Pirater un avion de ligne et en prendre le contrôle, c’est le genre d’annonce que l’on peut voir circuler sur les médias depuis une quinzaine d’années. C’est anxiogène, mais en réalité, il n’y a jamais eu de cyberattaque réussie contre les avioniques d’un avion. Ce n’est pas pour autant qu’un avion de ligne est immunisé contre le piratage et c’est d’ailleurs ce que vient de démontrer une équipe de chercheurs de l’université de Californie à San Diego et de l’Oberlin College.
Leur sujet d’étude : un Boeing 737. Avec un petit dispositif de la taille d’une pièce de monnaie et coûtant moins d’une centaine d’euros, ils ont pu accéder au système de pilotage automatique de l’appareil et modifier un plan de vol. Ils ont pu également falsifier des valeurs clés dans les calculs de masse pour le décollage ou encore pour la gestion du carburant.
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Selon ces mêmes chercheurs, ce minuscule appareil pourrait très bien modifier les données affichées sur le tableau de bord de l’avion, sans que l’équipage ne remarque rien d’anormal. Pire encore, les pilotes pourraient être amenés à prendre des décisions engendrant une catastrophe en prenant en compte des données falsifiées.
Mais comme pour toutes les histoires de piratage d’avions, il n’est pas possible qu’un hacker à distance s’infiltre et puisse contrôler directement l’avionique derrière son ordinateur, depuis son fauteuil. Il faut nécessairement pouvoir accéder physiquement à l’appareil.
La trappe du EE Bay se trouve sous le nez de l’avion. Elle est positionnée avant la roulette de train avant. © DR
Une attaque qui commence au sol
La faille ? Une petite trappe de maintenance, appelée EE bay, située sous l’avant du fuselage et qui est facilement accessible. Ce logement donne accès à un port inutilisé et, en retirant son cache, il est possible d’y brancher le petit dispositif en moins d’une quinzaine de secondes. Ce genre de manipulation pourrait être réalisée par du personnel aéroportuaire chargé de la maintenance ou des employés de la compagnie aérienne. Une fois l’intrus branché, il pourrait se connecter au réseau Wi-Fi de bord et permettre au pirate de contrôler à distance l’avion.
Via ce port, ce petit dispositif peut communiquer sans contrainte avec un bus avionique ARINC 429, qui transporte notamment des données entre l’ordinateur de gestion du vol (FMC) et l’afficheur des informations essentielles pour les pilotes. En réalité, le dispositif ne modifie pas les données réelles de l’avionique, mais injecte des signaux suffisamment puissants pour prendre le dessus sur les communications légitimes. Le pilote peut alors voir sur ses écrans des données qui ne correspondent plus à la réalité ou à ce qui a été programmé.
Dans certains scénarios, les chercheurs montrent qu’un attaquant pourrait notamment modifier la trajectoire programmée ou altérer des données comme la masse de l’appareil et certains paramètres de calcul. Le danger vient donc autant de la falsification de l’information que d’une prise de contrôle directe.
Une vulnérabilité surtout physique
Pour réaliser leur démonstration, les scientifiques n’ont pas eu accès à un Boeing 737, mais ont créé un banc d’essai constitué de véritables composants de Boeing 737 et avec des logiciels correspondants. S’ils ne communiquent que depuis peu sur cette découverte, les chercheurs avaient signalé leurs travaux à Boeing dès 2020 et ont également effectué des tests dans un laboratoire de l’avionneur. Ils proposent notamment de supprimer ou condamner les ports concernés, mais aussi de renforcer l’isolation électrique des réseaux et d’introduire des mécanismes capables d’authentifier les communications entre équipements.
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L’équipe affirme que Boeing ne leur a communiqué aucune solution aux vulnérabilités qu’ils ont découvertes. Ils estiment même probable qu’aucune action n’ait encore été mise en œuvre pour colmater cette faille. Encore une fois, cette démonstration ne prouve pas qu’un Boeing 737 peut vraiment être piraté à distance avec un petit gadget, mais la seule falsification des informations critiques est presque aussi dangereuse que prendre directement les commandes.