L’intelligence artificielle est un serpent qui se mord la queue, un cercle vicieux qui pourrait aboutir à des résultats catastrophiques pour l’intelligence artificielle, et pour l’humanité. Ce n’est pas la dernière prédiction sur des forums complotistes. Cette information provient directement de Microsoft, dans un document juridique.
En décembre 2023, The New York Times a lancé des poursuites contre Microsoft et OpenAI pour violation de droits d’auteur. Alors que le procès suit son cours depuis bientôt trois ans, un nouveau document montre que les géants de l’IA ont bien conscience des dégâts causés par leurs chatbots. Microsoft utilise le terme « doom loops », des spirales infernales où la fonctionnalité même proposée par l’IA détruit les sources dont elle dépend.
L’IA serait prise dans une spirale infernale autodestructrice, selon Microsoft. Illustration créée à l’aide d’un outil IA. © Edward Back, Futura
L’IA scie la branche sur laquelle elle est assise
Avec les utilisateurs qui interrogent directement les chatbots ou se contentent des informations données par l’aperçu IA de Google, les médias perdent une grande partie du trafic vers leurs sites. Les revenus baissent par conséquent et ce phénomène met en péril leur fonctionnement. Petit à petit, les chatbots perdent les sources dont ils dépendent pour donner leurs réponses. Microsoft donne même des chiffres : jusqu’à 94 % de clics en moins pour les sites lors de réponses de Microsoft Copilot, comparé à une recherche Bing traditionnelle.
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« Notre stratégie en matière de contenu IA a enclenché une “spirale infernale” qui va nuire à la fois aux performances de nos modèles et à l’ensemble du Web » affirme le texte, citant un document de Microsoft. « Il est extrêmement inhabituel qu’un produit final menace les fondations économiques de ses fournisseurs essentiels, mais c’est pourtant la situation que nous avons créée pour notre activité LLM vis-à-vis de sa “chaîne d’approvisionnement en contenus” ». Le document juridique cite de nouveau Microsoft qui reconnaît « un vol stupéfiant d’une ampleur sans précédent » et « le plus grand vol de travail de l’histoire de l’humanité », mais aussi que « presque aucun de ces contenus n’a été obtenu à la connaissance ou avec le consentement de leurs propriétaires ».
???? New paper on AI and Copyright ????
It’s easy to dismiss AI-written books ???? as slop nobody buys. So, armed with full-text AI detection from @pangram, we studied self-published genre fiction books sold on Amazon from 2023 to 2026 March
Turns out Amazon is flooded with books… pic.twitter.com/pEWtdiJlPg
— Tuhin Chakrabarty @ COLM 2026 (@TuhinChakr) July 28, 2026
Le risque d’un Internet progressivement vidé de ses contenus
Le document se concentre sur les conséquences pour les médias, ce qui est tout naturel étant donné qu’il s’agit d’un procès lancé par The New York Times. Toutefois, cette spirale infernale est déjà largement visible dans de nombreuses autres industries. Selon une récente étude, un livre auto-édité sur cinq vendus sur Amazon a été généré par IA. Même Hollywood utilise de plus en plus l’IA à tous les niveaux. Si les œuvres produites par les humains sont remplacées par des contenus générés, qu’est-ce que les entreprises comme Microsoft et OpenAI vont pouvoir utiliser pour l’entraînement de leurs IA ? On risque alors une dégénérescence, pouvant aller jusqu’à l’effondrement des modèles.
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Ceux qui travaillent dans les métiers créatifs sont déjà impactés. Selon une nouvelle étude, les « industries créatives » ont perdu plus de 200 000 emplois aux États-Unis au cours des quatre dernières années. Cependant, d’autres secteurs pourraient bientôt être touchés et les jeunes diplômés seraient les premiers concernés. Si l’IA vole le travail des humains, il risque de ne plus y avoir suffisamment de consommateurs pour acheter les services qu’elle produit.
L’intelligence artificielle se retrouve ainsi prise dans un cercle vicieux qui, selon Microsoft, met en danger l’avenir même de l’IA. Sommes-nous face à un point de rupture où, à défaut de pouvoir contenir l’IA, il faudra réinventer une société qui ne repose plus sur le travail ?