Apple se met-elle réellement au vert ?

Author:

Chaque année, lors de sa traditionnelle Keynote, Apple présente ses dernières innovations. En 2019 la marque à la Pomme l’annonce : la révolution va plus loin que la technologie. « La plus grande amélioration » du groupe réside dans « la réutilisation des matériaux et la fabrication en circuit fermé », affirme Lisa Jackson, vice-présidente des initiatives environnementales et sociales de la marque, au quotidien britannique « 
Financial Times

 ».

Une promesse de longue date : en 2017, l’entreprise avait déjà fait part de son objectif de produire des appareils en utilisant exclusivement des matériaux recyclés et renouvelables.

100 % d’électricité renouvelable

Dans son 
rapport

annuel, Apple souligne ainsi que « 100 % de nos installations globales sont alimentées par 100 % d’électricité renouvelable », que sur dix ans l’énergie utilisée en moyenne par un produit a été réduite de 70 % et que par rapport à 2015 son empreinte carbone a diminué de 35 %. Début novembre l’entreprise a par ailleurs doublé son émission d’obligations vertes, destinées à financer la transition écologique, pour atteindre un total de 4,7 milliards de dollars.

Sur le plan du recyclage, Apple met en avant ses deux robots « Daisy », l’un aux Etats-Unis et l’autre aux Pays-Bas, chargés de démanteler et récupérer les composants des téléphones sans les broyer. Grâce aux robots, Apple affirme être capable d’utiliser du cobalt, de l’étain et de l’aluminium recyclé dans ses nouveaux modèles.

Lire aussi :

Opinion | Environnement et choix technologiques

Mais Apple est-elle « verte » pour autant ? Dans les faits, ces avancées restent à nuancer, pour Elizabeth Jardim, cheffe de projet pour Greenpeace. « Lorsqu’il s’agit de préserver les ressources et d’encourager le recyclage, Apple a encore du chemin à faire », explique-t-elle. D’autant plus selon elle que les engagements pris par le groupe ne s’accompagnent pas d’un calendrier précis.

Une action limitée des robots Daisy

Le constat est partagé par Bela Loto, cofondatrice de la Maison de l’Informatique Responsable, qui estime que le robot Daisy a un impact limité sur le recyclage. « Sur la soixantaine de métaux que contient un smartphone, une vingtaine ne peut être recyclée qu’à hauteur de 1 %. Ces métaux sont souvent en alliage donc difficile à récupérer, et ils perdent en qualité au recyclage », explique-t-elle. Par ailleurs « le recyclage de ces métaux pose un problème de coût et de collecte », souligne Bela Loto. 

Pour Alma Dufour, chargée de campagne extraction et surproduction aux Amis de la Terre, l’action des robots Daisy est à analyser en termes de volume. Trop lents, ils « ne peuvent désassembler qu’un million d’iPhone par an, alors que l’entreprise en vend plus de 200 millions chaque année ». Un pourcentage « anecdotique », déplore-t-elle.

Lire aussi :

Tim Cook, le nouveau bâtisseur d’Apple

Autre enjeu : le recyclage des terres rares, utilisées notamment dans les micros, écrans et haut-parleurs de nos smartphones. Apple affirme que 100 % de ces matières sont recyclées dans un petit composant appelé Taptic Engine des derniers modèles d’iPhone. Dans les faits, les éléments recyclés ne représentent que 25 % des terres rares utilisées dans la totalité de l’appareil. « Cela ne démontre en rien la répliquabilité sur les autres composants, souligne Philippe Bihouix, ingénieur et auteur de « L’âge des low tech », c’est l’arbre qui cache la forêt ». Par ailleurs, la méthode utilisée pour recycler ces éléments n’est jamais détaillée, pas plus que les sommes investies.

Un niveau de réparabilité relatif

Mais avant de partir au recyclage, beaucoup d’iPhones pourraient surtout être réparés et continuer à être utilisés. Une stratégie loin d’être promue par Apple pour Gay Gordon-Byrne directeur exécutif de « The Repair Association », une organisation qui milite pour donner une seconde vie à nos objets. « Je crois fermement qu’Apple est coupable de greenwashing, tranche-t-il, le groupe a toujours adopté une approche consistant non seulement à monopoliser la réparation, mais également à limiter la réparabilité dans la conception, en particulier avec l’utilisation d’adhésifs (qui gêne la réutilisation, NDLR)  ». 

Lire aussi :

Pourquoi Apple a arrêté l’escalade des prix

iPhone : les signes d’une reprise des ventes

Sur le plan de l’énergie renouvelable, Alma Dufour, des Amis de la Terre, émet également quelques réserves. Si Apple souligne qu’une énergie 100 % renouvelable est utilisée dans ses bureaux, ses magasins et ses « data centers », de grands sous-traitants comme « Foxconn (un groupe industriel taïwanais spécialisé dans la fabrication de produits électroniques NLDR), ne figurent pas sur 
liste des 44 fournisseurs

 qui se sont engagés à utiliser des énergies renouvelables. Nous n’avons pas de vision globale de la consommation énergétique du groupe », déplore Alma Dufour.

« Apple met en place des démarches, souligne-t-elle, mais elles sont beaucoup trop faibles par rapport à son impact. » Un constat décevant, d’autant que le monde produit chaque année 50 millions de tonnes de déchets électroniques, dont la valeur est estimée à 55 milliards d’euros. Seuls 20 % d’entre eux sont recyclés.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *