Le 30 novembre 2022, OpenAI a annoncé ChatGPT. C’était une véritable révolution qui a changé le monde, et désormais l’intelligence artificielle est omniprésente. En moins de quatre ans, les grands modèles de langage (LLM), la technologie qui propulse les chatbots, sont devenus presque synonymes de l’IA. Pourtant, l’intelligence artificielle était déjà partout bien avant ChatGPT, et avec des formes très différentes des nouvelles IA génératives.
Avant ChatGPT, l’IA était principalement invisible. Il s’agissait d’algorithmes qui accomplissaient des tâches plutôt que de converser avec les utilisateurs. Les recommandations sur Amazon, Netflix ou les réseaux sociaux, les outils de traduction, les filtres à indésirables, la recherche d’itinéraires ou encore la classification des photos. De nombreuses formes d’intelligence artificielle ont été développées, et beaucoup de ces modèles n’étaient accessibles qu’aux chercheurs.
De Turing à la délégation cognitive
L’histoire de l’IA a commencé longtemps avant ChatGPT. On peut citer Warren McCulloch et Walter Pitts qui ont conçu le premier réseau neuronal en 1943, ou le test de Turing, proposé en 1950. Le terme « artificial intelligence » est attribué à John McCarthy, lors de la conférence de Dartmouth en 1956. L’IA est présente depuis longtemps dans la culture populaire, et on peut citer par exemple HAL 9000 (aussi appelé CARL 500) dans 2001, l’Odyssée de l’espace sorti en 1968. Mais pour le grand public, elle est devenue tangible avec ChatGPT. Il est alors devenu possible de lui parler directement.
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Une personne de mon entourage que je ne citerai pas, adulte depuis longtemps et instruite, a décidé de faire rôtir un poulet. Elle a demandé la recette à un chatbot, qui contenait plusieurs erreurs. Et malgré l’avis d’une autre personne avec des compétences en cuisine, elle a décidé de suivre les conseils de l’IA. Elle a ensuite demandé au chatbot comment vérifier la cuisson, qui lui a suggéré une sonde afin de vérifier la température. Suivant aveuglément les dires de l’IA, elle l’a simplement placée dans la cavité du poulet au lieu de piquer la viande, ce qui a donné un résultat bien trop bas.
Heureusement, tout s’est bien terminé avec l’intervention de l’autre personne. Mais cette anecdote illustre un phénomène grandissant : la délégation cognitive. En confiant toute réflexion à l’IA, on ne fait même plus appel à notre bon sens et on finit par se comporter en idiots. C’est exactement la même chose que ceux qui suivent leur GPS en conduisant et finissent dans l’eau.
En 2023 et 2024, Facebook a été envahi par une forme particulière « d’AI slop », des images générées de Jésus fait de crevettes. © Auteur inconnu, Facebook
Biais, uniformisation et perte de créativité
Un des dangers de l’omniprésence de l’IA est aussi le nivellement par le bas. L’IA peut assister une personne pour améliorer la créativité, mais à l’échelle de l’humanité, elle la réduit. Même un outil a priori anodin, comme l’Aperçu IA récemment activé en France dans les recherches Google. Par exemple, demandez le synonyme d’un mot et l’IA vous répond. Vous n’avez même plus besoin de regarder les résultats de la recherche.
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Mais les modèles de langage présentent des biais, et à terme pourraient affecter la manière dont les humains s’expriment, en les orientant vers certains mots en particulier, certaines expressions ou tournures de phrases. Et ce, même si on n’utilise pas explicitement un chatbot ! Et c’est valable dans tous les domaines. De jeunes artistes qui ont grandi en voyant de la bouillie d’IA partout risquent d’être influencés sans s’en rendre compte. Sans oublier les hordes de bots qui polluent les réseaux sociaux en partageant des articles ou en laissant des commentaires très orientés pour influencer l’opinion générale.
L’arrivée de ChatGPT a marqué un véritable tournant technologique, mais aussi sociétal. Il faudra sans doute encore des années, ou même des décennies, pour en mesurer complètement les conséquences et juger si les bénéfices l’emportent sur les inconvénients.