Près de 70 % de la population mondiale posséderait aujourd’hui un téléphone portable. Ces appareils, devenus omniprésents dans la vie quotidienne, accompagnent désormais des milliards d’utilisateurs à travers le monde. C’est ce que révèle le Global Digital Report 2025 publié par l’agence We Are Social.
Pas le temps de lire ? Découvrez cette actu au format audio dans notre podcast Vitamine Tech, animé par Adèle Ndjaki. © Futura
Avec leur généralisation, une question revient régulièrement : les ondes émises par les téléphones peuvent-elles nuire à la santé ? Plus précisément, certains s’interrogent depuis des années sur un possible lien avec l’apparition de cancers.d
Le fonctionnement des ondes des téléphones
À chaque appel, message ou consultation de contenu, l’appareil communique avec le réseau grâce à des ondes de radiofréquence, une forme d’énergie électromagnétique. La puissance de ces émissions peut varier selon les conditions d’utilisation. Lorsque l’antenne relais est éloignée – que l’on se trouve dans un bâtiment aux murs épais ou que le réseau est saturé – le téléphone émet plus fort afin de maintenir la connexion.
Le DAS indique le niveau d’ondes d’un smartphone absorbé par le corps. Réglementé et affiché sur les fiches techniques, plus il est faible, plus l’exposition est limitée.
Dans certaines situations, ces ondes peuvent provoquer un léger échauffement des tissus biologiques. Toutefois, elles appartiennent à la catégorie des ondes dites « non ionisantes », c’est-à-dire qu’elles ne disposent pas d’une énergie suffisante pour briser des molécules ou altérer l’ADN. Or ce type de dommages constitue l’un des mécanismes connus à l’origine de nombreux cancers. Ces radiofréquences ne doivent donc pas être confondues avec des rayonnements comme les rayons X ou les ultraviolets, capables, eux, d’induire des mutations génétiques. L’effet le plus clairement identifié à ce jour reste ce léger échauffement, déjà encadré par des normes strictes, notamment le débit d’absorption spécifique (DAS). Dans les conditions d’utilisation habituelles, l’énergie émise par un téléphone reste très faible et cet échauffement demeure imperceptible.
Un doute scientifique qui persiste
Si cet effet thermique est bien documenté, les chercheurs s’intéressent depuis plusieurs années à une autre hypothèse : d’éventuels effets biologiques indirects liés à une exposition prolongée. La question n’est donc pas celle d’une altération directe de l’ADN, jugée physiquement improbable, mais celle de mécanismes plus complexes qui pourraient, à long terme, influencer certains tissus de l’organisme. Après plus de deux décennies de recherches, les résultats restent parfois contradictoires. Ces incertitudes alimentent les interrogations, notamment parce que le téléphone est souvent utilisé à proximité immédiate de la tête, exposant le cerveau aux champs électromagnétiques.
De nombreuses études mais aucune preuve solide
Depuis les premières alertes sur les ondes des téléphones, les travaux scientifiques se sont multipliés pour évaluer leur innocuité. En 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) avait classé les radiofréquences comme « possiblement cancérogènes », une catégorie qui signale un risque potentiel sans preuve suffisante. Plus récemment, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a publié un avis fondé sur l’analyse d’un vaste ensemble d’études scientifiques. Sa conclusion est claire : aucun lien de cause à effet n’a été établi entre l’utilisation du téléphone portable et l’apparition de cancers.
Aucune relation direct établit entre le développement de cancer chez l’humain et les ondes du téléphone. © Studio Romantic, Abode Stock
Les chercheurs se sont appuyés sur différents types de travaux : expérimentations sur des animaux, analyses cellulaires ou encore grandes études épidémiologiques menées auprès de populations humaines. Certaines ont montré que les radiofréquences pouvaient modifier certains processus biologiques, mais aucune n’a démontré de relation directe avec le développement de cancers chez l’humain.
Des usages qui posent d’autres questions
L’absence de preuve d’un lien avec le cancer ne signifie pas pour autant que l’usage du smartphone soit totalement sans conséquence. L’ANSES appelle notamment à la prudence chez les plus jeunes, dont l’exposition est de plus en plus importante. En France, les adolescents passeraient en moyenne entre quatre et cinq heures par jour sur leur téléphone. Une utilisation intensive peut avoir d’autres effets bien documentés : perturbation du sommeil, baisse de la concentration, fatigue visuelle, impact sur la santé mentale ou encore diminution de l’activité physique.
Les adolescents passeraient en moyenne sur leur téléphone quatre à cinq heures par jour. © Maria Vitkovska, Adobe Stock
Le rapport intervient aussi à un moment où les pratiques numériques évoluent rapidement. Les appels vocaux occupent désormais une place plus réduite : les utilisateurs passent davantage de temps à consulter des messages, regarder des vidéos ou naviguer sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, l’arrivée de la 5G a ravivé certaines inquiétudes autour des ondes électromagnétiques. Pourtant, selon les analyses actuelles de l’ANSES et de la littérature scientifique disponible, aucune preuve ne montre que la 5G augmente le risque de cancer.
Des recommandations de prudence
Même en l’absence de danger avéré, les autorités sanitaires recommandent quelques gestes simples pour limiter l’exposition aux ondes : privilégier l’usage d’oreillettes ou du haut-parleur lors des appels, réduire leur durée et utiliser le Wi-Fi lorsque cela est possible. Les scientifiques poursuivent par ailleurs leurs recherches afin d’examiner d’autres effets potentiels des radiofréquences, notamment sur la fertilité, le sommeil, les capacités cognitives ou certains phénomènes biologiques observés chez l’animal.