C’est un scénario digne de 1984. En un an, le Department of Homeland Security (DHS), l’équivalent du ministère de l’Intérieur en France, a fortement élargi sa capacité à collecter, partager et analyser des données personnelles, en s’appuyant sur des agences publiques, des entreprises privées et des data-brokers (courtiers en données).
Cette tendance à l’espionnage n’est pas nouvelle. On peut la faire remonter à 1978 avec la loi Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA) qui permet à des agences fédérales telles que la NSA, la CIA et le FBI de réaliser des écoutes téléphoniques sans mandat. Avec l’IA, elle prend une tournure inquiétante.
Aux États-Unis, l’IA est devenue un outil de surveillance massive de la population. © AP, ChatGPT
Des technologies omniprésentes et opaques
Les grandes métropoles américaines sont devenues les laboratoires de cette surveillance algorithmique généralisée. À New York, le réseau de caméras intelligentes, doté de 25 000 équipements, s’étend désormais à l’ensemble du tissu urbain, ce qui permet de suivre les déplacements des individus sur des dizaines de kilomètres, d’un bout à l’autre de la ville.
À Chicago et à Los Angeles, des centres de commandement intègrent en temps réel flux vidéo, données policières et alertes automatisées. L’IA agit ici comme un démultiplicateur de capacités en permettant à un nombre limité d’agents de surveiller des populations entières.
Une IA super-intelligente serait le pire cauchemar de l’humanité, selon des calculs de scientifiques
Des scientifiques ont réalisé des calculs démontrant qu’une IA super-intelligente pourrait échapper totalement au contrôle de l’humain. Inquiétant…. Lire la suite
En parallèle, le tristement célèbre ICE (Immigration and Customs Enforcement) utilise l’application biométrique Mobile Fortify, qui permet de vérifier le statut migratoire d’une personne, et qui aurait déjà servi plus de 100 000 fois sur le terrain depuis la réélection de Donald Trump.
Par ailleurs, grâce aux logiciels Tangles et Webloc, l’ICE peut désormais traquer les smartphones en temps réel et infiltrer les réseaux sociaux des personnes ciblées.
Les États-Unis sont en train de devenir un « surveillance state ». © Wired
Le syndrome Minority Report
Un cran plus loin, l’IA permet d’agréger des données issues de multiples sources, comme des historiques de navigation, des transactions financières, des données de géolocalisation ou encore des interactions sur les réseaux sociaux.
Ces informations sont ensuite analysées pour établir des profils comportementaux, anticiper des risques ou détecter des « signaux faibles ». Cette logique prédictive, inspirée par le film Minority Report, s’est étendue aux domaines de la sécurité publique et de l’immigration, où elle peut conduire à des décisions automatisées lourdes de conséquences.
En outre, les autorités américaines bénéficient désormais de l’aide des data-brokers pour acheter des données sans avoir à obtenir un mandat.
Le rôle trouble des géants de la tech
Eux-mêmes surveillés par le gouvernement, les géants de la tech jouent un rôle central dans cette évolution en fournissant aux autorités des infrastructures techniques et des logiciels d’analyse.
Palantir, qui s’est récemment illustré en publiant un manifeste qui a fait couler beaucoup d’encre, est à l’origine de nombreux programmes de traitement de données sensibles pour les agences de sécurité.
Palantir publie un manifeste : l’entreprise veut se rendre centrale dans presque tout ce qui comptera demain
Un texte en 22 points, publié sur X par Palantir, fait frémir ou du moins ne laisse pas indifférent. Ce géant de la tech, dont les logiciels sont utilisés par l’armée américaine pour frapper l’Iran, dévoile un véritable manifeste. Futura a pris soin d’analyser certaines de ses idées qui montrent les intentions inquiétantes de l’entreprise. Et ce programme est déjà mis en œuvre…. Lire la suite
Cette collaboration étroite entre secteur public et entreprises technologiques entretient le flou juridique existant et complique l’encadrement de la surveillance.
L’American Civil Liberties Union (ACLU) a récemment demandé aux autorités d’arrêter d’utiliser les données privées et a dénoncé une dérive particulièrement grave, qui porte atteinte comme jamais auparavant aux droits fondamentaux des Américains.