Son brouilleur peut rayonner à plusieurs centaines de kilomètres et il peut être exploité sans même franchir l’espace aérien adverse. En parallèle, des cyberattaques ciblées ont eu pour effet de perturber les réseaux informatiques, centres de commandement et chaînes de décision. Résultat : l’ensemble des équipements est resté intact, mais inutilisable. Les militaires vénézuéliens n’ont rien vu venir.

La guerre électronique

Ce type d’approche est donc loin d’être expérimental ou inédit. Les États-Unis et d’autres grandes puissances, comme la France, disposent d’unités spécialisées, d’avions dédiés au brouillage et de capacités cyber offensives intégrées aux opérations militaires.

Dans certains cas, des dispositifs à micro-ondes de forte puissance peuvent également être employés pour perturber ou endommager des équipements électroniques à courte portée, mais ils restent des outils tactiques, non des armes stratégiques miraculeuses.

Pourquoi parler d’« arme énergétique » ? Parce que le terme est volontairement flou. Il impressionne, entretient le secret et permet d’éviter toute explication technique précise, tout en nourrissant un récit de supériorité technologique. Une rhétorique efficace politiquement, mais trompeuse sur le fond. Elle permet également au président américain de montrer que les équipements russes et chinois sont de qualité très inférieure, alors que ce n’est pas forcément le cas.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *