Vous avez bien lu : un data center (centre de données) qui produirait autant de chaleur que l’équivalent de 23 bombes atomiques du calibre de celle qui a anéanti Hiroshima. C’est chaud, très très chaud et cela concerne Wonder Valley, un gigantesque complexe de data center, dont la construction est envisagée dans la province canadienne de l’Alberta dans le Nord-Ouest.
Ajoutons un autre chiffre extravagant : le projet représente un investissement de 70 milliards de dollars. Selon Robert Davies, un physicien de l’Université d’État de l’Utah, qui a mené l’enquête et alerte sur les enjeux écologiques, ce data center pourrait donc devenir l’une des plus importantes sources de chaleur artificielle au monde. Et cette quantité de chaleur serait générée quotidiennement.
Pour ses calculs, il a retenu la puissance thermique supposée développée par le data center, estimée à 18 GW maintenue durant 24 heures, ce qui représente effectivement environ 1,55 pétajoule. C’est effectivement du même ordre de grandeur que l’énergie libérée par plus d’une vingtaine de bombes Little Boy, celle qui a frappé Hiroshima, au Japon, en 1945.
Tout n’est pas comparable
Mais il y a quand même un hic et sans doute aussi la recherche d’une comparaison spectaculaire et terrifiante pour marquer les esprits. Ces « 23 Hiroshima » correspondent à une équivalence d’énergie, et non à une véritable prévision de réchauffement.
Pour parvenir à ces 18 GW, le scientifique a cumulé plusieurs unités qui ne correspondent pas forcément à une quantité d’énergie quotidienne, mais plutôt à une puissance cumulée.
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Dans le détail, selon les estimations du chercheur, pour alimenter ce complexe, une centrale au gaz devrait produire 9 gigawatts d’électricité en permanence, ce qui est déjà colossal. Mais compte tenu du rendement de ces installations, il faudrait brûler du gaz fournissant entre 16 et 18 gigawatts de puissance thermique. Une grande partie de cette énergie serait donc perdue sous forme de chaleur lors de la production électrique. Le reste servirait à alimenter les serveurs, qui dissiperaient à leur tour pratiquement toute l’électricité consommée en chaleur.
Schéma des différentes phases d’extension du data center gérant de Wonder Valley. La production d’électricité et les calculs informatiques seraient réunis au même endroit. Les turbines à gaz dégageraient leurs propres calories, auxquelles viendrait s’ajouter la chaleur produite par les serveurs. Mais ce n’est pas le seul souci. © O’Leary Digital Limited
Concentration de chaleur
Il faut nuancer ces chiffres, car en réalité, le promoteur annonce plusieurs phases de développement en matière de puissance pour son projet. Une première de 2 GW avec un aboutissement à 7,5 GW. Cela reste énorme, mais cela ne correspond pas non plus au chiffre annoncé par le scientifique. De fait, si l’image des 23 bombes atomiques est frappante, elle ne peut pas vraiment permettre de prédire une hausse de température locale. D’ailleurs, une bombe A libère son énergie en quelques secondes, alors qu’un data center évacue continuellement sa chaleur.
Sans modélisation des rejets, des vents et de leur dispersion, il reste donc pour le moment impossible de chiffrer l’effet sur les forêts avoisinantes de ce dégagement de chaleur. Mais il reste avéré que même si le complexe est censé être équipé d’un circuit de refroidissement liquide fermé, il faudra tout de même évacuer cette chaleur dans l’air ambiant.
L’enjeu des émissions du gaz
En revanche, si débat il y a, c’est surtout sur la quantité délirante de gaz qui devra être brûlée et les émissions qui en résulteront. C’est d’ailleurs dommage d’avoir préféré la comparaison avec la chaleur émise par une multitude de bombes A, à celle du solide argument environnemental des émissions de CO2. Le projet prévoit sa propre production électrique au gaz naturel. Or, Robert Davies estime les émissions au chiffre incroyable de 30 millions de tonnes de CO2 par an.
Une centrale à gaz qui consommerait autant que les ménages français
Pour alimenter ses serveurs, il faudra donc que Wonder Valley brûle entre 13 et 15 milliards de mètres cubes de gaz naturel chaque année pour un fonctionnement à pleine puissance. Cela représente environ 40 millions de mètres cubes par jour, soit plus de 10 % de la production quotidienne de gaz de la province canadienne de l’Alberta. Pour donner un ordre de grandeur, cette consommation énergétique serait supérieure à celle de l’ensemble des foyers français (111 TWh de gaz en 2024).
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Mais le bilan pourrait être plus lourd encore. Dans son analyse, le physicien estime qu’en intégrant les fuites de méthane liées à l’extraction et à l’acheminement du gaz, l’empreinte climatique totale pourrait atteindre 50 millions de tonnes équivalent CO2 par an.
Alors que le complexe n’est pas encore construit, le promoteur évoque, de son côté, des équipements de captage du CO2 sans beaucoup plus de détails. Comme rien n’est vraiment clair dans ce projet de data center géant, cela inquiète la Nation crie de Sturgeon Lake, qui représente les 3 000 membres de trois réserves indiennes locales. Elle a saisi la justice pour contester la douteuse et étrange décision de la province canadienne d’avoir exempté les investisseurs du projet Wonder Valley d’une étude d’impact environnemental.
L’organisation dénonce également les 6 millions de mètres cubes d’eau potable nécessaires au refroidissement des systèmes du mégacentre. Mais, pas sûr que cette population soit entendue face à un tel projet. Cette histoire de gigantisme des effets des data centers dépasse largement les frontières canadiennes.
Avec ses besoins colossaux de puissance de calcul, les data centers dédiés à l’IA sont devenus en quelques années de véritables installations industrielles avec des rejets dans l’atmosphère qui n’ont plus grand-chose à voir avec les centres de données classiques. Il faudrait les considérer comme tels avec des réglementations adaptées, mais cela ne semble pas dans l’air du temps…