Une « radio fantôme » en farsi émet des messages mystérieux avec des nombres et attire l’attention des spécialistes

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Les radios en ondes courtes qui émettent de mystérieuses séquences au milieu d’étranges grésillements fascinent depuis longtemps les radioamateurs. C’est ce que l’on appelle les « stations de nombres ».

La plus célèbre est sans conteste la radio russe UVB-76, autrement appelée le Buzzer. Elle énonce régulièrement, de façon sinistre, des prénoms et des chiffres en russe depuis les années 1980.

Du côté du Moyen-Orient, depuis le 28 février, quelques heures après le début de la campagne de bombardement massive de l’Iran menée par les États-Unis et Israël, un nouveau signal sur ces mêmes ondes courtes a commencé à émettre tôt le matin et une autre fois en début de soirée. Là encore sur un fond grésillant, on entend la voix d’un homme énumérant des séries de nombres en farsi (persan). Les chaînes de nombres semblent aléatoires, de temps en temps ponctuées par le terme persan « tavajjoh ». Une expression répétée trois fois et qui signifie « attention ».


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Cette émission sur la fréquence 7910 kHz apparaît sous l’appellation V32 sur le site de Priyom.org, un groupe international de passionnés de radio qui recense ces stations mystérieuses.

Comme pour la fameuse radio russe et toutes les autres du même style, l’objectif de ces signaux impénétrables interroge à nouveau la communauté des radioamateurs.

Les premières émissions de cette radio en farsi ont débuté le 28 février. Selon Priyom, un site tenu par des passionnés de radio qui ont analysé le signal, cette émission en farsi est la première nouvelle « station de nombres » depuis des années. © Shortwave Observer

Une opération psychologique ?

S’agit-il d’une station d’espionnage du régime islamique ? Une radio conçue pour continuer à transmettre des informations militaires codées en cas de frappe sur les installations de communication du pays ? D’autres théories imaginent que cette radio est diffusée par les États-Unis, Israël, ou encore la Turquie pour envoyer des messages codés à des agents positionnés en Iran.

Enfin, tout comme pour la radio russe, la théorie d’une opération psychologique a également émergé. Mais le 4 mars, un nouvel élément est venu nuancer un bon nombre des théories les plus farfelues. À grand renfort de sons parasites, un puissant brouilleur de signaux a rendu inaudibles les chiffres énoncés. Un événement qui a fini par mettre fin à l’émission. Celle-ci a continué ensuite sur une autre fréquence.

Ce brouillage a attiré l’attention des spécialistes. Il semble clair qu’une guerre se déroule sur les ondes et que l’on cherche à empêcher l’autre de recevoir des messages codés.

Cela faisait des années qu’une nouvelle « radio de nombres » n’avait pas été détectée. © SB, image générée avec IA

Une radio contre l’Iran

Autre point important, l’origine de l’émission a été triangulée très au-delà de l’Iran, en Europe occidentale. Elle se trouverait dans une zone englobant le nord de l’Italie, la Suisse, l’ouest de l’Allemagne, l’est de la France, la Belgique et les Pays-Bas. Plutôt qu’une radio pilotée par les autorités iraniennes, la cible géographique de cette radio serait des opposants ou des organisations situés directement en Iran.

Selon les experts, les tentatives de brouillage relevées sont typiques des systèmes de brouillage du gouvernement iranien. Les experts ont en effet constaté qu’il s’agit du même type de brouilleur de signaux du régime, qui est généralement utilisé pour rendre inécoutables les radios indépendantes comme Radio Farda (Radio Free Europe/Radio Liberty) et VOA Farsi, le relais ondes courtes d’Iran International TV et BBC Farsi. Si la cible est l’Iran et d’éventuels agents opposés au pouvoir, l’organisation qui diffuse ces messages reste pour le moment inconnue, mais il s’agit clairement d’opposants au régime actuel.

Le signal est brouillé depuis le 4 mars. Les spécialistes ont déterminé que le brouilleur est iranien. © Shortwave Observer

Comment fonctionne le code d’une radio de nombres ?

Le fonctionnement de ces radios de nombres reste le même depuis leur création au début du siècle dernier. Une série aléatoire de nombres est générée par un appareil mécanique ou électronique. La personne qui le reçoit dispose d’un carnet appelé « masque jetable » pour décoder cette transmission que tout le monde peut entendre. Elle reste la seule capable de déchiffrer ce code. Ce dernier est pratiquement impossible à casser et même s’il l’est, il n’est pas forcément compréhensible. Sa taille ne reflète pas non plus celle du contenu.


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Reste qu’au milieu d’une guerre moderne, des outils rudimentaires et rustiques comme les radios à ondes courtes sont toujours capables de déjouer les technologies les plus avancées. Cela vient rappeler que dans l’ombre des conflits de haute intensité, la guerre la plus discrète est souvent la plus difficile à neutraliser.

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