À l’est de l’Ukraine, dans les ravins et les collines du Donbass, de petites machines à roues ou à chenilles progressent en première ligne. Certaines ravitaillent les positions avancées en munitions et en matériel, d’autres évacuent les blessés pour ne pas exposer un équipage humain. Cet arsenal de robots fait partie d’un déferlement de machines qui prennent part à une contre-offensive d’ampleur baptisée Vivaldi.
Comme les célèbres Quatre saisons du musicien, elle se déroulera en autant de phases. Celle qui vient de s’achever est la première et elle a surpris et dérouté les troupes russes. Durant l’offensive, d’imposants drones bombardiers lourds quadricoptères, les Vampire, autrement appelés Baba Yaga, ont déposé des nuées de robots roulants kamikazes à plus de 10 kilomètres derrière les lignes russes.
Selon le 3e corps d’armée ukrainien, qui les opère, il s’agissait d’une première mondiale. Les robots ont ensuite été employés pour frapper des positions, détruire des blindés et perturber les arrières russes. Dans les airs, des drones veillaient au grain et servaient au renseignement. Cette première contre-offensive qui s’est déroulée au nord de l’oblast de Donetsk, au-dessus de la ville de Lyman, a permis de reconquérir 125 km² à l’occupant russe.
Ukraine : pour la première fois dans l’histoire, des drones prennent seuls des positions ennemies !
C’est une première mondiale dans l’histoire de la guerre. En Ukraine, des robots et des drones ont pris à eux seuls une position ennemie russe. L’usage de ces machines de combat s’accélère et permet de compenser des effectifs de soldats limités par rapport à la masse russe…. Lire la suite
Futura avait déjà évoqué la prise d’une position russe par des robots et drones ukrainiens, mais cette fois, c’est une véritable armée de robots qui a déferlé. « Armée de robots », c’est d’ailleurs l’intitulé du nouveau programme annoncé samedi par l’ancien ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov.
Selon lui, l’Ukraine a besoin d’un « nouveau projet Manhattan » (nom du projet secret américain durant la Seconde Guerre mondiale, visant à mettre au point la bombe atomique). Pour marquer le coup et les esprits, il a diffusé une vidéo générée à l’aide d’une IA mélangeant des robots terrestres humanoïdes dopés à l’IA et des robots ressemblant à des crabes ou à des araignées se déplaçant rapidement sur une ligne de front. Des images qui sont très éloignées de la réalité du terrain, mais qui montrent que l’Ukraine cherche désormais à retirer progressivement les humains des zones les plus dangereuses du champ de bataille pour les remplacer par des robots.
We’re launching the Army of Robots.
In 2022, we launched the Army of Drones. Today, drones account for over 95% of battlefield strikes, and Ukraine has more than 700 UAV manufacturers.
Now we need the next technological breakthrough: the robotization of warfare.
The goal is… pic.twitter.com/UtaDuV4LXT
— Mykhailo Fedorov (@FedorovMykhailo) September 26, 2026
Pour marquer les esprits, l’Ukraine diffuse un clip vidéo réalisé par IA, qui met en scène des robots spectaculaires qui mènent le combat. © Mykhailo Fedorov
Des robots pour remplacer les soldats
Il faut dire qu’entre janvier et juin dernier, les robots terrestres ukrainiens ont réalisé plus de 50 000 missions de combat, de logistique et d’évacuation. Le nombre d’unités militaires utilisant ces systèmes est passé de 117 en janvier à 230 en mai.
Si la majorité des robots n’ont rien à voir avec ceux montrés sur la vidéo, ils sont essentiellement destinés à la logistique. Ils transportent des caisses de munitions, de l’eau ou du matériel, ravitaillent une position isolée ou permettent de ramener un blessé sans envoyer un véhicule avec équipage dans une zone cernée par les drones russes. Mais les modèles de combat progressent rapidement. Depuis le début de l’année, 67 nouveaux modèles sont d’ailleurs utilisés de façon opérationnelle. On les appelle, les UGV (Unmanned Ground Vehicle, en français : véhicule terrestre sans pilote) et ils peuvent déposer des mines à distance, transporter des charges explosives, effectuer des reconnaissances ou servir de plateforme de tir. D’autres sont conçus comme des engins kamikazes.
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Lors de cette première phase de l’opération Vivaldi, les robots ont également accéléré le déminage des itinéraires. Trente kilomètres ont été nettoyés en deux nuits, au lieu d’une semaine si cette mission avait été effectuée par deux compagnies du génie.
Un drone peut voir une tranchée, un robot y va
Mais attention, il ne s’agit pas encore de « robots tueurs » autonomes. Ces machines restent pilotées à distance par des opérateurs humains. Elles sont encore confrontées aux obstacles, aux pannes, aux brouillages électroniques et aux difficultés de navigation. Il n’est donc pas question de laisser l’IA aux commandes.
Pour le moment, en raison de la contrainte de la guerre, l’objectif reste de produire en masse des machines suffisamment simples et peu coûteuses pour être envoyées là où un soldat risquerait sa vie. Le développement de cette armée est chapeauté par le programme Brave1, que nous avons déjà évoqué. Il recense aujourd’hui plus de 200 fabricants d’UGV en Ukraine. Leurs engins sont directement testés et adaptés sur le front.
Cette nouvelle armée de robots et de drones marque aussi une véritable révolution dans la doctrine militaire ukrainienne. L’armée doit désormais s’organiser autour des robots.