Un satellite espion russe pulvérisé dans l’espace : ce que l’on sait et pourquoi c’est préoccupant

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Le 30 janvier, il s’est passé un événement rare dans l’espace. La société suisse de surveillance spatiale S2A Systems a capturé l’instant où un satellite espion russe s’est désintégré, laissant plusieurs débris sur son orbite.

La scène s’est déroulée à environ 36 100 kilomètres de la Terre. Le satellite russe en question est de type Luch/Olymp. Il s’agit d’un engin militaire qui s’appelle #40258 dans la nomenclature du Norad (North American Aerospace Defense Command). Cette organisation militaire américano‑canadienne surveille tous les objets en orbite autour de la Terre, débris y compris.

Ce Luch/Olymp appartient à une catégorie de satellites inspecteurs ou de renseignement orbital. Des termes que l’Occident résume sous l’appellation plus commune de satellites espions. Ces engins sont conçus pour manœuvrer près d’autres satellites, observer leur fonctionnement et potentiellement, capter leurs signaux.

C’est exactement cette famille de satellites qui s’était approchée d’engins français et européens en 2017-2018. Ce fut le cas du franco-italien Athena-Fidus utilisé pour les communications militaires. Florence Parly, alors ministre des Armées, avait publiquement dénoncé cette manœuvre considérée comme agressive. Ce genre d’événement a contribué à la création du Commandement de l’Espace en France en 2019.

Vidéo montrant le satellite se désintégrant partiellement. De gros débris sont éjectés autour de l’engin. Comme le satellite est stationnaire, les petits traits lumineux sont les autres satellites en transit et les étoiles. © s2s Systems

Une orbite poubelle

Le satellite en question a été lancé en 2014. Il était placé de façon géostationnaire pour « inspecter » son environnement un peu en dessous de 36 000 kilomètres d’altitude. Cette altitude est très éloignée de la masse des constellations commerciales, comme celle de Starlink qui évolue autour de 550 kilomètres d’altitude.

Dans cette altitude dite GEO, pour géostationnaire, un peu en dessous de 36 000 kilomètres, il y a entre 500 et 600 satellites. Ils sont répartis sur des lignes orbitales équatoriales et servent essentiellement aux applications militaires, aux télécommunications, à la diffusion TV ou encore à l’observation météo.

Mais le Luch/Olymp n’était pas exactement sur cette altitude. Il avait été désactivé en octobre 2025, déplacé et positionné au-delà de l’altitude réservée aux satellites géostationnaires actifs. La zone dans laquelle ils se trouvent porte le nom d’orbite de rebut (Graveyard orbit). C’est une altitude qui sert justement de poubelle aux satellites GEO hors service. Ils sont loin des routes principales des engins actifs.

Sur cette zone, les satellites sont désactivés, vidés de leur carburant et sources d’énergie, afin de limiter les risques d’explosion imprévues et la génération de débris. A priori, l’évènement ne viendrait donc pas d’une instabilité intrinsèque à l’engin. L’hypothèse d’une destruction volontaire est également à écarter, elle aurait engendré des réactions des pays surveillant l’espace.

Débris éternels

Selon les observations de la société suisse S2A Systems et d’analystes du suivi orbital, une collision accidentelle avec un fragment de débris spatial demeure la piste la plus plausible. Il pourrait s’agir de morceaux non catalogués par le Norad et les autres organismes de surveillance des débris.

Le Norad et la Space Air Force, par exemple, suivent environ 43 000 objets de 10 centimètres et plus. Cette observation continue permet de repositionner les satellites et stations spatiales pour éviter les collisions. Mais il y a des millions de débris plus petits, voire de moins d’un centimètre qui ne peuvent pas être traqués individuellement. C’est sans doute ce type de déchets sur une altitude « poubelle » qui ont percuté le satellite russe.

Syndrome de Kepler en orbite haute

Le problème de ce niveau d’orbite, c’est que ces débris ne se dégradent pas. La destruction du satellite russe est donc problématique, car avec des dizaines voire des centaines de petits morceaux, elle va amplifier le risque de destruction d’autres engins mis au rebut. Mais surtout, le problème réside dans le fait que ces fragments peuvent dévier de leur orbite et croiser celle des satellites actifs situés plus bas.

Comme leur petite taille et leur grande vitesse rendent ces débris difficiles à suivre, ils augmentent de fait le risque de collisions imprévues.

Pour le moment, l’événement n’a pas encore été confirmé officiellement par des agences spatiales nationales ou internationales. Comme nous le soulignions plus haut, cela signifie qu’il ne s’agit pas d’un acte volontaire, car il y aurait déjà eu des réactions. Mais l’événement reste problématique du point de vue international.

En plus de la prolifération de déchets spatiaux, cet incident met à nouveau en lumière certains enjeux géopolitiques de l’espace. Malgré quelques volontés politiques, notamment en Europe, cet endroit est toujours une sorte de Far West où la coopération reste un vœu pieu.

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