Du Macintosh à l’Apple TV, 35 ans de cachotteries chez Apple

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Il y a quelques jours, nous vous rapportions cette information révélée par le bricoleur Kevin Bradley : l’Apple TV 4K dispose d’un port caché ! Un connecteur qui avait échappé aux yeux de lynx des démonteurs compulsifs d’iFixit, car bien dissimulé tout au fond de la prise Ethernet. Apple n’a pas documenté officiellement cette prise, mais il s’agit sans doute d’une variante de port Lightning, dédiée aux diagnostics et à la réinstallation du système en Apple Store.

Ce n’est pas la première fois qu’un produit Apple fait l’objet d’une telle trouvaille : entre les prises abandonnées, les ports cachés, et les connecteurs inutilisés, l’examen des entrailles des produits Apple révèle parfois quelques surprises.

Le connecteur Lightning intégré à l’Apple TV 4K. Image nitoTV.

Cela avait déjà été le cas il y a quelques années, quand Apple avait commercialisé son Apple Watch, présentée comme parfaitement hermétique grâce à la recharge par induction permettant de supprimer toutes les prises. Tout du moins en apparence, car la première Apple Watch et ses héritières disposent en réalité d’un tout petit connecteur caché, reprenant les caractéristiques du port Lightning.

Pour les techniciens des Apple Store, c’est une prise diagnostic exploitée à l’aide d’un boîtier spécialement conçu, idéal pour intervenir sur la montre quand celle-ci ne répond plus par ses différents réseaux sans-fil. La découverte de cette prise cachée fut immédiatement source de rumeurs, de fantasmes, et de rêves d’opportunités commerciales.

La prise diagnostic cachée de l’Apple Watch, que Reserve Strap voulait utiliser pour charger la montre.

La récréation fut de courte durée, puisque dès l’année suivante, watchOS 2.0.1 bloqua tous les accès à ce port, rendant notamment inopérant le bracelet-batterie Reserve Strap. Ses créateurs espéraient alors qu’il ne s’agissait que d’un blocage provisoire, mais l’avenir a montré qu’il n’en était rien.

Un peu plus tôt, en 2010, on découvrait dans l’Apple TV de deuxième génération des contacts inutilisés sur la carte-mère de l’appareil. Trente pastilles alignées, au bord de la carte, correspondant parfaitement à une prise Dock, celle qui équipait les iPod et les iPhone de l’époque. Là encore, sans doute la trace d’une prise utilisée durant le développement de la machine, puis abandonnée.

Le connecteur Dock 30 broches intégré à l’Apple TV 2e génération. Image iFixit.

Encore un peu plus tôt, en 2005, c’est le Mac mini qui nous faisait des cachotteries. Équipé à l’époque du très puissant processeur PowerPC G4, il cachait une série de contacts sur la carte-fille gérant les supports de stockage. Sans doute la trace d’une réflexion abandonnée en cours de route, visant à intégrer un support Dock pour brancher son iPod directement sur le Mac mini, qui aurait pu disposer d’une telle prise sur son capot. À l’époque, la gamme iPod était extrêmement populaire, avec l’iPod classique, l’iPod mini de première génération, et l’iPod shuffle qui s’apprêtait à pointer le bout de son petit nez (sans prise Dock).

Sur la carte-fille du Mac mini G4, une ligne de connecteurs inutilisés ressemble à un début de port Dock (amputé des connecteurs dédiés à l’utilisation sur un téléviseur ?). Image MacGeneration.

En 2000, le Power Mac G4 offrait une fonction tout à fait unique dans l’histoire de la Pomme : une prise FireWire interne ! Comme ça, là, l’air de rien, un connecteur parfaitement opérationnel (nous l’avons testé avec un caméscope, reconnu sans difficulté), mais placé dans l’ordinateur, en complément des deux ports situés à l’arrière. Une manière étonnante d’améliorer les capacités d’évolution de la machine, qui offrait déjà des connecteurs ATA/IDE pour accueillir deux disques durs et deux lecteurs de supports amovibles (CD et Zip le plus souvent). Cette prise interne disparaîtra dès la génération suivante du G4, dite “Gigabit Ethernet”.

La prise FireWire interne du Power Mac G4. Image MacGeneration.

L’année précédente, c’était l’iBook G3, celui en forme de palourde, qui cachait pas moins de trois emplacements inutilisés : un très grand, avec 140 connecteurs, dit “J1”, sans doute prévu pour de la mémoire vidéo supplémentaire, un connecteur “J11” 70 broches caché sous le disque dur, et un plus petit dit “J2”, de seulement 20 broches, dont les usages nous sont inconnus.

L’une des spécificités de cet iBook, c’était de disposer d’une mémoire vive interne soudée (32 Mo sur les premières versions, 64 sur les suivantes) et d’un emplacement pour ajouter une barrette supplémentaire. Les dernières versions avaient d’ailleurs réservé des emplacements supplémentaires pour une mise à jour possédant plus de mémoire vive soudée, mais celle-ci ne sera jamais commercialisée. Le même iBook G3 possédait également deux connecteurs métalliques situés sous la machine, permettant de charger celle-ci simplement en la posant sur un support de charge, mais cette fonction était tout à fait officielle et documentée.

Sur la carte-mère de l’iBook G3, de nombreux connecteurs sont inutilisés. Le signe de nombreux renoncements pour en maîtriser le prix ? Image MacGeneration.

Remontons encore le temps, et voici un autre port secret sur un ordinateur emblématique : le premier iMac de 1998. Tout a déjà été dit sur son connecteur Mezzanine, une grosse prise dont le nom était inscrit sur la carte-mère, mais au sujet de laquelle Apple n’avait donné aucune précision. On savait simplement que son utilisation était interdite. Elle sera d’ailleurs supprimée dès l’année suivante lors de la sortie des iMac en couleurs.

Le port Mezzanine était placé derrière cette trappe située sur le côté de l’iMac. Image MacGeneration.

Entre-temps, plusieurs constructeurs avaient profité de l’aubaine en découvrant que cette drôle de prise n’était rien d’autre qu’une prise PCI 32-bit sur laquelle ils pouvaient adapter leurs cartes d’extension. On avait ainsi vu apparaître une carte SCSI (chez Formac) et une carte graphique Voodoo2 chez Micro Conversions. Et c’est à peu près tout.

Peu avant, c’est le Power Macintosh G3 qui avait gardé les traces de son développement. Premier processeur à intégrer une grande quantité de mémoire cache de niveau II en interne, le PowerPC G3 ne nécessitait plus de port dédié à la mémoire cache externe. La carte-mère du G3 avait cependant gardé les traces du connecteur dédié à celle-ci, comme s’en souvient le Journal du Lapin. Dans la même machine, le site xlr8yourmac avait remarqué, il y a bien longtemps, un connecteur dédié à un hypothétique lecteur de disquettes au standard 34-broches habituel du monde Wintel.

Le gros emplacement de la mémoire cache et le petit pour le lecteur de disquettes. Image MacGeneration.

Un dernier saut dans le temps nous emmène en 1984. Le premier Macintosh était une machine fermée, comme le souhaitaient Steve Jobs et avant lui Jef Raskin, le premier responsable du projet. Un modèle unique, sans la moindre option, et sans la moindre possibilité d’évolution interne, pour garantir la stabilité du système et la compatibilité des logiciels avec l’ensemble du parc. Une obsession à laquelle certains membres de l’équipe s’étaient opposés, comme se souvient Andy Hertzfeld dans ses mémoires.

Durant la conception de la machine, au début des années 1980, certains ingénieurs du projet s’inquiétèrent que le Macintosh, dont la mise au point s’éternisait, puisse être technologiquement dépassé avant même sa sortie. Ils insistèrent donc pour intégrer un port d’extension interne, ce que Steve Jobs refusa. Qu’importe ! Ils décidèrent de camoufler celui-ci sous la forme d’un port diagnostic, aux caractéristiques identiques. À nouveau repéré, et à nouveau supprimé ! Faute de parvenir à leurs fins sur ce sujet, Burrel Smith et Brian Howard, en charge de la conception de la carte-mère, se ménagèrent tout de même une petite possibilité d’évolution.

En août 1982, dix-huit mois avant la commercialisation du Macintosh, ses caractéristiques techniques avaient été définitivement fixées : 128 Ko de mémoire vive soudée à la carte-mère sous forme de puces de 64 Kbits. Or tout le monde savait que les puces de 256 Kbits s’apprêtaient à arriver sur le marché. Les différences étaient minimes, mais il fallait prévoir la possibilité de modifier quelques connexions pour les gérer. Quelques pistes furent donc ajoutées sur la carte-mère du Macintosh, en vue de garantir la compatibilité avec ces futures puces et ce, malgré l’opposition d’un Steve Jobs préférant l’idée de commercialiser rapidement un modèle mieux équipé (ce sera le Macintosh 512K disponible dès le mois de septembre 1984). Quelques bricoleurs purent donc profiter de ces pistes inexploitées sur la carte-mère, pour souder eux-mêmes des puces offrant quatre fois plus de mémoire vive à leur ordinateur.

Un exemple de Mac mis à jour en 512K à la main, proposé par un lecteur du forum 68kmla.org. On remarque les connexions ajoutées près du processeur, au centre de l’image, et les premières puces de mémoire vive en lignes 5 et 6, en bas sur la photo, qui ne sont plus celles d’origine (qui portaient le logo Apple).

En revanche, et pour conclure, ne cherchez pas la prise jack qu’Apple aurait conservée secrètement à l’intérieur de votre iPhone 7. Le coup de la perceuse révélant une prise casque cachée à l’emplacement habituel n’était qu’une bonne blague comme Internet en a le secret.

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