Les carnets de Jean-Claude Heudin : l’ordinateur quantique fait rêver, mais son véritable potentiel reste à découvrir

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Outre l’IA, je m’intéresse de près à la mécanique quantique, la théorie des champs quantiques, ainsi qu’aux ordinateurs quantiques. D’ailleurs, je développe mon propre processeur photonique pour mes expérimentations musicales.

Tout comme l’IA, plus cette technologie devient concrète et plus, paradoxalement, elle devient mythique, voire mystique. Il faut dire que l’imaginaire développé autour de ces machines est particulièrement foisonnant.

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D’un côté, les débats autour de la physique quantique nourrissent cet imaginaire. Jamais une théorie n’a été aussi vérifiée et validée par l’expérience, mais dans le même temps, elle reste inexpliquée et les différentes interprétations font l’objet de spéculations difficilement vérifiables. Par exemple, celle des multiples bulles d’univers parallèles a inspiré moult auteurs vu son potentiel scénaristique.

D’un autre côté, la course engagée par les grandes entreprises technologiques pour disposer d’un ordinateur quantique réellement opérationnel mobilise des financements très importants. Ces machines bizarres et mystérieuses, qui ressemblent à de grands lustres en or massif aux capacités (théoriques) sans précédent, fascinent autant qu’elles inquiètent.

Pour beaucoup les ordinateurs quantiques représentent le futur de l’informatique

L’idée répandue est qu’ils remplaceront potentiellement les ordinateurs classiques pour toutes les applications, décryptant les systèmes de sécurité en un clin d’œil, permettant des découvertes incroyables. Dans la série récente « The Iris Affair », on en voit même un devenir vivant et tout faire pour prendre le contrôle de la planète.

Dans les faits, la réalité est moins spectaculaire. Ce que l’on pense être l’ordinateur quantique est en fait un grand réfrigérateur pour obtenir une température de fonctionnement proche du zéro absolu. L’ordinateur proprement dit est une puce minuscule placée tout en bas de la pyramide inversée. Cette configuration est nécessaire, car les effets quantiques sont très sensibles aux perturbations de l’environnement. La moindre fluctuation entraîne en effet la décohérence des états quantiques. Les erreurs dues à ce phénomène sont le cauchemar des chercheurs et rendent encore actuellement pratiquement inutilisables les prototypes existants.

Les processeurs quantiques sont basés sur des quantum bits ou qubits, plutôt que des bits binaires classiques. Les principales technologies expérimentées utilisent les ions piégés (trap ions), les atomes neutres (neutral atoms) et les systèmes photoniques. © Microsoft 2025 

Le second problème est le nombre pour l’instant réduit d’algorithmes développés pour ces machines. Outre l’incontournable algorithme de factorisation des nombres premiers créé par Peter Shor en 1994, les applications possibles se limitent à quelques algorithmes pour la chimie moléculaire, l’optimisation de flux complexes et la cybersécurité. Tout le reste est plus efficace sur un ordinateur classique. Si en théorie, un ordinateur quantique pourrait accélérer les applications IA, les calculateurs matriciels inspirés par les accélérateurs graphiques (GPU) restent encore imbattables.

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Comme pour l’IA, les annonces à propos des ordinateurs quantiques se succèdent de semaine en semaine, et chaque progrès est célébré comme une nouvelle avancée majeure. Pour autant, nous sommes encore loin de machines réellement utilisables. Les applications opérationnelles sont d’ailleurs régulièrement repoussées à une date ultérieure.

Alors pourquoi ces annonces à répétition qui entretiennent le mythe ?

La raison est strictement financière, car il faut montrer aux investisseurs que même si les résultats ne sont pas encore là, c’est pour très bientôt et ils seront à la hauteur des attentes. En est-on certain ? Non, mais en ce qui me concerne, je ne doute pas de l’utilité de ces recherches, leur principal intérêt étant une meilleure compréhension des phénomènes quantiques. Mais comme l’IA à ses débuts, le chemin est encore long.

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