Partir en voyage en casque de réalité virtuel : la promesse d’un tourisme plus durable ?

Author:

Longtemps associé à la liberté, à la découverte et à l’évasion, le tourisme est aujourd’hui confronté à une remise en question profonde. En cause : son impact environnemental croissant. Selon une étude publiée dans la revue scientifique Nature Communications, le tourisme représente près de 9 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Pas le temps de lire ? Découvrez cette actu au format audio dans notre podcast Vitamine Tech, animé par Adèle Ndjaki. © Futura

En France, les données confirment cette tendance. D’après Agence de la transition écologique, le secteur a généré 97 millions de tonnes de CO₂ en 2022. Une large majorité de ces émissions provient des transports, qui concentrent près de 70 % de l’empreinte carbone du tourisme, dont 29 % pour le seul transport aérien. Autrement dit, voyager, en particulier sur de longues distances, constitue l’un des principaux facteurs d’impact environnemental du secteur. 

La réalité virtuelle, une alternative en plein essor

Face à ce défi, une solution inattendue gagne du terrain : la réalité virtuelle. Le principe est simple. Équipé d’un casque immersif, l’utilisateur peut se retrouver instantanément plongé dans un environnement en 360 degrés, qu’il s’agisse d’une ville, d’un musée, d’un paysage naturel ou même d’un site historique reconstitué.

Les casques de réalité virtuelle sont accessible au grand public entre 200 et 300 euros. © Pexels

Longtemps réservée à des usages spécialisés, cette technologie s’est progressivement démocratisée. Les casques de réalité virtuelle sont désormais accessibles au grand public, avec des prix généralement compris entre 200 et 300 euros. Parallèlement, de nombreux acteurs du tourisme dont les musées, les agences de voyage et les offices de tourisme investissent dans ces dispositifs. Cette dynamique serait appelée à s’accélérer. Selon le Virtual Reality in Tourism Market Report 2024, ce marché pourrait atteindre près de 20 milliards de dollars d’ici 2028.

La VR : une promesse écologique à nuancer

Une étude publiée dans SAGE Journals apporte une réponse encourageante. La VR pourrait contribuer à réduire l’impact environnemental du tourisme, notamment en limitant certains déplacements, en particulier les voyages longue distance, fortement émetteurs. Elle permettrait également de mieux répartir les flux touristiques en réduisant la pression sur les sites les plus fréquentés et en contribuant à la préservation de lieux naturels ou patrimoniaux fragiles.

La VR pour explorer le monde sans le détériorer. © peterschreiber.media, Adobe Stock

Dans cette perspective, la réalité virtuelle offrirait une nouvelle manière de découvrir le monde : apprendre, explorer et s’émerveiller, sans nécessairement altérer les environnements visités. Des institutions comme Organisation mondiale du tourisme encouragent d’ailleurs ces initiatives, estimant que le tourisme de demain devra concilier innovation technologique, durabilité et accessibilité.

Le coût invisible du numérique

Cependant, cette alternative n’est pas dénuée d’impact. Derrière l’expérience immersive se cache une infrastructure bien réelle et particulièrement énergivore. Chaque expérience en réalité virtuelle mobilise des serveurs, des centres de données, des réseaux de diffusion ainsi que des équipements électroniques. L’ensemble de cet écosystème consomme de l’énergie de manière continue. Selon l’Agence de la transition écologique, le numérique représente environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre soit davantage que l’ensemble du transport aérien civil.

La réalité virtuelle repose sur des technologies très énergivore.© Seventyfour, Adobe Stock

De son côté, International Energy Agency estime que les centres de données représentent entre 1 et 1,5 % de la consommation mondiale d’électricité, une part en constante augmentation sous l’effet du streaming, du cloud et des technologies immersives. La réalité virtuelle accentue cette tendance. Elle repose sur des technologies exigeantes avec les vidéos en 360 degrés, l’affichage haute définition ou encore le traitement en temps réel, qui nécessitent davantage de données et d’énergie qu’un usage numérique classique. À cela s’ajoute l’empreinte écologique liée à la fabrication des casques eux-mêmes, avant même leur utilisation.

La réalité virtuelle, une fausse bonne solution ?

Malgré son coût énergétique, elle demeure nettement moins émettrice qu’un voyage physique, en particulier en avion. Un aller-retour long-courrier peut générer plusieurs centaines de kilos de CO₂ par passager, bien au-delà de l’empreinte d’une expérience en réalité virtuelle, même en tenant compte des infrastructures numériques. La différence reste donc significative. Mais elle invite à une prise de conscience : la réalité virtuelle ne supprime pas l’impact environnemental du tourisme, elle le transforme.


Lire l’article



Du transport vers le numérique, du visible vers l’invisible, l’empreinte écologique change de forme sans disparaître. Une évolution qui oblige à repenser, en profondeur, notre manière de voyager à l’ère du numérique.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *